Bouclier antimissile américain : le centre d’alerte ne sera pas installé à Prague

Foto: Missile Defense Agency

Il n’y aura pas de centre d’alerte avancée à l’attaque balistique en République tchèque. C’est ce qu’a annoncé Alexandr Vondra, le ministre tchèque de la Défense, la semaine dernière. Cette installation devait faire partie du dispositif du bouclier antimissile que les Etats-Unis souhaitent implanter en Europe centrale et orientale. Pour autant, Prague veut désormais réfléchir, en coopération avec Washington, à la façon de prendre part au projet à l’avenir.

Programme de défense remis au goût du jour en 2002 par l’administration de George W. Bush, le bouclier antimissile consiste en un système de radars et de missiles, dont l’objectif est de neutraliser des tirs de missiles ou de roquettes ennemis visant les Etats-Unis ou leurs alliés. En Europe, le premier plan prévoyait d’implanter un radar en République tchèque et une base de tir de missiles en Pologne. A Prague, le Sénat et la Chambre des députés avaient approuvé le projet, et ce malgré une opinion publique très perplexe : selon une enquête réalisée en 2007, 67 % des Tchèques désapprouvaient le projet, tandis qu’une pétition réclamant un référendum sur le sujet avait recueilli plus de 130 000 signatures. Surtout, le projet américain mécontentait fortement la Russie, qui y voyait un système militaire dirigé contre elle.

Finalement, le nouveau président américain, Barack Obama, revenait sur les décisions de son prédécesseur et annulait le projet d’implantation du radar sur le sol tchèque. Tchèques et Américains affirmaient cependant vouloir continuer à collaborer dans le cadre de l’OTAN à l’élaboration d’un programme de défense. Cette collaboration se concrétisait l’année dernière par l’annonce de la construction d’un centre d’alerte avancée à l’attaque balistique à Prague. Celui-ci ne devait être qu’un complément au dispositif que les Etats-Unis souhaitent désormais mettre en place en Pologne et en Roumanie.

Alexandr Vondra
L’annulation pure et simple de ce projet, annoncée mercredi dernier par le ministre de la Défense tchèque, Alexandr Vondra, marque la dernière étape en date de cette infructueuse collaboration militaire. Celle-ci devrait pourtant prendre une nouvelle forme, comme l’a déclaré le ministre :

« Nous disposons parallèlement de tout un spectre de domaines dans lesquelles nous commençons à travailler très concrètement de façon à renforcer la coopération entre la République tchèque et les Etats-Unis et à obtenir rapidement des résultats concrets. »

Mais comment expliquer les errements de cette coopération américano-tchèque dans le domaine de la défense? Igor Lukeš est professeur d’histoire et de relations internationales à l’université de Boston. Pour lui, les raisons de ces nombreux revirements ne sont pas à chercher du côté politique :

« Avant toute chose, je refuse les explications politiques à ces décisions. Les Américains regardent ce centre comme faisant partie intégrante de leur système militaire. Mais en République tchèque, beaucoup sont ceux qui le perçoivent seulement comme une sorte d’institution culturelle, qui doit définitivement ancrer le pays dans le contexte occidental. Les Américains changent d’opinion en fonction de la façon dont évoluent les aspects techniques du projet. L’opinion tchèque est peu susceptible de changer car elle n’est pas liée à une réalité technique, mais à une réalité culturelle. C’est pour cela qu’il règne depuis plusieurs années un gros malentendu entre les deux parties. »

Pour la diplomatie russe, le retrait de Prague est considéré comme un succès. Jeudi dernier, Dimitri Rogozine, l’ambassadeur russe à l’OTAN, déclarait à l’agence de presse Interfax que la décision tchèque était à 50% le résultat de l’action de la diplomatie russe. Les 50% restants étaient, selon lui, liés à l’évolution de la stratégie américaine quant à l’élaboration de ce projet de radar antimissile.

Pour autant, cet abandon ne semble pas avoir d’incidence sur les relations diplomatiques entre la Tchéquie et les Etats-Unis si l’on en croit les récents propos de l’ambassadeur américain à Prague, Norman Eisen, pour qui ces relations sont en train de passer de « bonnes » à « excellentes ».