Quand épidémie et analphabétisme médiatique vont de pair

Photo illustrative: pixel2013/Pixabay, CC0

Dans cette nouvelle revue de la presse tchèque de la semaine écoulée, nous nous pencherons d’abord sur l’analphabétisme médiatique que les sondages attribuent aux Tchèques et sur ses retombées lors de l’épidémie de coronavirus. Le dédommagement prévu des victimes rom de la stérilisation forcée dans les années 1970 et 80 est un autre sujet traité. Un bref rappel ensuite des malheureuses circonstances de la mort du poète Jan Vodňanský victime du coronavirus. Il y sera également question de la mauvaise humeur et du climat qui règnent dans la société tchèque. Quelques mots enfin sur la plus grande fondation privée tchèque.

Selon une récente enquête de l’agence STEM, quelque 10% des utilisateurs d’Internet (près de 80% de la population tchèque) croient les désinformations les plus insensées diffusées sur les sites ou sur les réseaux sociaux, 40% d’entre eux leur prêtant également une oreille plus ou moins attentive. « Outre le coronavirus, l’analpahétisme médiatique fait lui aussi d’immenses ravages dans la société tchèque », signale à ce propos Hospodářské noviny. Pour le quotidien économique, il est facile d’en déduire des conséquences qui, « hélas, sont clairement visibles » :

« Une société affectée par une crise est appelée à s’unir. Mais pour cela, il faudrait que son écrasante majorité lise la réalité de la même manière, juste. Mais c’est là quelque chose d’impossible aujourd’hui en Tchéquie. Trop nombreux sont en effet les gens qui, au début, ont pris la pandémie à la légère, pour ensuite se perdre dans la nébuleuse de semi-vérités et de mensonges. Ce groupe est logiquement peu motivé pour respecter les restrictions imposées par le gouvernement. »

« Même si une partie de la société ne fait pas confiance au gouvernement, le problème est plus profond », estime encore Hospodářské noviny. Près de 40% des Tchèques ne suivent pas les médias, un chiffre qui augmente chaque année. Ce constatt est inquiétant, toujours selon le journal, car il influence fortement la vie de tous  :

« La défiance à l’égard des médias et le faible niveau d’analyse des informations sont un terrain propice à l’émergence d’une classe de citoyens anti-système : ceux qui s’abstiennent par apathie aux élections ou qui vitent pour des partis populistes et extrémistes. Des gens qui sont convaincus de ne rien pouvoir changer et qui manifestent leur désintérêt pour la politique. L’ignorance des informations importantes est à la fois une cause et une conséquence. »

En attendant un dédommagement des victimes des stérilisations forcées

Photo: Archives du gouvernement de la République tchèque

« C’est un des crimes les plus monstrueux commis dans l’ancienne Tchécoslovaquie pendant la ‘normalisation’ des années 1970 et 1980. » C’est ainsi que le journal Deník présente la stérilisation forcée de milliers de femmes et de certains hommes rom. Une pratique qui s’inscrivait dans un projet minutieusement pensé par le régime communiste pour réduire la fécondité jugée trop élevée des femmes rom. L’auteur écrit à ce propos :

« Il a fallu attendre vingt ans, jusqu’en 2009, pour que l’Etat tchèque exprime ses excuses aux victimes de ces pratiques eugéniques. Et ce n’est que cette semaine que la Chambre des députés a approuvé un dédommagement pour ces stérilisations forcées. Il y a de grandes chances qu’il soit adopté définitivement d’ici la tenue des élections législatives, en octobre. Dans le cas contraire, les 400 victimes encore vivantes, qui ont aujourd’hui entre 60 et 70 ans, devront de nouveau attendre. Les 120 millions de couronnes prévus pour ce dédommagement ne vont pas appauvrir la République tchèque. Au contraire, cet argent lui permettra d’affirmer sa position parmi les nations civilisées. »

Ce qui manque en revanche dans le débat tchèque sur cet épisode sinistre, toujours selon Deník, c’est une condamnation claire et nette de la part des médecins. Même si « certains d’entre eux auraient agi de bonne foi en pensant protéger les femmes d’accouchements précipités et dévastateurs pour leur santé ».

Jan Vodňanský : un poète mort parce qu’il était trop jeune

Jan Vodňanský,  photo: Petra Čechová,  ČRo

« J’accuse! » Cet appel bien connu a été utilisé dans une note très personnelle mise en ligne sur le site Echo24.cz au lendemain de la mort, à 79 ans, des suites de la Covid, de Jan Vodňanský, poète, homme de théâtre et chanteur. L’auteur du texte explique :

« En écrivant ces lignes, je veux exprimer non seulement mon profond chagrin, mais surtout la colère et le désespoir qui m’habitent. J’entends accuser tous ceux qui sont responsables de ce départ inutile. Jan Vodňanský est mort le jour où il devait être vacciné contre la maladie qui l’a tué. Trop tard. S’il avait eu 80 ans, donc un an de plus, il aurait déjà pu être vacciné et continuer à vivre dans ce monde rempli de paradoxes. Il se plairait certainement à constater, avec le goût de l’absurde qui était le sien, qu’il est mort pour avoir été trop jeune. »

« Jan Vodňanský serait encore en vie s’il avait vécu dans un pays avec une stratégie de vaccination qui garantit une protection plus rapide des personnes qui ont le même âge que lui », écrit encore l’auteur, avant de conclure :

« J’accuse, car la mort du poête n’est pas le fruit de l’irréversible destin humain ou de la cruelle logique de la nature. Elle est la conséquence, ni moins ni plus, de décisions humaines arbitraires et des fautes tragiques. Je ne réclame pas de condamnation mais une responsabilité morale et politique, et ce pas seulement pour la mort du poète. »

Dans la société tchèque, le climat et les humeurs changent

Photo: Michaela Danelová,  ČRo

Le climat dans la la société est en train de changer, constate l’hebdomadaire Respekt :

« Selon un récent sondage commandé par la Télévision tchèque, c’est la coalition composée des Pirates et du mouvement STAN qui remporterait les prochaines élections. L’écart avec le mouvement ANO d’Andrej Babiš se situerait autour de 12%. Les modèles n’en disent pourtant que très peu sur ce que seront finalement les résultats des législatives. Ils saisissent plutôt les tendances et l’actuelle mauvaise humeur de la société. Selon ce sondage donc, seulement 11% de la population se dit satisfaits de la situation politique, contre 60% il y a un an. »

Le commentateur de Respekt rappelle que nous traversons la période la plus difficile de la pandémie. « Mais ce n’est que lorsque nous aurons, grâce à l’Union européenne, assez de vaccins que l’humeur pourra réellement changer et la véritable campagne électorale démarrer », souligne-t-il.

De l’argent pour quelque chose qui a un sens

Katarína et Ondřej Vlček,  photo: Nadace rodiny Vlčkových

« La plus grande fondation privée tchèque est en train de voir le jour. » C’est ce dont informe le journal Deník N, suite à la décision de la société anti-virus Avast de mettre sur pied une fondation inédite appelée Fondation de la famille Vlček. Le but de ses créateurs, les époux Ondřej et Katarína Vlček, qui font partie des cent plus grandes fortunes tchèques, est d’aider les familles affectées par une maladie grave de leur enfant et d’ouvrir, d’ici à cinq ans, un centre de soins palliatifs pour les enfants. Le quotidien cite ses créateurs :

« Chaque année, près de 800 familles tchèques apprennent qu’un de leurs enfants souffre d’une maladie incurable. Nous voulons les aider un peu dans cette situation difficile et contribuer au concept d’un avenir dans lequel les soins pour la qualité de la vie des enfants gravement malades seront aussi importants que leur traitement en tant que tel... L’essentiel, pour nous, est de consacrer notre argent à un seul projet. Les fondations existantes n’ont pas de ligne directrice commune, car elles mènent diverses actions de bienfaisance qui, souvent, sont dépourvues de logique ou d’une stratégie sur le long terme. Pour nous, les enfants malades représentent un dénominateur commun ».

« Nous nous réjouissons de pouvoir consacrer notre argent à une chose qui a un sens », déclarent-ils également. Deník N constate que leur initiative fait partie des plus grands projets filantropiques dans l’histoire de la République tchèque.