Prague expose des oeuvres inédites d'artistes verriers de Kamenicky Senov

Photo: supss.clnet.cz

Bienvenue sur Culture sans frontières, consacrée aujourd'hui à l'art du verre tchèque. Savez-vous où se trouvent les monts de Lusace, en tchèque Luzicke hory ? C'est tout au nord de la Bohême, non loin de Dresde. C'est dans ce coin du pays, qu'ont été fondées, au XIIIe siècle, les premières verreries tchèques. En 1856, la région s'est dotée d'une Ecole secondaire de verrerie, la plus ancienne du genre, paraît-il, en Europe. Cette année alors, l'Ecole de Kamenicky Senov fête, sous l'égide de l'UNESCO, son 150e anniversaire. Jusqu'à la mi-septembre, vous pouvez admirer la création de ses professeurs et élèves à Prague, au Musée des Arts et Métiers, où je vous emmène aujourd'hui. Le commissaire de l'exposition, Milan Hlaves, nous rejoindra dans un instant.

Dès sa fondation, l'Ecole de Kamenicky Senov, une petite ville de 4000 habitants, forme les jeunes à tous les métiers du verre : souffleurs, graveurs et décorateurs, auxquels s'ajoutent au cours du XXe siècle des designers et créateurs d'enseignes lumineuses. Mais, comme l'explique Milan Hlaves, ses ambitions sont toujours allées plus loin : depuis plusieurs décennies, le savoir-faire du XIXe siècle y sert de tremplin pour créer des objets d'art, tels qu'on les voit dans l'exposition :

« Mon collègue Antonin Langhamer et moi, nous avons voulu présenter les personnalités liées à l'Ecole de Kamenicky Senov. Souvent, ce sont les anciens élèves du lycée qui y ont ensuite eux-mêmes enseigné. En retraçant l'histoire du verre tchèque, nous nous sommes intéressés en particulier à la période d'après- guerre. L'année 1945 représente un moment crucial dans l'histoire de l'Ecole : avant la guerre, elle était, ainsi que toute la région, tchéco-allemande. Après le départ forcé de la population allemande des Sudètes, l'Ecole de Kamenicky Senov, ainsi que celle de Novy Bor, se sont dotées de nouveaux professeurs tchèques, jeunes et ambitieux, diplômés de l'Ecole des Arts et Métiers de Prague. Ils ont décidé de s'appuyer sur les procédés technologiques appliqués jusqu'alors et de donner en même temps à la création du verre un souffle de modernité et un esprit profondément tchèque à leurs yeux. »

Dans la Tchécoslovaquie d'alors, ainsi qu'en Scandinavie ou en Italie, le verre devient un matériau artistique à part entière, au même titre que le bois, le métal ou le papier. Dès les années 1950, le verre tchèque, discipline apolitique, jouit d'une excellente renommée sur la scène internationale, grâce à des pointures comme René Roubicek ou Stanislav Libensky.

Tableaux, sculptures et objets inspirés du monde végétal, animal et humain... Vases, tasses et assiettes uniques, objets qui matérialisent l'imagination débridée de leurs auteurs, âgés de 18, 40 ou 60 ans. Des chefs-d'oeuvre de nos ancêtres qui ne sont plus en vie. Tout cela est à voir au Musée des Arts et Métier. Une autre partie de l'exposition, ouverte jusqu'au 16 août au Centre tchèque du design à Prague, rue Jungmannova, présente la verrerie produite en série, ayant une fonction utilitaire. On aimerait voir de ses propres yeux comment a-t-on créé ce vase en forme de bouche, cette assiette avec une tête de satyre, ces tableaux en verre ayant pour thème une surface d'eau. Verre peint, soufflé, gravé, sablé... lit-on sur les étiquettes. Milan Hlaves précise :

« Il s'agit de toutes les techniques majeures utilisées dans la verrerie, y compris de nouvelles technologies qui permettent de créer justement des tableaux ou et des objets d'art en verre. Enfin, il n'est pas tellement important de savoir comment a-t-on fabriqué tel ou tel objet. L'important, c'est s'il suscite en vous une émotion, un plaisir esthétique. Le verre est un matériau qui attire, qui plait aux gens. Ça brille, il y a des effets optiques... Quand on le traite avec habileté et inventivité, le résultat est rarement décevant. »

L'Ecole secondaire de verrerie de Kamenicky Senov collabore avec des ateliers du verre privés, la verrerie Moser de Karlovy Vary, ansi qu'avec l'école de verrerie allemande de Rheinbach. Ses élèves se présentent régulièrement dans des expositions et symposiums tchèques et étrangers. Mais quelles sont les perspectives qui s'ouvrent, aujourd'hui, devant de jeunes artistes verriers ? Milan Hlaves :

« La situation actuelle dans l'industrie du verre est loin d'être rose. Je dirais même que le verre tchèque vit la crise la plus importante depuis 200 ans...A son origine, il y a surtout la forte concurrence asiatique. Nous sommes désavantagés par un dollar faible et nous devons, contrairement aux pays asiatiques, respecter certaines normes écologiques. A cela s'ajoute la hausse progressive des salaires dans le secteur. Voilà pourquoi le verre tchèque n'est pas aussi demandé que dans le passé. Mais ce n'est pas un problème spécifiquement tchèque : dans toute l'UE, les verreries sont en crise et ferment leurs portes. De l'autre côté, les jeunes verriers ont toujours la possibilité de se lancer dans la création libre. Et là, tout leur succès chez les clients ne dépend que d'eux-mêmes ».

Et quand Milan Hlaves, verrier de profession, lui aussi, dit que pour réussir, un jeune adepte du métier doit avoir du talent et un bon manager... cela est sans doute valable pour tous les arts plastiques.

A la fin de ce magazine, je vous passe une chanson du groupe Cechomor, qui sortira le 21 août un nouvel enregistrement de ses concerts publics. Intitulé « Stalo za zive », il sera disponible sur CD et DVD.