Présidentielle : « La marge de manoeuvre du président tchèque n'est pas grande »

Entretien aujourd'hui avec Jan Eichler, politologue membre de l'Institut pragois des relations internationales (IIR), pour évoquer avec lui l'élection présidentielle de vendredi prochain et les potentielles conséquences qu'elle pourrait avoir sur la politique étrangère de la République tchèque.

Le résultat de l’élection présidentielle peut-il selon vous influencer la politique étrangère du pays ?

« Je ne vois pas beaucoup de possibilités pour que le résultat de l’élection présidentielle à Prague change vraiment la politique étrangère du gouvernement actuellement au pouvoir. Les priorités sont claires, et c’est d’abord le gouvernement, le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères qui décident. Le président de la République n’a pas du tout les mêmes compétences que son homologue français par exemple. Il n’y a pas de système présidentiel et pas de suffrage direct, donc ses possibilités sont un peu limitées. Mais chaque personnalité qui est au Château de Prague peut quand même influencer la politique étrangère par ses idées, son comportement ou ses préférences. Mais sa marge de manoeuvre n’est pas grande. »

Václav Klaus, photo: CTK
L’actuel président Václav Klaus est réputé à l’étranger être l’un des dirigeants européens les plus eurosceptiques. Est-ce que cela peut poser un problème sachant que l’une des échéances importantes l’année prochaine pour Prague est la présidence de l’UE ? Le discours de Václav Klaus peut-il nuire à l’image et à la préparation de la République tchèque à cette présidence ?

« Je ne pense pas que l’image de M. Klaus puisse beaucoup nuire à la présidence tchèque de l’UE. Il y a beaucoup d’autres facteurs qui peuvent nuire davantange, et tout d’abord la volonté du gouvernement qui joue un rôle clé. Il faut aussi avoir un niveau adéquat de diplomates à la représentation permanente à Bruxelles. Il faut avoir aussi un bon ambassadeur. Malheureusement, on a récemment rappelé à Prague l’ambassadeur Jan Kohout qui y était depuis quatre ans. Espérons que son successeur (Milena Vicenová) va se débrouiller. C’est beaucoup plus important que l’image du président ou ses conférences, discours ou phrases prononcés devant le public de l’Europe occidentale. »

Photo: Commission européenne
Si M. Klaus était réélu... On l’a vu au moment du sommet de Lisbonne, il a refusé d’aller signer le Traité. Est-ce que ça ne pourrait pas créer des difficultés pour le gouvernement tchèque d’avoir à jongler avec une position aussi tranchée du chef de l’Etat ?

« Non, le Premier ministre accompagné par son ministre des AE ou éventuellement son vice-ministre pour les affaires européennes peut signer un tel traité. Je ne pense pas que la volonté du président de la République de signer ou de ne pas signer le traité pourrait nuire au processus d’intégration politique de l’UE. N’oublions pas qu’il y a en Europe des hommes politiques ou des hommes d’Etat encore plus eurosceptiques, comme les frères Kaczynski en Pologne. »

Autre thème majeur pour la politique étrangère tchèque cette année : évidemment le radar, partie intégrante du bouclier antimissile américain en Europe. Est-ce que là aussi la personnalité du futur président tchèque, donc soit M. Klaus soit M. Švejnar, ou un autre candidat sait-on jamais, peut influencer l’évolution des négociations et d’un vote potentiel sur le radar américain en République tchèque ?

« La négociation est toujours menée à l’américaine, c’est-à-dire ‘government to government’, pas entre les présidents de la République. L’attitude du président sortant, M. Klaus, n’est pas trop en faveur du radar, elle est très prudente. Mais il ne s’est jamais prononcé contre le radar. Même chose pour M. Švejnar. Ils sont vraiment hyper prudents. La négociation sera l’affaire du ministère des AE et impliquera éventuellement le Premier ministre, les Etats-majors des deux pays et les ministères de la Défense. »

Est-ce que le fait que Jan Švejnar ait la nationalité américaine – ou en tout cas l’a encore puisqu’il a dit qu’il y renoncerait s’il était élu – peut créer un problème dans ces négociations, peut donner lieu à un conflit d’intérêts ?

Jan Švejnar, photo: CTK
« Ca dépend : il y a des partis politiques pour lesquels c’est un grand problème, une entrave, notamment pour le parti communiste mais c’est aussi une tendance au sein du parti ODS. Selon moi, sa citoyenneté américaine ne devrait pas être un grand problème. Il y a un autre problème en ce qui concerne M. Švejnar : il a déjà eu une chance il y a presque onze ans, après la chute du gouvernement Klaus en 1997, quand le président Havel lui a offert le poste de Premier ministre. Mais à cette époque-là, M. Švejnar n’avait que la citoyenneté américaine et pas la tchèque, donc ne pouvait pas assumer le poste de Premier ministre. A mon avis, il a manqué une chance unique pour prouver qu’il était vraiment capable et déterminé à aider la politique de son pays natal. »