Un nouveau centre français à l’Université Palacký d’Olomouc

L'Université Palacký d'Olomouc, photo: Michal Maňas, CC BY-SA 2.5

Entretien avec Jan Zatloukal, le directeur du centre français de l’Université Palacký d’Olomouc, qui a rouvert ses portes l’année dernière après sa fermeture en 2011.

« Nous sommes dans le département des langues romanes, où j’enseigne la littérature et la langue françaises, après onze années passées à enseigner au lycée Hejčín. Je dirige ce nouveau centre français et essaie de trouver des projets intéressants pour le public francophone et francophile dans la région. »

Êtes-vous à l’initiative de la création de ce centre français ?

« Il faut remonter quelques décennies en arrière. Le centre français existait à Olomouc depuis 1991 et quand j’étais étudiant ici je participais à ses activités, quand Pierre Nadaud en était le directeur. Nous organisions festivals et événements et cela m’a tellement apporté que lors de la fermeture du centre en 2011 j’avais dans l’idée de le rouvrir un jour. »

Jan Zatloukal, photo: Alexis Rosenzweig

La fermeture en 2011 a été décidée pour des raisons budgétaires ?

« Je n’étais pas à l’université à l’époque mais je pense que oui. »

Vous parliez du public francophone et francophile. Est-il nombreux ici ?

Photo: Site officiel de l’Université Palacký d’Olomouc

« Je crois qu’Olomouc et sa région ont un vrai potentiel pour la francophonie. Il y a la section française du lycée slave et d’autres établissements scolaires où le français est enseigné – malheureusement de moins en moins. Et puis plus généralement, Olomouc est une ville très culturelle. Il y a avait ici une Alliance française pendant la Première république. Je crois qu’il y a vraiment des gens intéressés par la culture et qui parlent encore le français et font partie du potentiel public des événements que l’on prépare. »

Est-ce difficile de rouvrir un tel centre français, d’obtenir des subventions ?

« C’est assez compliqué. J’en ai parlé à plusieurs ambassadeurs de France successifs depuis 2012. La situation a été favorable l’année dernière avec un nouveau directeur du département ici et l’actuel ambassadeur de France qui étaient très ouverts à l’idée. Pour les questions financières, heureusement nous avons une subvention assez importante de l’ambassade de France et quelques partenaires parmi les entreprises françaises de la région, dont le groupe Lesaffre. Mais c’est assez compliqué, on doit se débrouiller comme on peut. »

Pas facile cette année, avec notamment le festival Bonjour Olomouc qui était organisé début mars, quand les mesures restrictives contre la pandémie ont été prises…

« Effectivement. C’était la deuxième édition de ce festival et le coronavirus a brouillé les cartes… Nous avons dû reporté la représentation de Charles Péguy le visionnaire avec l’excellent acteur Bertrand Constant. La représentation d’une autre pièce basée sur la vie du Jan Zahradníček et interprétée par de célèbres acteurs tchèques a elle aussi dû être reportée. Mais nous avons déjà des solutions et elles seront jouées l’année prochaine dans notre prochaine édition et dans le cadre du grand festival Divadelní Flora, lui aussi reporté à l’automne prochain. »

Vous rappeliez que l’enseignement du français avait tendance à diminuer, dans la région aussi. Est-ce un combat difficile, déjà perdu d’avance ici face à l’anglais et l’allemand ?

Photo: Site officiel de l’Université Palacký d’Olomouc

« C’est vrai que cette tendance n’est pas tout à fait nouvelle, j’ai pu le constater en pratique depuis une dizaine d’années avec mes collègues. Je ne dirais pas que c’est une bataille perdue d’avance, il faut lutter et trouver des remèdes. On essaie de le faire, en collaboration avec l’ambassade de France. De notre côté, nous faisons la promotion du français dans les écoles primaires lors des journées des langues. On essaie de lutter contre ce cliché du français vu comme une langue difficile, un peu dépassée ou démodée. On a vu à la réaction des élèves après une leçon un peu ludique que le problème était plutôt du côté des parents et de la direction des écoles. Il faut les persuader pour renverser la tendance négative et faire rentrer le français dans les établissements du primaire et du secondaire. »

Quels sont vos projets pour un avenir proche qu’on espère sans pandémie ?

« On prépare pour l’automne quelques événements, avec notamment la lecture du roman Le théâtre de Slávek en présence de l’auteure Anne Delaflotte-Mehdevi et de son amie écrivaine Lenka Horňáková-Civade. On prépare aussi une journée d’étude sur la littérature française de la deuxième moitié du XXe siècle, en collaboration avec l’association Gallica. Et puis pour réunir les sphères pédagogiques et entrepreneuriales, nous organisons un Rendez-vous à la françaises qui permet de présenter aux étudiants les possibilités d’emplois et de stages en France. Parmi les autres événements prévus il y a aussi une conférence sur la traduction littéraire avec la traductrice et enseignante de Brno Pavla Doležalová. »