Presse : la libération et la fin du nazisme, une des grandes victoires de l’histoire de la Tchéquie
Cette nouvelle revue de presse passe d’abord en revue divers commentaires relatifs au 80e anniversaire de la fin de la Deuxième Guerre mondiale et à la visite à Prague du président ukrainien Volodymyr Zelensky. Autres sujets au menu : le vote par correspondance qui, pour la première fois, à l’automne prochain, permettra aux Tchèques de l’étranger de participer aux élections législatives, et les principaux enjeux qui découlent de ce scrutin décisif pour le proche avenir de la Tchéquie.
Le 80e anniversaire de la libération par les armées soviétique et américaine des territoires de ce qui allait redevenir la Tchécoslovaquie et la fin de la Deuxième Guerre mondiale méritent d’être célébrés par les Tchèques, selon le quotidien Deník. Son éditorialiste explique pourquoi :
« Nous ne devrions pas succomber à la tentation de juger les événements de cette époque avec l’œil de ceux qui savent ce qui s’est passé une fois la guerre finie. Nous ne devrions pas juger l’Armée rouge, ses soldats et leurs sacrifices, sur la base des crimes désormais notoirement connus que certains d’entre eux ont commis envers la population civile tchèque. De même, nous ne devrions pas nous arrêter sur les bombardements américains de Prague dans les derniers mois de la guerre, qui ont fait un grand nombre de victimes civiles. Malgré tous ces ‘mais’, la libération et la défaite du nazisme ont été une grande victoire aussi pour nous, Tchèques, car nous la devons aussi à notre résistance et à l’action de nos forces armées en exil. Cette victoire ne doit pas non plus être assombrie par les actes de vengeance commis par les Tchèques et les Slovaques sur les minorités allemande et hongroise dès la fin de la guerre. »
Selon le même auteur, il convient de célébrer cet anniversaire aussi car il s’agit d’une grande victoire comme on en trouve peu dans l’histoire des pays tchèques :
« Il faut s’en souvenir en dépit de l’agression de l’Ukraine par la Russie de Poutine. D’ailleurs, ce n’est pas la Russie qui a contribué à la défaite de l’Allemagne nazie, et ce, pour la simple et bonne raison que la Russie n’existait pas en tant qu’État à l’époque. Ce sont les différents peuples qui composaient l’Union soviétique qui ont combattu. Essayons donc de nous défaire des idées et des positions souvent simplistes et inexactes que nous avons aujourd’hui et souvenons-nous plutôt des grands jours d’il y a quatre-vingts ans. Il convient de remercier tous ceux qui ont contribué à nous libérer de l’occupation nazie et, ainsi, à mettre fin aux années les plus sombres de l’histoire moderne tchèque. Sans la libération de mai 1945, nous n’existerions probablement pas aujourd’hui en tant que nation. »
Volodymyr Zelensky à Prague
« Zelensky est arrivé en Tchéquie avec un programme chargé » ; « Même depuis Prague, Zelensky agace le Kremlin » ; « Olena Zelenska, pour la première fois en visite officielle à Prague, accompagne rarement son mari à l’étranger » ; « Aider pour gagner ? Non, la visite de Zelensky à Prague est placée sous le signe de la paix ». Tels ont quelques-uns des titres qui, dans les médias tchèques, ont accompagné la visite, dimanche 4 et lundi 5 mai, du président ukrainien Volodymyr Zelensky et de son épouse à Prague. Selon le site Info.cz, cette visite confirme d’abord que « la Tchéquie est aujourd’hui l’un des principaux alliés de l’Ukraine » :
« L’aide militaire, politique, sociale et humanitaire apportée à l’Ukraine envahie par les hordes russes est l’une des meilleures choses que la Tchéquie ait faites sur le plan diplomatique ces trois dernières décennies. Dans un contexte international rempli d’incertitudes, cette aide vise également à protéger nos propres intérêts et c’est pourquoi cette visite du président ukrainien à Prague s’est déroulée dans une ambiance si chaleureuse. À Kiev, on sait que le gouvernement et le président tchèques sont de grands alliés. Quel que soit le gouvernement qui sera formé après les élections législatives, continuer à travailler sur ces relations mutuelles sera une nécessité. »
« Prague est la capitale d’un État qui se trouve en première ligne d’un conflit de civilisations. C’est là un point que Volodymyr Zelensky a tenu à mettre en avant lors de son passage à Prague, si l’on s’en tient au contenu du programme de sa visite et à son appréciation du soutien tchèque à l’Ukraine. » C’est du moins ce que pense un chroniqueur du site Novinky.cz :
« Les déclarations et les actes du gouvernement et de la direction du Parlement ne laissent planer aucun doute sur sur la place de la Tchéquie dans cette guerre de civilisation. C’est pour cette raison que le président ukrainien a accordé une telle importance à sa visite à Prague. Néanmoins, comme on le sait, dans une démocratie, les gouvernements et les parlements peuvent changer après des élections et il arrive alors parfois que de nouveaux dirigeants avec des idées diamétralement opposées prenne le relais. La Tchéquie se trouve donc en quelque sorte à la croisée des chemins. Aujourd’hui, nous appartenons à la civilisation libre, mais l’orientation prochaine du pays dépendra du résultat des élections législatives à l’automne. »
Pour la première fois, les Tchèques de l’étranger pourront voter par correspondance
En attendant, à désormais un peu moins de cinq mois de la tenue des élections législatives, que la campagne entre dans une phase plus agitée que ce qu’elle a été jusqu’à présent, l’hebdomadaire Reflex s’intéresse à l’importance que le vote par correspondance pourrait avoir sur les résultats, après que cette nouvelle procédure visant à permettre aux Tchèques vivant à l’étranger de participer en plus grand nombre a été adopté par le Parlement l’année dernière :
« Lors des dernières élections législatives il y a quatre ans, 13 184 électeurs très exactement s’étaient rendus aux urnes à l’étranger. Cette année, avec désormais la possibilité du vote par correspondance, on peut donc s’attendre à ce que leur nombre soit beaucoup plus élevé. Certains estiment même qu’il pourrait s’agir de plusieurs centaines de milliers de voix supplémentaires, tandis que d’autres évoquent plutôt de 70 000 à 100 000 voix. Une forte participation est prévue aux États-Unis, au Canada et en Europe de l’Ouest. Quoi qu’il en sera, il ne s’agira pas d’un petit nombre, et ce, d’autant moins dans un système électoral où les sièges sont attribués en fonction des résultats obtenus dans les différentes régions. Alors qu’il y a quatre ans, toutes les voix des Tchèques de l’étranger étaient destinées aux candidats qui se présentaient dans la région d’Ústí nad Labem, cette année, les choses fonctionneront un peu différemment. Les votes de l’étranger seront divisés et ajoutés aux résultats des quatre plus grandes régions où les partis présentent des listes avec plus de trente candidats. Certes, l’addition des suffrages des Tchèques de l’étranger influencera également la situation des partis politiques plus petits et des mouvements qui se trouvent à la limite de l’éligibilité. »
Reflex souligne également qu’il est encore trop tôt pour vouloir faire des comptes ou former des possibles coalitions futures sur la base des résultats des sondages actuels. Néanmoins, il apparaît fort probable que que le vote par correspondance ait un effet non négligeable sur la répartition des sièges à la Chambre des députés, et ce, au détriment des partis extrémistes.
La Tchéquie à l’heure d’une guerre idéologique
Dans ce même contexte, le nouveau directeur de la Bibliothèque Václav Havel à Prague, l’économiste-philosophe Tomáš Sedláček, s’interroge dans les pages du quotidien Hospodářské noviny sur les enjeux de ces élections législatives, « plus importantes encore que toutes les élections précédentes, aussi cruciales celles-ci aient-elles également pu être » :
« En ces beaux jours du printemps, nous avons tendance à oublier qu’une guerre fait rage près de chez nous. Mais il n’est même pas nécessaire d’aller aussi loin pour se retrouver sur le front. Une lutte pour notre pays fait rage ici aussi. Évidemment, il ne s’agit pas d’une guerre au sens propre du terme, mais certainement d’une guerre idéologique dont les combats culmineront lors des prochaines élections législatives. On pouvait croire que notre pays n’était pas menacé par un sort semblable à celui de la Hongrie ou de la Slovaquie, que nous étions profondément ancrés dans l’Europe, que l’autocratie ou les gouvernements autoritaires n’étaient pas quelque chose pour nous. Croire que nous sommes, certes, peut-être des râleurs, mais aussi de vrais démocrates qui placent la liberté au-dessus de tout. Mais compte tenu de ce qui s’est passé récemment en Amérique, ‘cette tour de la liberté dont personne ne doutait il y a encore à peine dix ans’, nous ne sommes désormais plus sûrs de rien, ou presque. »
L’auteur de ce commentaire publié dans le journal économique rappelle que par le passé « nous avons brusquement changé d’orientation à deux reprises, en passant d’une orientation pro-occidentale à orientale : en 1948 et 1968 ». Et même s’il ajoute également que « malgré l’évolution prometteuse du monde depuis notre révolution en 1989, la démocratie n’est plus aussi rose aujourd’hui », Tomáš Sedláček tient néanmoins à conclure son propos sur un ton teinté de moins de scepticisme :
« Certes, il n’est écrit nulle part que la vague mondiale de passage au totalitarisme ne peut pas nous toucher. Mais il ne faut pas que cela nous arrive ! Cet appel, c’est à nous-mêmes que nous nous devons de l’adresser. Tous les chars du monde n’y changeront pour rien si nous nous soumettons nous-mêmes au totalitarisme. »






