Séismes : pourquoi la Bohême occidentale tremble si souvent ?
La région de Cheb est touchée depuis le mois de novembre par une série ininterrompue de faibles secousses sismiques. La Bohême occidentale est sismiquement beaucoup plus active que le reste de la Tchéquie, et tout particulièrement autour de Cheb. D’ailleurs même les anciennes chroniques s’en souviennent. Mais pourquoi cette région en particulier ?
Il y a quelques jours encore, des centaines d’habitants de la région de Cheb signalaient aux autorités avoir ressenti des secousses sismiques chez eux, certains décrivant un léger balancement, d’autres le plus souvent un grondement qui accompagne le tremblement de terre. Pour l’heure, la série de séismes légers en cours depuis plus d’un mois n’a pas dépassé 2,5 sur l’échelle de Richter, mais déjà en septembre, des secousses d’une magnitude de 2,8 avaient été enregistrées et de 2,4 à la fin du mois de mars déjà. Jana Doubravová, de l’Institut de Géophysique de l’Académie des sciences :
« Le nombre total de secousses est toujours une question, car cela dépend de l’ampleur des secousses que nous prenons en compte. Dans nos catalogues de traitement automatique, nous avons déjà des milliers de phénomènes, des milliers de petits tremblements de terre, mais la plupart d'entre eux n’ont pas le potentiel d’être ressentis par la population locale. Nos instruments les enregistrent bien, nous avons donc toute une série de tremblements de terre que nous pouvons analyser. Les séismes ressentis par la population se comptent en réalité sur les doigts de la main, dix ou quinze. Au début de l’activité en novembre, ils se situaient environ deux kilomètres plus au sud qu’aujourd'hui, mais la profondeur de l’hypocentre est toujours d’environ 10 kilomètres, ce qui est typique pour l’ouest de la Bohême. »
Des « essaims » sismiques fréquents
Régulièrement les médias tchèques font en effet état d’une activité sismique en Bohême occidentale. Et non, les derniers séismes recensés n’ont rien à voir avec la récente secousse d’une magnitude de 3,9 sur l’échelle de Richter ressentie à Nîmes le 13 décembre. Ces tremblements de terre en France et en Tchéquie n’ont pas la même origine géologique : celui de Nîmes est lié à la tectonique interne de la plaque eurasienne et à des failles régionales en France.
La région autour de Cheb est, elle, connue pour son activité sismique récurrente sous forme d’« essaims » sismiques, souvent sur de courtes périodes avec de nombreux petits séismes – ce qui est précisément ce qui se passe ces dernières semaines. Cette zone de la Tchéquie est située à l’intérieur de la plaque eurasienne, mais elle est géologiquement particulière car elle est liée à des structures tectoniques profondes comme le rift ou bassin de Cheb. Les séismes en Bohême occidentale ne sont pas des répliques d’un grand tremblement de terre, mais plutôt des sortes de pulsations de petites secousses locales.
Déjà au XVIe siècle
Les habitants de la région savent que la terre sous leurs pieds tremble régulièrement depuis des siècles. L’un des plus anciens témoignages fiables concernant une série de tremblements de terre dans la région de Cheb se trouve probablement dans la chronique de Pankraz Engelhard, datant de la seconde moitié du XVIe siècle. Pour l’année 1540, le chroniqueur écrit : « En 1540, comme les années précédentes, il y a eu plusieurs tremblements de terre et ici aussi, à Cheb, [...] les maisons ont tremblé et se sont effondrées. J’avais moi-même des affaires à régler à Jáchymov, où j'ai ressenti les secousses dans ma propre chair. Les secousses étaient si fortes que les parois des galeries des mines de Jáchymov se sont fissurées et que des blocs de roche se sont effondrés. »
Alors pourquoi un nouvel « essaim sismique », comme l’appelle les sismologues, précisément en cette fin d’année ? Pas de raison particulière selon Jana Doubravová :
« Parce que la nature l’a voulu. Nous ne pouvons pas prédire quand ça arrive. Certaines personnes disent parfois se souvenir que les tremblements de terre surviennent toujours en hiver, mais ce n’est pas vrai. Beaucoup d’essaims sismiques ont eu lieu en été ou au printemps, c’est vraiment totalement imprévisible. »
1985 : le plus fort séisme depuis cent ans
La Tchéquie dans son ensemble se trouve dans une zone à très faible activité sismique, ce qui est dû à la structure géotectonique et à la « protection » du massif tchèque. Et seule la Bohême de l’Ouest subit de temps à autres ces « essaims » sismiques, en raison de la pression du système alpin qui « déjoue » le rôle protecteur de ce massif.
Mais le 21 décembre 1985, soit il y a près de 40 ans, une série de secousses a fait trembler la région de Cheb comme rarement : avec une magnitude de 4,6 sur l’échelle de Richter, le tremblement de terre a fissuré les murs des maisons, fait tomber des cheminées et creusé des crevasses. C’est depuis ce séisme historique que l’Institut de géophysique dispose d’un réseau de machines mesurant l’activité sismique de la région :
« Notre réseau sismique compte 24 stations réparties de manière à entourer au mieux la zone concernée. Même si les essaims sismiques se déplacent dans l’espace, ils restent concentrés autour de Nový Kostel, c’est-à-dire au sud de Kraslice, au nord de Františkovy Lázně, dans une zone d’environ 10 kilomètres. Nos stations sont disposées de manière à bien entourer cette zone source, afin que, lorsqu’un tremblement de terre se produit, nous puissions l’enregistrer sous différents angles et en analyser les différents détails. »






