Sir Nicholas Winton - le pouvoir de l’altruisme

Nicholas Winton, photo: ČTK

Sir Nicholas Winton fête ses 105 ans ce lundi. Avant que ne commence la Seconde guerre mondiale, le Britannique a réussi à sauver plus de six cents enfants juifs tchèques et slovaques des griffes des nazis. Et c’est également ce lundi que débute l’exposition intitulée « Les trains de Winton » au Musée Sovovy Mlýny, sur l’île de Kampa à Prague.

Nicholas Winton, photo: ČTK
Nicholas Winton a sauvé des camps de concentration 669 enfants de la Tchécoslovaquie d’avant-guerre. Né à Londres le 19 mai 1909 d’une famille d’immigrés allemands, Nicholas Winton, agent de change rejoint à Prague en décembre 1938 un ami, membre du Comité britannique pour les réfugiés en provenance de Tchécoslovaquie (BCRC), lui demandant de lui venir en aide, pour faire transporter des enfants en Grande-Bretagne. Après l’obtention de différentes autorisations, du côté allemand et du côté britannique, au total huit convois remplis d’enfants sans parents quittent la Gare centrale de Prague entre mars et août 1939. Seul le neuvième et dernier convoi n’a jamais pu quitter Prague, en raison de l’invasion de la Pologne par l’Allemagne, le 1er septembre 1939, déclenchant la guerre. Les 250 enfants qui étaient à son bord ont tous disparu. Cet événement a marqué le jour le plus triste de la vie de Nicholas Winton. La veille de son 105e anniversaire, il ne semble toujours pas s’accoutumer de l’admiration de son entourage :

« Dans un certain sens, tout cela me met toujours dans un embarras, dans une confusion, car je ne suis qu’un être humain tout à fait normal. Et désormais je suis trop vieux pour m’occuper de mon jardin, et de mes enfants encore moins. »

Une fois à Londres, Nicholas Winton trouve des familles d’accueil pour ces enfants, qui ne reverront plus jamais leurs parents. Néanmoins, il subit des critiques de la part de certains rabbins, lui reprochant de vouloir convertir les enfants au christianisme. Il refuse cette critique, en argumentant que c’étaient leurs vies qu’il sauvait et non pas leur âme.

Matej Mináč, photo: Šárka Ševčíková
Si ce geste héroïque est passé inaperçu pendant près d’un demi-siècle, ce n’est que lorsque sa femme découvre des archives, des photos et des lettres des parents au grenier, que cette histoire de courage est révélée non seulement au monde entier, mais aussi aux enfants sauvés, désormais adultes. Nicholas Winton ne les rencontre pour la première fois depuis le début de la guerre, qu’en 1988 ; une rencontre très émouvante qui sera retransmise à la BBC, puis dans un documentaire réalisé en 2002, « La Force de l’humanité », par le Slovaque Matej Mináč, qui avait également réalisé un film joué quatre ans auparavant. Matej Mináč a dévoilé à propos de « Nicky », qui a continué à garder contact avec pratiquement tous ceux qu’il avait sauvés :

« La raison pour laquelle il a sauvé tous ces enfants il y a plus de 75 ans reste toujours entourée de mystère. Quand on lui demande quel était sa motivation, il nous répond : ‘Demandez à mes parents, car ce sont eux qui m’ont créé de telle manière. J’ai été façonné pour aider.’ »

En décembre 2002, sir Nicholas Winton est fait chevalier par la reine Elizabeth II pour services rendus à l’humanité. Des mains du président Václav Havel, Nicholas Winton reçoit l’Ordre de Tomáš Garrigue Masaryk, en 1998. A cette occasion, Václav Havel, s’était laissé entendre dire :

« Cette histoire possède un certain rayonnement, il en émane une inspiration, montrant qu’il est possible de faire du bien sur cette Terre. »

Le nombre des descendants des « enfants de Winton », équivaut à près de 6 000 personnes. En 2009, une statue en son honneur est dévoilée à la gare de Prague. Sa modestie et son dévouement n’a pas connu de limites. A son domicile à Maidenhead, il a été à l’origine de la création d’une maison pour personnes âgées atteintes de démence. Cette année, il a provoqué un enthousiasme auprès de la communauté musulmane, en participant à leur Journée de la lutte contre les préjugés. Pour fêter son anniversaire, deux ans auparavant, il avait survolé le pays en avion ultraléger motorisé. Si à l’âge de 105 ans, sa santé l’empêche de faire tout ce qu’il souhaiterait, il n’hésite pas à se rendre au cinéma ou au restaurant, et se dit être toujours extrêmement intéressé par le monde qui l’entoure :

Nicholas Winton, photo: ČT24
« Chaque année est importante, chaque jour est important. La question est de savoir ce que vous allez en faire, et ce que vous pensez que vous pouvez faire. (...) Je suis plus qu’intéressé par la politique, et même à l’heure actuelle, je me sens toujours concerné par cela. Mais au regard de ce qui se passe dans le monde, je suis infiniment déçu. Et ce surtout, lorsque je découvre que personne n’a rien appris du passé. »

Le 28 octobre prochain, le chef de l’Etat, Miloš Zeman, décernera à Nicholas Winton la plus haute distinction tchèque, l’ordre du Lion Blanc. Des étudiants du lycée Open Gate de l’est de Prague, ont lancé l’initiative le prix Nobel de la paix pour Nicholas Winton, qui a récolté déjà plus de 240 000 signatures. Cette initiative continue de sensibiliser un public toujours plus large, et à l’occasion de l’exposition « Les trains de Winton », inaugurée ce lundi sur l’île de Kampa, rappelant ce geste héroïque ainsi que les destins des « enfants de Winton », tout intéressé pourra y apposer sa signature. L’exposition se tient jusqu’au 19 juin au Musée Sovovy Mlýny à Prague.