Presse : une révolution électorale pendant l’épidémie de covid ?

Photo illustrative: Martin Pokorný, ČRo

L’accueil mitigé de la modification du système électoral prônée par la Cour constitutionnelle est le premier sujet traité dans cette nouvelle revue de presse. Un regard ensuite sur l’évolution de l’épidémie de covid en Tchéquie et les répercussions qu’en subissent les enfants. Quelques mots aussi sur un chapitre peu connu de la musique pop tchèque, en rapport avec le décès d’une de ses grandes stars des années 1970-1980.

Une révolution électorale. C’est en ces termes que l’hebdomadaire que définit l’annulation par la Cour constitutionnelle de certaines parties importantes de la loi électorale. Une modification qui permet aux coalitions de partis de recueillir 5% des suffrages pour accéder à la Chambre des députés, à la place des 10, 15 ou 20% jusqu’ici et qui élimine la discrimination des petits partis. Dans un article consacré à ce coup de tonnerre sur la scène politique tchèque on peut lire :

« Avec cette annulation qui renforce le système proportionnel qui est défini dans la Constitution, la politique devient plus juste. Les deux chambres du Parlement ont désormais une tâche difficile consistant à préparer assez promptement une nouvelle loi électorale, d’ici la tenue, en octobre 2021, des élections législatives. »

Respekt ajoute cependant que la Cour constitutionnelle aurait dû prendre cette décision plus tôt car les parlementaires sont désormais contraints d’agir sous pression.

Un commentaire mis en ligne sur le site aktualne.cz observe pour sa part qu’en plein milieu de la campagne électorale, le pays est confronté à un chaos constitutionnel qui accompagne celui lié au covid. Son auteur écrit également :

« Difficile d’évaluer ce qui va se passer. En en laps de temps relativement court, la Chambre des députés ‘progouvernementale’ et le Sénat - où les partis d’opposition ont la majorité - sont appelés à trouver un consensus pour définir de nouvelles règles électorales. Une chose qui paraît presqu’inimaginable ».

« Chercher un consensus entre les différents partis politiques sera extrêmement difficile, ce dont témoignent les durs conflits entre les partis de la coalition gouvernementale et ceux de l’opposition concernant la gestion de l’épidémie de coronavirus », constate également le site lidovky.cz.

Le journal DeníkN inique quant à lui :

« Certes, les élections doivent être égales. Toutefois, dans notre système électoral, certains partis et certains électeurs étaient plus égaux que les autres. Ce n’est pas une nouveauté, mais ce n’est que maintenant que la Cour constitutionnelle l’a constaté et accompli son devoir. Cela ne veut pas pour autant dire que sa décision ne puisse pas conduire au chaos et à l’instabilité, tout ce dont la Tchéquie, épuisée par l’épidémie, devrait se passer. »

Ces autres victimes de la pandémie

Photo illustrative: Enrique Lopez Garre/Pixabay,  CC0

« Suivant la volonté de protéger le groupe le plus vulnérable de la population, l’Etat a mis de côté tous ceux qui ne sont pas menacés par le virus, mais par l’isolement qui leur est imposé : les enfants ». C’est ce que l’on peut lire dans un texte publié sur le site novinky.cz qui rapporte :

« Comme les stations de ski et les pistes en Tchéquie demeurent fermées, le vice-premier ministre Karel Havlíček a exprimé à leurs gérants des excuses, tout en omettant d’adresser un pardon aux parents et surtout aux enfants obligés à rester chez eux. En plus, à part les plus petits, ces derniers doivent suivre une scolarité en ligne. Et pourtant, il n’y a pas de données pertinentes en faveur de l’argument selon lequel l’école constituerait ‘une bombe à retardement’. Il semble que contrairement à beaucoup d’autres Etats européens, l’éducation ne représente pas une priorité en Tchéquie ».

« Jetés par-dessus bord, les enfants, de concert avec leurs parents, sont alors les principales victimes de la pandémie », estime le commentateur du site novinky.cz. « Les contacts avec des copains, les activités facultatives, la pratique de sports collectifs extérieurs, tout leur est interdit. Au lieu de cela, les enfants passent le plus gros de leurs temps devant leurs tablettes ou ordinateurs », regrette-t-il avant de constater :

« Les experts le confirment : les problèmes psychiques des enfants sont aujourd’hui différents de ceux qui les préoccupaient lors de la premières vague de l’épidémie. Chez eux, les craintes liées au virus ont fait place à des angoisses d’ordres relationnel et scolaire. »

Le quotidien économique Hospodářské noviny constate lui aussi que l’éducation en ligne qui  se prolonge approfondit les problèmes psychiques des enfants. « En même temps, elle augmente les disparités entre les enfants des foyers pauvres et ceux des familles aisées », souligne-t-il avant d’ajouter sur un ton critique:

« La façon dont l’épidémie de coronavirus en Tchéquie est gérée menace le pays davantage que le coronavirus en tant que tel. Le problème, c’est que les dirigeants politiques ne respectent pas les recommandations scientifiques et au lieu de mener à bien les démarches proposées, ils les adaptent chaotiquement et prématurément, se laissant guidés par des émotions. »

Le Covid-19 et les chiffres qui inquiètent

Photo illustrative: Gerd Altmann/Pixabay,  CC0

« Le gouvernement et l’appareil d’Etat sont-ils responsables du fait que, depuis l’automne dernier, la pandémie affecte lourdement la Tchéquie ? Ou bien pouvait-on empêcher le pire ? », s’interrogeait un des derniers numéros du quotidien Deník qui a précisé à ce propos :

« Avec 15% de décès de plus que l’année précédente, la Tchéquie a enregistré le taux de mortalité le plus élevé depuis la Deuxième Guerre mondiale. De même, avec environ un million de cas de contaminations, la Tchéquie, qui compte près de 10 millions et demi d’habitants, se situe en tête des pays membres de l’Union européenne. Autant de chiffres qui confirment que l’on n’arrive pas à dompter l’épidémie qui continue de se propager ».

Le commentateur de Deník rapporte qu’outre ce constat peu favorable, il existe des chiffres qui sont source d’espoir. Ainsi peut être analysée la baisse de 5,6% du PIB en 2020. Il s’agit, selon lui, d’« un résultat raisonnable compte tenu de l’impact écrasant de la pandémie sur l’économie et d’une preuve des capacités des entreprises et des employeurs qui arrivent à se mettre en valeur par des temps difficiles » :

« Une part du mérite revient à la politique gouvernementale. Certes, au deuxième semestre, le gouvernement a fermé les écoles, les magasins, les services, les activités sportives et culturelles, mais il n’a pas étouffé l’ensemble de l’économie ».

La musique pop tchèque et ses pratiques dans les années 1970-1980

Ladislav Štaidl,  photo: Adam Kebrt,  ČRo

« Décrire de façon impartiale l’histoire de la musique pop tchèque est un grand défi à relever pour les historiens ». C’est ce qu’a constaté l’auteur d’une note publiée dans le journal Lidové noviny en rapport avec le récent décès, à l’âge de 75 ans, du musicien-compositeur Ladislav Štaidl, une des plus grandes stars de la variété tchécoslovaque dans les années 1970-1980. Il écrit à ce propos :

« Les nombreux textes qui ont été publiés à cette occasion dans les médias et sur les réseaux sociaux ont mis en relief tant les qualités musicales incontournables du personnage que des points plus sombres et peu connus de son parcours professionnel, une façon de les replacer dans un plus large contexte de l’époque. Un des compositeurs phares du très populaire chanteur Karel Gott et chef de son orchestre, Ladislav Štaidl faisait effectivement partie d’un groupe privilégié de musiciens, compositeurs et interprètes, pleinement adaptés et conformes au régime communiste - ceux qui avaient un accès facile et pratiquement monopolisé sur les ondes et sur le petit écran. »

L’intérêt est alors d’en savoir plus sur les coulisses du mainstream musical tchèque de l’époque de la dite normalisation. Une telle tâche appartient,  toujours selon le commentateur de Lidové noviny, à des historiens, dépourvus d’animosités personnelles ou de goûts de vengeance. Pour eux, la scène de la musique pop ne serait pas un champ de bataille, mais un matériel de recherche :

« Il n’y a que la mythologie orale, tantôt amusante tantôt glaçante, qui raconte les pratiques des hommes que beaucoup prenaient pour des mafiosi de la pop. En manque d’arguments pertinents, cette mythologie doit désormais céder la place à une étude sérieuse basée notamment sur des témoignages authentiques. Plus de trente ans après la chute du régime communiste, il est grand temps de s’y employer ».