Un film d’animation espagnol en préparation sur les enfants de Terezín

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La République de Shkid (Republika Škid) est le nom du collectif formé par plusieurs enfants et adolescents juifs enfermés à Theresienstadt (Terezín) pendant la Deuxième Guerre mondiale. Leur histoire a inspiré le réalisateur espagnol Fernando Cortizo, qui travaille sur un long-métrage d’animation intitulé Shkid.

Le fils du réalisateur chante dans une chorale et a interprété lors d’un concert un extrait de Brundibár, l’opéra créé, monté et joué par des enfants de Terezín, la tristement célèbre petite commune située au nord de Prague et transformée en ghetto et camp de concentration par les Nazis.

Après avoir fait quelques recherches sur cette histoire, Fernando Cortizo a rencontré une des interprètes survivantes de Brundibár, Dagmar Lieblová :

Dagmar Lieblová, photo: Centre tchèque de Madrid

Fernando Cortizo : « Lors de notre rencontre, nous avons parlé de beaucoup de choses : de l’opéra Brundibár mais aussi des conditions de vie des enfants là-bas. On connaît de nombreux éléments de la vie dans les camps mais ce qui était passionnant était d’avoir le ressenti des enfants à l’époque et l’organisation de leur vie quotidienne, avec le fait qu’elle change totalement en quelques mois et qu’ils sont séparés de leurs parents. La création de leur propre ‘république’ est un acte de bravoure, de résistance et d’héroisme dans lequel peuvent se reconnaître beaucoup d’enfants aujourd’hui, en Tchéquie et ailleurs. »

Doris Grozdanovičová, photo: David Vaughan

Dagmar Lieblová est morte en 2018, puis une autre survivante de Terezin, Doris Grozdanovičová, a également accompagné l’équipe dans la phase de recherches sur place en République tchèque avant de disparaître elle aussi l’année dernière. La disparition des derniers témoins directs est un des éléments importants soulignés par l’équipe de ce film qui veut raconter aux enfants l’histoire de ces enfants :

'Shkid', source: Armar Media

« Terezín avait cela de particulier et de cruel qu’il devait servir d’exemple utilisé par les Allemands pour leur mensonge et leur propagande vers l’étranger et que le camp était utilisé pour cacher la ‘solution finale’ et les camps d’extermination vers lesquels ceux qui y passaient étaient envoyés. »

Fernando Cortizo, photo: Alberto Ramos, CC BY-SA 4.0

« Shkid, The movie, est un film animé en 2D dans le style des films classiques de Disney des années 1940 », peut-on lire sur la présentation de ce long-métrage dont la production est en cours et dont le financement doit être facilité par le « crowdfunding ».

« Nous avons terminé la phase de développement et nous en sommes à la version finale du script – donc nous commençons le story-board et l’animation », précise Isabel Rey, la productrice de ce film dont la conception est évidemment ralentie par l’actuelle pandémie de coronavirus.

D’un point de vue narratif, le film se veut être « à hauteur d’enfant » et le réalisateur espagnol cite volontiers Persepolis comme référence du genre :

« C’est important pour moi que ce film soit tourné du point de vue de ces enfants ; des enfants qui sont trop jeunes pour avoir un avis politique ou conscience des tenants et aboutissants de la guerre », explique Fernando Cortizo, qui voudrait avec ce long-métrage « rendre hommage aux 15 000 enfants passés par Terezín et dont seulement 100 sont revenus ».

L’équipe du film indique vouloir en faire un objet pédagogique à montrer dans les écoles, accompagné d’un documentaire et de la promotion de l’opéra Brundibár.

https://shkidthemovie.com/?lang=en