Zuzana Marešová, une des « enfants Winton », est morte à l’âge de 94 ans
L’organisation Paměť národa (Mémoire de la nation) a annoncé la mort de Zuzana Marešová, à l’âge de 94 ans : elle était l’une des 669 enfants, pour la plupart juifs, sauvés en 1938 et 1939 par le Britannique Nicholas Winton. Si plusieurs de ces « enfants Winton » vivent encore au Royaume-Uni, la Tchéquie n’en compte désormais plus qu’un seul : Jiří Pavel Kafka, un ancien de la RAF.
Née Spitzerová, Zuzana Marešová n’avait que sept ans lorsqu’elle est montée, en juillet 1939, dans l’un des Kindertransporte organisés à la hâte par Nicholas Winton et plusieurs autres collaborateurs tchèques et britanniques. Des adieux déchirants à la gare centrale de Prague d’où partaient les « trains Winton » avec pour destination l’Angleterre, comme s’en était souvenue la vieille dame des années plus tard :
« Je me souviens d’être assise dans le train et de voir ma mère sur le quai, derrière la vitre, en pleurs. Je n’avais que sept ans, mais l’image de tous ces parents en larmes ne m’a jamais quittée. C’était bouleversant. »
La petite Zuzana part avec ses deux autres sœurs, mais cette fuite de la Tchécoslovaquie occupée depuis la mi-mars s’accompagne d’un drame de dernière minute : dans le chaos de la gare, la petite fille disparaît soudain, et le départ du train sera retardé jusqu’à ce qu’elle soit retrouvée. Quelques semaines plus tard, la guerre éclate. Mais Zuzana est à l’abri en Cornouailles, où elle passe trois ans dans une famille d’accueil de l’aristocratique anglaise :
« Ils ont pris soin de moi sur le plan pratique, mais émotionnellement, j’ai beaucoup souffert. Un exemple illustre cela : un jour, je suis tombée et j’ai commencé à pleurer, et on m’a dit qu’une fille anglaise ne pleure pas. On n’était pas censé montrer des émotions fortes, alors j’ai appris à tout garder pour moi. »
Contrairement à bien d’autres enfants sauvés par les convois de Nicholas Winton, Zuzana et ses sœurs ont eu plus de chance : leur père, juif tchécoslovaque, et leur mère, catholique originaire de Vienne, ont finalement réussi à rejoindre leurs filles en Grande-Bretagne. La famille vivra à Londres, puis au pays de Galles, avant de rentrer en Tchécoslovaquie en 1945 (à l’exception de la sœur aînée).
Ce retour est toutefois marqué par le changement de régime politique dans la Tchécoslovaquie d’après-guerre : la famille envisage d’émigrer en Argentine à la suite de la prise du pouvoir par les communistes en 1948, mais décide finalement de rester. Le père est condamné un an de prison en 1950.
En 1968, Zuzana Marešová pense une nouvelle fois à l’émigration mais reste finalement dans son pays. Les décennies suivantes ne sont pas simples : dans les années 1980, c’est sa fille qui émigre, et Zuzana Marešová est à plusieur reprises interrogée par la StB, la police secrète du régime communiste, qui tente – en vain – de la recruter comme informatrice.
Il faut attendre les années 1990 pour que Zuzana Marešová découvre l’histoire derrière son sauvetage lorsqu’elle était petite fille.
« Je l’ai seulement découvert lorsque Nicholas Winton est venu pour la première fois à Prague. J’ai été invitée à une réception à l’ambassade de Suède. C’est là que je l’ai rencontré pour la première fois et c’est là que j’ai appris comment tout cela s’était passé. »
Car longtemps Zuzana Marešová n’a pas su que ce sauvetage s’inscrivait dans une opération d’une ampleur exceptionnelle. L’ancien courtier londonien Nicholas Winton avait, en quelques mois, organisé depuis Prague des convois en train vers la Grande-Bretagne, trouvant des familles d’accueil et obtenant les autorisations nécessaires, sauvant ainsi 669 vies. Le dernier train, prévu pour septembre 1939, n’est jamais parti car la guerre avait commencé. Longtemps aussi, le geste héroïque de Nicholas Winton est resté dans l’ombre. Jusqu’à ce que sa femme découvre des documents attestant de cette grande opération de sauvetage et qu’une émission de la BBC de 1988 le réunisse avec des dizaines de ces enfants sauvés. Surnommé le « Schindler brittannique », Nicholas Winton a été anobli par la reine Elizabeth II et également décoré en Tchéquie. Un film qui retrace cette histoire, où Nicholas Winton est incarné par Anthony Hopkins, est sorti au cinéma en 2023.
Dans les années suivantes, Zuzana Marešová est devenue l’une des gardiennes de cette mémoire. Elle a participé à des rencontres, des commémorations, et a témoigné auprès des jeunes générations. Elle a également aussi contribué à l’initiative visant à créer un mémorial à la gare centrale de Prague, lieu hautement symbolique où tant d’enfants ont été séparés de leurs parents dans l’espoir de survivre.






