Prague dénonce des référendums illégaux dans l’est de l’Ukraine

Lougansk, photo: ČTK

Suite aux référendums d’autodétermination organisés dimanche par les séparatistes prorusses dans l’est de l’Ukraine sur l’indépendance des régions de Donetsk et Lougansk qu’ils contrôlent, le président de la République Miloš Zeman et le chef de la diplomatie tchèque, Lubomír Zaorálek ont fait savoir qu’ils ne reconnaissaient pas leurs résultats. Les hommes politiques tchèques estiment que l’organisation des élections présidentielles la semaine prochaine en Ukraine devrait marquer un tournant dans la situation. Parallèlement, l’OTAN souhaite renforcer sa présence militaire en Europe, y compris en République tchèque ; une mesure accueillie froidement par Prague.

Lougansk, photo: ČTK
Ce lundi, les hommes politiques tchèques ont condamné les résultats des référendums de Donetsk et Lougansk, où un oui massif en faveur de l’indépendance vis-à-vis de l’Ukraine marqué de nombreuses irrégularités l’a emporté. Selon les autorités tchèques, le vote constituait une violation du droit international, de la constitution et de la démocratie. Le chef de l’Etat, Miloš Zeman, considère les référendums comme illégitimes et le gouvernement de Bohuslav Sobotka, s’est aligné sur cette position. Sachant que la participation annoncée lors de ces référendums a été de près de 80% selon les séparatistes prorusses, mais d’environ 30% selon Kiev, le Premier ministre tchèque a déclaré à ce propos ce lundi :

« Nous considérons les référendums comme illicites, dans la mesure où leur organisation entre en conflit avec la constitution ukrainienne. »

Lougansk, photo: ČTK
Les hommes politiques tchèques souhaitent une présence renforcée d’observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) lors des élections présidentielles ukrainiennes, qui doivent se dérouler le 25 mai prochain en Ukraine. A cette occasion, la République tchèque enverra deux observateurs à long terme et de vingt-trois observateurs pour une durée plus brève. L’Union européenne a, quant à elle, également annoncé de nouvelles sanctions, et plus précisément à l’encontre de treize personnes et deux sociétés, ayant un rapport avec l’annexion de la Crimée. L’Union européenne a également émis des réserves à l’égard des référendums, les qualifiant d’« illégitimes », de « tentatives de déstabilisation de l’Ukraine » et de « violation de l’intégrité territoriale ». La France a toutefois annoncé la vente de deux bateaux militaires à la Russie, afin de respecter un contrat précédemment conclu. Cette transaction a été condamnée du côté tchèque, en particulier par le chef de la diplomatie, Lubomír Zaorálek :

« Il ne nous appartient pas de dire aux Français ce qu’ils doivent faire, mais je serais navré si une telle affaire aboutissait ou si la vente se confirmait. »

Martin Stropnický, photo: Kristýna Maková
En réponse à la crise ukrainienne, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) compte renforcer sa présence militaire en Europe ; une mesure annoncée la semaine dernière et accueillie de façon positive par la Pologne. Alors que le système tchèque de radar Věra a été retenu par l’OTAN dans un appel d’offres public, le ministre de la Défense Martin Stropnický (ANO) a fait savoir à l’agence de presse Reuters ce lundi que la République tchèque ne soutenait pas la présence de soldats de l’organisation atlantiste de défense sur son territoire. Pour Martin Stropnický, la présence de soldats étrangers en République tchèque reste un « problème psychologique » pour la population tchèque, ayant vécu l’occupation de son territoire par 80 000 militaires des troupes du Pacte de Varsovie pendant la période dite de normalisation. Néanmoins, tout en assurant une coopération avec l’OTAN dans le domaine de la formation militaire, Martin Stropnický a déclaré ce mardi à la télévision tchèque :

« Dans la formulation fournie par l’OTAN, il y a deux fautes importantes : lorsqu’il y est mentionné la République tchèque, cela semble être une position officielle. Mais il n’en est rien, dans la mesure où rien n’a été préalablement discuté, que ce soit au niveau du gouvernement tchèque, ou au niveau de la Chambre des députés. Par la suite, un deuxième problème apparaît avec l’utilisation d’une expression essentielle, celle de « séjour permanent ». »

Le ministre de la Défense a par ailleurs dénoncé la « campagne de désinformation » réalisée par la Russie dans toute l’Europe, en l’accusant de « manipuler délibérément les faits, les dates et les détails importants relatifs à la situation et aux objectifs envisagés en Ukraine. »