2013, on refait le match

Isergebirgslauf (Foto: CzechTourism)
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Parce que le sport, ce n’est pas seulement résultats, victoires, défaites, buts, points, chronos, médailles et argent, nous vous proposons dans cette émission non pas de refaire le match, comme le prétend une émission de radio bien connue des amateurs de foot français, mais de refaire 2013 à travers certaines rencontres que nous avons faites autour du sport tchèque tout au long de l’année. Voici donc quelques extraits d’entretiens, tous en français, qui ont émaillé l’année sportive de Radio Prague. Loin de la nouvelle victoire tchèque en Coupe Davis, des titres mondiaux des athlètes Zuzana Hejnová et Vítězslav Veselý ou de la non qualification de la République tchèque pour la Coupe du monde de football, c’est donc de ski de fond, de VTT, de course hippique, de rugby et même de littérature dont il sera question… Vous êtes prêts ? Alors, à vos marques, prêts, feu… partez !

Ski de fond : au cœur des 50 kilomètres des Monts Jizera avec des Français du Vercors

Photo: CzechTourism
« La course est assez réputée et recherchée. C’est une des rares courses qui fait le plein de ses participants avant la fin. Les près de 5 000 participants sont inscrits un mois avant la course, ce qui n’est quand même pas très fréquent. On savait qu’il y avait une bonne ambiance. Par contre, pour ce qui est du relief, personnellement je n’en avais aucune idée. Il y a donc le plaisir de la découverte et de venir dans un pays d’Europe centrale où on sait que le ski de fond est très suivi et apprécié. J’avais entendu parler de l’ambiance, mais j’ai été bluffé par les paysages. Bon, c’est vrai que tout est beau sous la neige, mais là tout particulièrement. »

Course de ski de fond la plus populaire en République tchèque, la Jizerská padesátka (ou Les 50 kilomètres des Monts Jizera) s’est tenue pour la 46e fois en janvier dernier à Bedřichov, en Bohême du Nord. Parmi les 4 800 participants de cette épreuve longue distance traditionnellement disputée en style classique, figuraient neuf Français, dont cinq membres du même club, l’US Autrans. Venus tout spécialement pour l’occasion depuis leur beau massif du Vercors, Radio Prague les a rencontrés le lendemain de la course. A la descente de leur lit, certains avaient encore un peu mal aux jambes et aux bras, mais tous sont repartis de République tchèque et des Monts Jizera avec de bons (et même très bons) souvenirs pleins la tête.

« Moi, je suis Christophe Bertrand et fais partie du groupe. C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons organisé ce déplacement en Tchéquie. Pour ce qui est de ma course, je dirais que je m’en suis bien sorti… J’ai eu mal au dos la veille de la course et j’avais donc quelques inquiétudes. Mais finalement la magie et la chimie du ski de fond font que la journée s’est très bien passée, même bien mieux que je ne l’imaginais. Je dois être dans les 800es en 3h45 à peu près. Mais le résultat est un passé au deuxième plan. L’ambition était d’abord de passer une bonne journée, et de ce côté-là je n’ai pas été déçu. Les paysages sont magnifiques, les gens très agréables, c’était très fair-play par rapport à d’autres courses auxquelles on a déjà participé. Il n’y a pas eu de bousculades et surtout pas la moindre agressivité. C’était vraiment bon enfant. Tout le monde participe : les champions et les moins champions. Bref, vraiment une excellente expérience. »

« Guy Forestier. En ce qui me concerne, je suis celui qui a le plus profité du paysage vu que j’ai eu une fringale avec quelques petits problèmes de fartage qui se sont greffés là-dessus. J’ai mis 5h08 et j’ai moi aussi bien profité de la course dans une très bonne ambiance. C’était très agréable malgré les souffrances, parce qu’il faut quand même arriver au bout et ce n’est pas toujours facile. Mais tout ça, c’est oublié, et ce qui nous reste, c’est encore une fois cette ambiance merveilleuse et ces paysages nordiques comme sur une carte postale. Sans oublier le beau temps qui est arrivé pile pour la course. »

« Bonjour, Philippe Battu… Pour moi, c’est un petit peu pareil. J’avais fait du classique il y a une vingtaine d’années et quand Christophe m’a proposé de me joindre au groupe pour faire cette course en classique, ça m’a tout de suite tenté. La République tchèque est un pays nouveau que je ne connaissais pas du tout et j’ai vraiment retrouvé l’ambiance de ski de fond qu’il y avait dans le Jura il y a vingt ans avec des paysages fabuleux. Là, nous avons eu la chance d’avoir une neige très douce et abondante. Si je peux comparer, ça me rappelle un peu le Jura suisse avec des fermes isolées et étendues et des sapins assez bas comme des épinettes. J’ai vraiment adoré ce paysage et j’ai mis 4 heures pour bien en profiter… Je venais surtout pour cette ambiance de course et revivre ce style classique qui se perd de plus en plus en France. Le skating, c’est quand même autre chose, mais le style classique reste une référence dans la pratique du ski de fond. La course était parfaitement organisée et m’a rappelé les courses d’antan comme le Vercors qui à l’époque se faisait aussi en classique. C’est donc une expérience à renouveler. »


« Les Hommes hors-jeu » : un chef d’œuvre de la littérature tchèque traduit en français

Photo: Non Lieu / Karolinum
« Un livre dans lequel on parle de foot du début à la fin, mais qui n’est pas sur le foot » : voilà en somme comment le traducteur Martin Daneš et l’éditeur Jérôme Carassou présentent « Les Hommes hors-jeu », un livre écrit par Karel Poláček en 1931 dont la traduction en français est sortie aux éditions Non Lieu. Contemporain de l’illustre Karel Čapek, dont l’œuvre a été en grande partie traduite en français, Karel Poláček est l’un des plus grands écrivains tchèques de l’entre-deux guerres. Mais un auteur encore complètement inconnu pour le public français. « Les Hommes hors jeu » vise donc à réparer cet oubli. A travers l’histoire d’amitié de supporters d’équipes de football rivales, les lecteurs découvrent dans un livre plein d’humour une Prague qu’ils ne connaissent pas ou peu : la Prague des petites gens du début des années 1930. A l’occasion de la foire Le Monde du livre, qui s’est tenue à Prague fin mai, Radio Prague a rencontré Jérôme Carassou, éditeur des « Hommes hors-jeu ».

« Sur la photo, on voit Matthias Sindelar, un footballeur autrichien (d’origine tchèque, ndlr) qui a combattu le fascisme en refusant de jouer pour le Reich. On a quand même dans cette peinture de la société pragoise des années 1930 en arrière-plan la montée du fascisme en Europe, puisque c’est finalement l’histoire d’une amitié entre un prolétaire tchèque et un petit commerçant juif, une amitié improbable au début, que le football va réunir même s’ils ne supportent pas les mêmes clubs. Je ne suis pas un spécialiste du foot, mais il faut voir dans ce livre le foot comme une symbolique de l’humanité. Poláček fait du football le plus petit des dénominateurs communs, et d’ailleurs, les seuls personnages qui n’aiment pas le foot dans son livre sont des grincheux, des personnes même assez obtuses qui vivent avec certaines idées. Le foot fait que l’on découvre l’autre et que l’on accepte l’humanité de l’autre. C’est le football pour Poláček. Je pense que c’était une réalité culturelle dans la Tchécoslovaquie des années 1930. Cela aurait pu être autre chose, mais que nous dit Poláček, qui lui-même était juif, avec le football ? Il nous dit qu’ils sont juifs, mais qu’ils sont humains parce qu’ils aiment le football. »


Cyclisme – VTT : Absalon et Martinez, les deux champions olympiques français en vedette au Château de Prague

Julien Absalon, photo: mtbs.cz
Pour la 20e année consécutive, une course exceptionnelle réunissant l’élite mondiale du VTT s’est tenue à Prague la semaine dernière. Parmi les coureurs au départ du prestigieux critérium des « Marches pragoises », en référence au long escalier qui mène au Château dominant la capitale, figuraient les trois derniers champions olympiques de la discipline, parmi lesquels Julien Absalon et Miguel Martinez. Radio Prague a rencontré les deux Français à l’arrivée :

« Ca fait dix ans que je n’étais pas venu. Ma dernière participation remontait à 2003 et je ne me rappelais pas que c’était aussi difficile ! Une course comme celle-là, en centre-ville en VTT, c’est un concept unique… Mais je ne me souvenais pas que la côte et les pavés étaient si pentus… Deux jours après une épreuve de Coupe du monde, c’était vraiment très, très dur. »

Ces mots sont ceux de Julien Absalon, qu’on ne présente plus aux amateurs de cyclisme et plus spécialement de VTT. Double champion olympique de cross-country en 2004 et 2008, quadruple champion du monde entre 2004 et 2007, cinq fois vainqueur de la Coupe du monde et dix fois champion national, le coureur français participait mardi dernier aux « Marches pragoises » (Pražské schody), un critérium disputé dans le cadre exceptionnel du Château de Prague et de Malá strana, deux des plus beaux quartiers de la capitale tchèque. Une course très spéciale et complètement à part dans le monde, comme en convient Julien Absalon :

« Rouler comme ça dans une capitale… En plus dans une ville comme Prague qui est vraiment magnifique et dans ces vieux quartiers typiques… Non, vraiment, c’est totalement unique. C’est vrai qu’il y a une ou deux éditions à Montmartre à Paris dans le cadre de L’Hexagonal VTT, qui est l’équivalent du Tour de France VTT. Mais depuis il n’y a plus rien. C’est donc bien que cette épreuve perdure à Prague. C’est un grand succès populaire et pour nous, c’est vraiment sympa de venir courir dans une capitale. Ca nous change. On a plus l’habitude d’être dans les montagnes, dans des forêts, un peu à l’écart, tandis que là, on se retrouve au cœur d’une grande ville avec énormément de spectateurs. C’est super de voir tous ces gens ! On sent qu’il y en a qui sont venus exprès, parce que ce sont des passionnées, et puis d’autres qui se retrouvent là un peu par hasard et qui découvrent peut-être le VTT. Je trouve que c’est vraiment très positif pour notre discipline de venir comme ça dans des grandes villes. »

Parmi les trois champions olympiques figurait donc Julien Absalon, mais aussi bien entendu le Tchèque Jaroslav Kulhavý, sacré à Londres en 2012 et « superstar » locale du VTT, ainsi qu’un autre Français, Miguel Martinez, l’autre chouchou du public pragois. A 37 ans, le champion olympique de Sydney en 2000 effectuait son grand retour à Prague où il n’a rien perdu de sa grande popularité ; une popularité qu’il doit d’abord à ses trois victoires dans « Les Marches » au début des années 2000 lorsqu’il était alors au sommet de sa forme. Mais pas seulement :

« C’est une course où le public et l’ambiance sont vraiment énormes. Par rapport au lieu, c’est aussi une course exceptionnelle. J’ai été invité à de belles courses un peu partout dans le monde durant ma carrière, mais pour moi Prague reste la plus belle de toutes. C’est la plus typique depuis pas mal d’années déjà. J’étais super content quand on m’a dit qu’on voulait me réinviter ici. J’y ai quand même participé pour la première fois en 1997, alors pouvoir de nouveau rouler sur ces pavés et dans cette descente, c’est vraiment très beau ! »


Rugby : Lukáš Rapant, l’accent tchèque du Top 14

Lukáš Rapant, photo: Site officiel du club Oyonnax
Néo-Zélandais, Sud-africains, Australiens, Argentins, Britanniques, Irlandais Italiens, Samoans, Géorgiens… Cette saison plus encore que les précédentes, le Top 14 ne réunit pas seulement la crème du rugby français, mais aussi le meilleur ou presque de l’ovalie mondiale. De par son intérêt sportif et sa puissance financière, le championnat de France de rugby est aujourd’hui probablement la meilleure compétition de clubs dans le monde. Et aussi improbable que cela puisse paraître au regard de son évolution ces dernières années, le rugby tchèque est représenté, et plutôt bien, dans ce Top 14 avec deux joueurs réunis dans le même club. Radio Prague s’est entretenu avec l’un d’entre eux, le pilier d’Oyonnax, Lukáš Rapant.

« Oui. Oui. Oui, je vis vraiment un rêve, et pas seulement parce que je suis Tchèque. Aujourd’hui, tous les joueurs du monde veulent jouer dans le Top 14. Ce n’est pas seulement le meilleur championnat européen, mais le meilleur au monde avec toutes ses stars, ses joueurs, son public, ses stades, c’est énorme ! Alors, oui, c’est un rêve qui se réalise pour moi… Et j’espère que ça va continuer. Ce serait dommage de ne faire qu’une saison dans le Top 14 et de retomber en Pro D2. Mais tout le monde au club est bien décidé à donner le meilleur de lui-même pour rester à ce niveau. »

On l’a dit, Lukáš Rapant n’est pas le seul Tchèque à avoir goûté au Top 14. Et selon lui, d’autres joueurs peuvent eux aussi espérer dans un avenir plus ou moins proche avoir leur part du gâteau dans l’élite du rugby français :

« Oui, déjà il y a Miroslav qui est ici avec moi. Il y a aussi Martin Jágr qui a déjà évolué à ce niveau la saison dernière et qui est maintenant juste en dessous en Pro D2. Après, il y a quelques jeunes qui jouent en Fédérale 1 (équivalent de la 3e division nationale), c’est déjà pas mal. La suite et leur progression dépendront de leur travail, même si gagner sa place dans un club du Top 14 n’est pas facile. »


A Pardubice, le Grand Steeple-chase attire désormais les Français

Photo: CTK
Course d’obstacles parmi les plus difficiles en Europe, le Grand Steeple-Chase de Pardubice a été couru le 13 octobre dernier. Malgré sa réputation et sa riche histoire, comparables à celles du Grand National de Liverpool, le cross-country de Bohême de l’Est, considéré parmi les plus difficiles en Europe et course hippique la plus importante en République tchèque, reste aujourd’hui encore quelque peu ignoré hors des frontières. Cela tend néanmoins à changer comme l’a démontré la 123e édition. S’ils restent encore assez peu nombreux, chevaux, entraîneurs et jockeys étrangers, et notamment français, étaient bien présents à Pardubice cette année. La jument vainqueur pour la deuxième fois consécutive porte même un nom français, Orphée des Blains...

Jument âgée de onze ans, Orphée des Blins doit son nom français à son lieu de naissance. Son premier entraîneur, Patrice Quinton, était présent à Pardubice pour la première fois cette année, mais avec un autre cheval, Tropic de Brion. Et c’est enchanté qu’il est reparti de Bohême de l’Est, comme nous l’a confié au téléphone Patrice Quinton dans les jours suivant la course :

« J’ai découvert un bel hippodrome avec des obstacles très costauds. C’est un beau champ de courses avec une superbe ambiance et des courses comme on aime les voir. C’est une course qui est très longue avec un terrain varié, des champs de labour, qui est faite pour des chevaux très durs. Vraiment, c’est une très belle course. »

Sur les vingt chevaux alignés au départ, seuls six ont été classés à l’arrivée. Parmi eux, Tropic de Brion, sixième, qui était monté par le jockey français Marc-Antoine Dragon. Pour lui aussi, il s’agissait du baptême du feu à Pardubice. Il nous raconte le cross de l’intérieur :

« C’était la première fois que je participais. En faisant le tour, les obstacles m’ont paru très impressionnants. C’est vraiment gros à sauter pour les chevaux. Sinon, c’est convivial. J’ai pris plaisir à monter là-bas, il y a vraiment une bonne ambiance. On sent que les gens sont heureux d’être aux courses. C’est sympa. J’avais déjà vu plusieurs vidéos et j’avais eu écho d’une rumeur en France selon laquelle c’est la course la plus dure qui existe. J’attendais donc de voir, et oui, c’était vraiment très dur. Les obstacles sont compliqués et on fait beaucoup de kilomètres dans les labours, ce qui rajoute de la difficulté. »