Ecole à distance : « Le retard à rattraper sera énorme pour les enfants défavorisés »

Photo illustrative: Wilmer López/Pixabay, CC0

Quelque 19 millions de couronnes (environ 698 000 euros) ont été collectés à ce jour par l’ONG Člověk v tísni (People in Need, en français L’homme en détresse), au profit des Tchèques confrontés à la précarité en raison de la crise du coronavirus. Cette collecte publique intitulée « SOS Česko » (SOS Tchéquie) permet de distribuer des colis alimentaires, d’apporter une aide aux familles endettées ou encore d’accompagner l’instruction d’environ 500 enfants menacés de pauvreté ou d’exclusion sociale. La lutte contre le décrochage scolaire des enfants défavorisés est un défi à long terme, selon l’ONG.

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Suite à la fermeture des établissements scolaires le 11 mars dernier, environ 1,5 million d’élèves et d’étudiants tchèques ont suivi des cours à distance. Même si les écoles ont partiellement rouvert leurs portes en mai, dans le cadre du déconfinement du pays, l’apprentissage en ligne, qui concerne toujours une majorité d’élèves, se poursuivra jusqu’à la fin de l’année scolaire. Les conséquences seront particulièrement graves pour environ 4 000 enfants et adolescents tchèques issus de milieux défavorisés et sans accès à Internet. Leur situation préoccupe, depuis le début de la crise sanitaire, People in Need, la principale organisation d’aide humanitaire en Tchéquie et en Europe centrale. Zuzana Ramajzlová est chargée des programmes éducatifs que l’ONG propose, depuis plusieurs années déjà, aux enfants tchèques menacés de pauvreté et d’exclusion sociale :

Zuzana Ramajzlová, photo: Člověk v tísni/YouTube
« Après la fermeture des écoles, les enfants bénéficiaires de nos programmes ont perdu contact avec leurs enseignants et n’avaient pas l’équipement nécessaire pour pouvoir suivre les cours en ligne. Nous avons décidé immédiatement d’assurer nous-mêmes une certaine continuité pédagogique : quand la situation le permettait, nous leur envoyions des textos, nous leurs donnions des cours via le téléphone ou les réseaux sociaux, WhatsApp ou Messenger par exemple, tout en essayant de servir d’intermédiaire entre ces élèves et leurs écoles. Notre engagement a d’ailleurs été plutôt apprécié par les enseignants, sinon, ils n’arriveraient pas à joindre ces élèves. »

« En collaboration avec l’organisation Česko.Digital, nous avons fourni environ 150 ordinateurs aux enfants défavorisés et nous avons assuré près de 70 accès à Internet. Tout cela pour donner aux enfants la possibilité de continuer à apprendre. »

Enfants roms et non roms, parfois issus de familles étrangères mal intégrées en République tchèque, les enfants pris en charge par People in Need ne bénéficient pas tous des mêmes conditions d’apprentissage :

« Certains enfants ont un accès réduit aux informations. Par exemple, leur famille dispose d’un seul téléphone portable, alors les élèves sont au courant des devoirs que leur envoient les enseignants, mais ils n’ont pas la possibilité d’élaborer et de rendre leurs travaux. Ou alors leurs parents n’ont pas les compétences pour les aider. Ces enfants sont tous défavorisés, mais chacun à leur manière. »

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Selon les estimations de l’ONG, 80% des élèves issus des milieux défavorisés n’ont pas repris le chemin de l’école à la fin du mois de mai. Zuzana Ramajzlová explique :

« Les parents n’ont pas voulu renvoyer leurs enfants en classe par crainte du coronavirus. Ils n’ont pas suffisamment d’informations, ou alors, ils ne savent pas les analyser. Et puis, il ne faut pas oublier que souvent, leurs enfants étaient absentéistes bien avant la crise sanitaire. »

Parmi les rares choses positives à retirer de la période de confinement, Zuzana Ramajzlová mentionne la volonté des bénévoles à dispenser des cours en ligne :

« Notre travail est basé sur l’engagement des bénévoles qui donnent des cours de soutien aux enfants. Or dans certaines régions, par exemple à Karlovy Vary ou à Ústí nad Labem, nous en avions très peu par le passé. Avec cette crise, j’ai l’impression que les disparités entre les différentes régions ont tendance à s’effacer. Le numérique permet de connecter les gens de différents coins du pays. Ainsi, nous avons par exemple de nombreux bénévoles à Prague qui donnent des cours aux enfants de Karlovy Vary. »

Ces cours de soutien seront nécessaires encore après la fin du déconfinement et la reprise des cours à la rentrée, car, comme l’estime Zuzana Ramajzlová, les enfants menacés de pauvreté et d’exclusion sociale auront besoin de toute l’année scolaire suivante pour rattraper le retard causé par la crise du coronavirus.

Photo illustrative: jagritparajuli99
« Nous devrons apporter beaucoup de soutien aux enfants et surtout aux jeunes qui se prépareront à leur premier emploi, pour qu’ils ne décrochent pas totalement et ne se retrouvent pas quelque part d’où il est difficile de s’en sortir. »

« Par ailleurs, nous voulons, à l’avenir, nous engager davantage dans tout ce qui facilite l’accès des familles défavorisées aux nouvelles technologies. Car cette crise sanitaire a révélé à quel point la numérisation de l’administration publique leur compliquait la vie. Si vous vivez dans une société où presque tout est numérisé et que vous n’avez pas d’équipement informatique, vous êtes marginalisé. »

Outre l’ONG People in Need, d’autres organisations viennent en aide aux enfants menacés de pauvreté. Parmi elles Česko.Digital qui réunit des informaticiens bénévoles : ils ont distribué un millier d’ordinateurs parmi les enfants démunis et développent des solutions innovantes en matière d’enseignement à distance.