Un candidat centriste pro-européen pourrait-il réussir en Tchéquie ?

Photo: ČTK

Au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle en France, plusieurs analyses ont été publiées dans la presse locale qui ont placé ses résultats dans le contexte tchèque. Nous vous en présenterons quelques extraits. Nous nous pencherons aussi sur le dilemme auquel est confronté le Premier ministre Bohuslav Sobotka, qui cherche à affaiblir son rival Andrej Babiš, chef du mouvement ANO et ministre des Finances. Quelques mots enfin au sujet d’une campagne menée en faveur de la légalisation de l’institution du mariage pour les couples homosexuels.

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« Ce qui nous manque, c’est un Macron tchèque. Un homme politique énergique et fort dont le but premier ne serait pas de bougonner contre Bruxelles ». C’est ce que titre un texte publié dans le quotidien Hospodářské noviny et dans lequel son auteur a entre autre écrit :

« Une position pour le moins indifférente à l’égard de l’Europe est devenue sur la scène politique tchèque une pensée dominante. Il y a alors lieu de se demander, pourquoi on ne trouve pas chez nous un homme politique charismatique qui serait à même de dire ouvertement que l’intégration européenne signifie pour la Tchéquie un important atout. La politique n’est pas censée répondre seulement au climat et aux sentiments qui prévalent dans la société, mais elle doit également motiver, articuler et offrir des visions ».

Une analyse mise en ligne sur le site aktualne.cz indique pour sa part qu’ »aucun scénario des élections législatives qui se dérouleront dans le pays en octobre prochain n’aurait pour la Tchéquie des retombées aussi fatales qu’une éventuelle victoire de Marine Le Pen au deuxième tour de l’élection présidentielle en France. Dans cette logique, c’est donc maintenant que se déroulent les élections qui décideront de l’avenir de notre pays. Aussi exagérée cette affirmation puisse-t-elle paraître, son auteur explique pourquoi, en fait, elle ne l’est pas:

« La victoire de Marine Le Pen signifierait probablement le départ de la France de l’Union européenne et la fin de l’intégration européenne. On peut bien entendu hypothétiquement imaginer un résultat des élections législatives tchèques qui aurait pour conséquence la fin de la démocratie et de l’orientation proocidentale de la Tchéquie, ce qui n’est pas heureusement pour l’instant très probable. Mais même au cas de la réalisation des pires scénarios, les Tchèques à l’esprit libéral pourraient se consoler par l’idée qu’il existe, pas loin de chez eux, un monde libre, auquel ils pourront un jour de nouveau appartenir. Un rêve qu’ils ont pris l’habitude de chérir à l’époque communiste. Au cas cependant de la transformation de l’Occident en un champ de conflits nationalistes et de combats pour les ‘intérêts nationaux’, aucun résultat de nos propres élections ne saurait nous garantir la démocratie et la liberté pour très longtemps. »

L’auteur du texte publié sur le site aktualne.cz constate qu’après le suspens qui a accompagné le premier tour de la présidentielle française, on peut pousser, timidement et en attendant dans quelque jours le deuxième tour, un soupir de soulagement. Et d’émettre l’espoir qu’à l’automne prochain, le sort de la République tchèque ne soit de nouveau qu’entre les mains de sa population et de ses choix électoraux.

C’est aussi le site Novinky.cz qui a publié un texte qui met les différents aspects de l’élection présidentielle française en rapport avec la situation qui existe en République tchèque. Estimant que l’ensemble du spectre politique local est enclin aux opinions qui, dans les pays occidentaux, ne pourraient que difficilement s’inscrire dans le « mainstream » politique, son auteur observe :

« Beaucoup de nos représentants politiques et éditorialistes aiment qualifier Marine Le Pen de politicienne extrémiste. Pourtant, ils ne peuvent pas se référer à ce qu’ils voient dans leur propre pays. Le Parlement tchèque, à la différence du Parlement français, abrite même plusieurs partis, dont le discours n’a rien à envier à celui du Front national. Plus encore : en ce qui concerne la crise migratoire, le discours de certains de leurs représentants va plus loin encore que celui de Marine Le Pen. Et tandis que celle-ci plaide, par exemple, pour la sortie de la France de l’eurozone, par le biais d’un référendum, Andrej Babiš, chef du mouvement ANO et ministre des Finances, refuse l’euro tout court sans avoir à se recourrir à une consultation populaire. Une approche qui semble être acceptée par l’ensemble de la scène politique, en dépit du fait que le pays se soit en 2003 engagé à entrer dans l’eurozone. »

L’auteur du texte publié sur le site Novinky.cz remarque enfin qu’en saluant le succès d’Emmanuel Macron au premier tour, le Premier ministre Bohuslav Sobotka a omis d’ajouter que chez nous il serait difficile de trouver un candidat qui lui ressemblerait. Et même si un tel candidat existait, il ne pourrait gagner que par miracle. Autrement dit : « en Tchéquie, on ne saurait imaginer le succès électoral d’un homme politique libéral centriste, avec des accents à gauche, défendant des positions clairement proeuropéennes et refusant de construire à la frontière des barrières ».

Un dilemme difficile pour le chef de gouvernement, Bohuslav Sobotka

Bohuslav Sobotka et Andrej Babiš, photo: ČTK
32% d’intentions de vote pour le mouvement ANO d’Andrej Babiš, 12,5% pour le Parti social-démocrate (ČSSD) du Premier ministre Bohuslav Sobotka. C’est ce que révèle un des derniers sondages effectué à près de six mois des prochaines élections législatives en République tchèque. Le chef de gouvernement, devrait-il dans cette situation révoquer le ministre des Finances, Andrej Babiš, de ses fonctions ou pas ? Selon le quotidien Lidové noviny de ce jeudi, il s’agit d’une question fondamentale que le lader des sociaux-démocrates est appelé à se poser, vu les soupçons qui planent sur certaines transactions financières peu transparentes et sur les contradictions les accompagnant pour lesquelles Babiš n’a pas donné à ce jour d’explications satisfaisantes. Le texte qui se penche là-dessus indique:

« Officiellement, ce sont ces causes non élucidées qui justifieraient une telle démarche. Il s’agit pour autant d’une chose délicate et ambiguë, ce dont témoigne l’absence, au sein de la sociale-démocratie, d’un consensus à cet égard. Pour certains, l’effet d’une telle démarche serait contraproductif, car Babiš se retrouverait dans un rôle de ‘martyre’ et de victime du dit ‘establishment’. En plus, dès qu’il serait rappelé, il pourrait se consacrer pleinement à la campagne électorale ».

D’après le sociologue Jan Herzman qui est dans le journal cité, « le parti qui initierait en ce moment précis un éclatement de la coalition gouvernementale, s’en ressentirait, tandis que les autres partis ne pourraient qu’en profiter. « Le Premier ministre Sobotka se trouve alors dans une situation difficile, d’autant plus que beaucoup s’attendent à ce « qu’il fasse quelque chose ».

Une campagne en faveur de l’union conjugale pour gays et lesbiennes

La République tchèque est à présent le théâtre d’une campagne de cinq organisations qui réclament l’extension de l’institution du mariage sur les gays et lesbiennes. Pour y arriver, il suffit une simple modification du code civil en vertu de laquelle la formule de l’ « union d’un homme et d’une femme » serait remplacée par celle de l’ « union de deux individus ». Un texte mise en ligne sur le site respekt.cz a à ce propos rappelé :

Photo illustrative: Nathan Rupert, CC BY-NC-ND 2.0
« A la base de la loi qui est entrée en vigueur en 2006, les gays et les lesbiennes peuvent conclure en Tchéquie un partenariat enregistrée. Toutefois, il existe entre les deux types d’unions des différences symboliques et pratiques, dont notamment celles d’ordre patrimonial. Les meneurs de la campagne peuvent s’appuyer sur les sympathies de l’opinion publique, car dans un sondage qu’ils ont à ce sujet initié, près de 70% des personnes interrogées leur ont exprimé leur soutien. Par ailleurs, la société tchèque se veut d’être à cet égard très tolérente. Les partis politiques quant à eux témoignent d’une plus grande réticence. Un constat illustré par le fait que tout en étant invités à l’un des onzes débats qui seront au cours des semaines à venir à différentes endroits du pays organisés, leurs représentants ont refusé l’invitation ».

Les enfants, le point le plus épineux du débat, ne constituent pas pour autant un argument de taille contre la revendication de la communauté LGBT, car il y en a désormais des centaines qui vivent dans des familles des couples homosexuels. Autrement dit, comme le souligne l’auteur du texte mis en ligne sur le site respekt.cz, l’Etat, à travers sa politique pratique, reconnaît les couples homosexuels aptes à éduquer les enfants tout en leur refusant de conclure une union conjugale.