Presse : les violences domestiques en Tchéquie face à la non ratification de la Convention d’Istanbul

Cette nouvelle revue de presse se penchera sur les violences domestiques et la réticence de la Tchéquie à ratifier la Convention d’Istanbul. Parmi les autres sujets traités : la situation en Slovaquie et les éventuelles retombées de son évolution future sur la Tchéquie. Quelques remarques enfin sur les critiques à l’adresse de la Télévision publique et un mot sur le succès international d’une plate-forme tchèque.

« Trois homicides d’une grandes brutalité commis en l’espace de trois semaines montrent que la Tchéquie a un problème sur lequel elle ferme les yeux », dénonçait récemment un article  du quotidien Deník N :

Photo: Charl Folscher,  Unsplash,  CC0 1.0

« Ces homicides qui ont fait au total sept victimes ne sont que le signe marquant des violences qui sont commises au sein des ménages tchèques. Bien d’autres cas de violences moins spectaculaires n’attirent pas l’attention des médias. Comme le confirment différentes études, en Tchéquie, près de 30 % des femmes et près de 12 % des hommes ont fait l’expérience de violences domestiques, dont deux tiers sont dues à un conflit d’ordre relationnel. Le problème, c’est que la Tchéquie ne dispose pas de suffisamment de centres d’accueil et de consultation pour leurs victimes. Celles-ci, surtout quand elles n’habitent pas Prague ou Brno, ont ainsi peu de possibilités de solliciter une aide urgente. »

Et les réactions à ces tragédies ne sont pas appropriées, comme l’estime la chroniqueuse du journal. Le fait que le pays continue à s’opposer à  la Convention d’Istanbul, quatre ministères ayant une fois de plus choisi de reporter le débat à ce sujet, en est un signe marquant. La Tchéquie est en effet l’un des derniers pays européens à ne pas avoir ratifié ce document sur la prévention et la lutte contre la violence à égard des femmes et la violence domestique.Le sujet a également intéressé le magazine Respekt :

Source: Conseil de l'Europe

« Les partis politiques tchèques, à quelques exceptions près, n’ont jamais voué aux violences domestiques et sexuelles l’attention que cette question mérite. Il faut donc saluer la position du nouveau président Petr Pavel qui a invité le cabinet à soumettre la Convention d’Istanbul, sept après sa signature, au processus de ratification. En ouvrant ce sujet, le président adresse également un signal important au public qui, de concert avec les représentants politiques, reste assez indifférent à l’égard de ce problème. A en croire les sondages, une grande partie de la population tchèque estime même que ce n’est pas un sujet majeur. »

La situation en Slovaquie suivie de près en Tchéquie

La situation en Slovaquie à l’approche des élections anticipées prévues en septembre est un des sujets les plus fréquents traités par les médias tchèques. Le journal Deník, par exemple, a écrit à propos de l’évolution politique dans le pays voisin le plus proche de la République tchèque:

Photo: Michaela Danelová,  iROZHLAS.cz

« A l’heure actuelle, les sondages favorisent l’ancien chef de gouvernement Robert Fico, dont la chute il y a cinq ans a été accélérée par l’assassinat du journaliste Ján Kuciak et de sa fiancée Martina Kušnírová. A l’époque, on aurait pu croire que son rôle dans la politique était définitivement terminé et que celui qui dont l’image était entachée par la corruption dans son pays allait être traduit en justice. Ni l’une ni l’autre hypothèse ne s’annoncent pourtant probables, d’autant moins que Robert Fico et son mouvement Smer sont désormais en tête des intentions de vote. »

Toutefois, l’éditorialiste de Deník conlut sa réflexion sur une telle éventualité d’un ton prudemment optimiste :

« Tout dépendra de l’ampleur de cette victoire. Un autre grand espoir pour la Slovaquie, c’est la montée de la cote du parti Slovaquie progressiste qui est lié à la présidente Zuzana Čaputová et qui est dirigé par le vice-président du Parlement européen Michal Šimečka. Un constat qui ouvre la possibilité de formation d’une coalition avec deux ou trois autres partis anti-Fico qui assurerait à la Slovaquie une orientation démocratique pro-occidentale, pro-UE pro-OTAN. »

Quelques avertissements slovaques pour la Tchéquie

« Le virus anti-démocratique risque d’être de nous contaminer aussi », a remarqué pour sa part et toujours sur ce sujet un éditorialiste du quotidien Hospodářské noviny. S’appuyant sur une récente enquête qui a révélé la volonté de plus de la moitié de la population slovaque de voir à la tête de leur pays un leader fort et autoritaire qui affaiblirait le rôle du parlement, il a écrit :

Robert Fico | Photo: Filip Jandourek,  ČRo

« Evidemment, cela ne veut pas dire qu’au lendemain des élections législatives, la démocratie en Slovaquie va prendre fin, car son système constitutionnel est robuste et Robert Fico, leur vainqueur supposé, n’est pas fou. Mais plusieurs avertissements en découlent. Comme on le sait, la démocratie peut s’auto-détruire. Il s’avère en effet que la victoire électorale et l’accès au pouvoir d’un parti qui, au fond, est anti-démocratique est à même de disloquer la démocratie libérale, par le biais de limitations qui touchent les médias libres, les tribunaux, les droits des minorités et autres. »

L’influence des fake news sur la société représente, selon le l’éditorialiste du quotidien économique, un autre avertissement. En Tchéquie également les gens leur prêtent l’oreille, ce dont témoignent les récentes manifestations qui se sont déroulées au centre de Prague :

« Comme le montrent les sondages, près de la moitié de la population tchèque n’est pas satisfait du fonctionnement de l’Etat. Certes, en Slovaquie, le désir d’un changement de système est plus prononcé que chez nous. Mais nous ne sommes pas pour autant immunisés contre le virus de l’illibéralisme. La situation slovaque montre que la démocratie libérale qui n’est pas dans en très bonne conditio, notamment dans notre partie de l’Europe, n’est pas une chose définitive. »

La Télévision tchèque sous le feu des critiques

Le site Seznam Zprávy a retenu les critiques que l’ex-Premier ministre Andrej Babiš, chef du mouvement ANO, a adressées via ses réseaux sociaux à la Télévision publique tchèque. Ce dernier prétend dans une vidéo que la Télévision tchèque choisirait les sujets qui ont peu d’intérêt ‘pour les gens’ et aurait un point de vue biaisé en faveur du gouvernement. L’éditorialiste du site remarque :

Andrej Babiš | Photo :  ČRo

« Critiquer les médias du service public est une chose courante, comme on le voit par exemple en Allemagne ou en Grande-Bretagne qui servent de modèle à la Tchéquie. Mais une critique valable doit s’appuyer sur des arguments pertinents et pas sur la volonté d’affaiblir leur crédibilité, comme c’est le cas en lien avec la Télévision publique en Tchéquie. »

« Ces critiques ne sont pas à prendre à la légère, car elles se font entendre au moment où la Télévision publique tchèque doit élire son nouveau directeur général », avertit-il. D’autant plus qu’elles sont formulées par un politicien connu qui se rendra la semaine prochaine à une conférence co-organisée à Budapest par le Premier ministre hongrois Viktor Orban.

SpaceKnow, une plate-forme tchèque qui s’est imposée à l’international

« Les courses cosmiques profitent à la Tchéquie ». Tel est le titre d’une note publiée dans le quotidien Lidové noviny qui fait part de l’épanouissement de la société tchèque SpaceKnow qui s’impose depuis un certain temps déjà sur la scène internationale:

« Créée il y a dix ans comme une start-up, la société fait désormais des analyses d’images stratégiques satellites qui sont sollicitées par des gouvernements, des armées et des services de renseignements dans le monde entier. Ainsi, elle a par exemple réussi à saisir la concentration massive de troupes russes avant l’invasion en Ukraine. A la foire de l’armement Idex qui s’est tenue en février aux Emirats arabes unis, son software SpaceKnow Guardian s’est imposé face à la concurrence de plus de 1300 exposants comme un des produits les plus innovateurs. »

Le journal indique que la société qui a une soixantaine d’employés collabore notamment avec les pays de l’OTAN, toute coopération avec les pays comme la Russie ou la Chine étant exclue.