Radars américains : un choix difficile pour les Tchèques

Radar NATO v Nepolisích, foto: Autor

Un retour à la guerre froide : certains n'ont pas hésité à qualifier ainsi les tensions entre Moscou et Washington autour du projet d'installation d'un système anti-missile américain en Europe. Pour la République tchèque, où la base de radars est envisagée, le choix est difficile. Même si le gouvernement tchèque se dit prêt à poursuivre les négociations, le projet est loin de faire l'unanimité.

Jince, photo: Huhulenik, CC BY 3.0 Unported
« Ça na pas de sens d'installer ces radars ici, la seule chose que ça peut nous apporter, c'est que l'endroit va devenir une cible potentielle pour les terroristes. Je pense que ce n'est pas une bonne chose pour les gens d'ici. » Dans la région où la base de radars de l'armée américaine pourrait être installée, les habitants sont nombreux à penser comme Jan Brabek, maçon dans la petite ville de Rozmital.

C'est à une soixantaine de kilomètres au sud de Prague que cette base pourrait être construite. Sur un terrain militaire où les Soviétiques avaient dans le passé installé leurs missiles dirigés vers l'Europe occidentale. Dans les villages qui bordent ce terrain militaire de Brdy, la population est loin d'être enthousiaste à l'idée de voir une armée étrangère prendre à nouveau possession des lieux.

Jince, photo: Miloš Turek
« On a déjà eu une base de missiles russes ici et je ne vois rien de bon dans le fait d'avoir une nouvelle base de radar » : Libor Zmejak, agriculteur dans un village qui jouxte le terrain militaire, partage lui aussi l'avis de la majorité, pour qui la base a beaucoup plus d'inconvénients que d'avantages.

Dans plusieurs des villages voisins, on envisage d'organiser des référendums pour s'opposer à l'arrivée des radars américains. Une opposition toutefois symbolique, les référendums locaux n'ayant qu'un caractère consultatif dans la législation tchèque. Josef Hala est le maire de la commune de Jince :

« Ce qui nous embête un peu c'est que ce radar ne fait pas partie de l'OTAN, qu'il est là pour la défense des Etats-Unis et nous ne sommes d'ailleurs pas certains qu'il assure la défense de l'Europe. Nous sommes ceux qui vont devoir supporter les conséquences sur la santé et l'écologie de ce type de radars. C'est quand même bizarre de vouloir installer ça là où vivent environ 100 000 personnes dans un proche périmètre. »

Si au niveau local, les Tchèques ne semblent pas convaincu par ce projet de radars, le gouvernement de centre-droit se dit prêt à négocier son installation avec Washington. Pour Alexandr Vondra, le ministre chargé des Affaires européennes, les menaces russes ne sont pas à prendre au sérieux et il vaut mieux être avec les Américains que sans :

« Nous avons deux options : soit nous laissons les Américains seuls, ce qui entraînerait un découplage et un affaiblissement de l'OTAN, soit nous faisons cela avec eux et je pense que le système que nous envisageons de développer avec eux devrait être à l'avenir la base d'un système de défense de l'OTAN, une fois que les pays de l'OTAN auront unanimement donné leur accord. »

Tandis que les informations sur le projet américain se précisent, le mouvement d'opposition aux radars prend de l'ampleur au sein de la société tchèque. L'initiative "Non aux bases" réunit une cinquantaine d'associations et a déjà recueilli des milliers de signatures pour sa pétition hostile au projet.

Photo: CTK
Pour le sociologue Jan Keller, même si le mouvement d'opposition est trop hétéroclite pour être efficace, il va être difficile d'imposer une présence militaire étrangère dans ce pays, dont l'histoire est lourdement marquée par des occupations successives :

« Après les Soviétiques, les Américains... Nous savons que notre sécurité n'était pas suffisante avant, et qu'elle ne le sera pas non plus à l'avenir. Les bases militaires aujourd'hui menacent le territoire sur lequel elles sont installées. »

Le risque potentiel d'attaques terroristes est un argument qui ressort fréquemment dans le débat sur le déploiement du système anti-missile. Les autorités américaines et le gouvernement tchèque devront déployer beaucoup d'efforts pour convaincre la population et le Parlement, un parlement qui devrait avoir le dernier mot sur cette difficile question.