Athlétisme – Mondiaux en salle : des Tchèques de toutes les couleurs

Pavel Maslák, photo: ČTK

Un champion du monde, Pavel Maslák sur 400 mètres, une médaillée d’argent, Jiřina Svobodová, et un autre de bronze, Jan Kudlička, au saut à la perche : les championnats du monde en salle d’athlétisme, qui se sont tenus à Sopot (Pologne) ce week-end, ont été un rendez-vous réussi pour la République tchèque.

Pavel Maslák, photo: ČTK
Le dernier Tchèque champion du monde en salle était Roman Šebrle en décathlon il y a déjà dix ans de cela. A l’époque, Dalibor Kupka était l’entraîneur de celui qui restera le premier athlète de l’histoire à avoir dépassé la barre mythique des 9 000 points. Pour autant, le coach de Pavel Maslák n’hésite pas à parler de son poulain de vingt-trois ans, cinquième aux Mondiaux en plein air de Moscou l’été dernier, comme d’un cas encore tout à fait à part :

« Ça fait vingt ans que je fais ce métier et je n’ai encore jamais eu un tel compétiteur. Šebrle était aussi un très grand compétiteur, bien sûr, mais il était toujours très anxieux avant les épreuves. Pavel, lui, est très différent : il est beaucoup plus détendu, aime rire et ne laisse pas absorber par l’importance de la compétition. Il sait s’y préparer à sa manière. Peut-être est-il quand même nerveux, mais il ne laisse rien transparaître. Cela n’empêche pas qu’il y a quand même une indispensable montée d’adrénaline au moment de la course. C’est un vrai grand talent, tant au niveau athlétique que mental. »

Dalibor Kupka, un des meilleurs entraîneurs tchèques actuels, s’occupe aussi de Zuzana Hejnová, sacrée championne du monde et vainqueur de la Ligue de diamant sur 400 mètres haies la saison dernière. Mais comme pour Šebrle, et même s’ils ne les rabaissent nullement, les performances de la meilleure sportive tchèque de l’année 2013, aux yeux de Dalibor Kupka, souffrent quelque peu de la comparaison avec celle réalisée à Sopot par Pavel Maslák. Il explique pourquoi :

« Quand j’ai commencé, jamais je n’aurais pensé que j’aurais un jour un sprinter blanc champion du monde. Šebrle était une référence en décathlon, mais quand je l’ai pris en charge au début de notre collaboration, il était déjà un athlète mature, il n’y avait plus grand-chose à lui apprendre et nous avons remporté quelques médailles ensemble. C’est très bien. Zuzana Hejnová championne du monde et imbattable la saison dernière, c’est très grand aussi. Mais avoir des résultats avec un sprinter blanc chez les hommes, cela signifie vraiment beaucoup pour moi et je suis très heureux d’y être parvenu. »

Chris Borown et Pavel Maslák, photo: ČTK
La performance de Pavel Maslák est d’autant plus marquante que depuis l’Allemand de l’Est Thomas Schönlebe en 1985, aucun athlète d’Europe centrale ou de l’Est ne s’était plus imposé sur les deux tours de piste lors des Mondiaux en salle. Par la même occasion, le Tchèque a mis fin à l’hégémonie américaine longue de dix ans sur la distance. Seul petit regret peut-être, le temps de sa course en finale : 45’’24. Un excellent chrono, le deuxième meilleur temps européen de l’histoire même, mais encore insuffisant pour battre le record de Thomas Schönlebe, comme l’espérait Pavel Maslák :

« La demi-finale avait déjà montré que j’étais capable de courir très vite (46’’01 en séries et 45’’79 en demi-finales). Le temps de la finale est un nouveau record de République tchèque, mais j’espérais faire encore un peu mieux. Nous avions décidé avec mon entraîneur de prendre un départ le plus rapide possible pour virer en tête à la cloche. Toutefois j’ai couru un peu trop vite le premier 200 mètres. Mais j’ai tenu bon jusqu’au bout, c’est l’essentiel, et j’ai gagné. Super ! »

Dans les derniers mètres, Pavel Maslák a résisté au retour du Bahamien Chris Borown (45’’58) et de l’Américain Kyle Clemons (45’’74), deux adversaires que le Tchèque ne retrouvera pas lors des championnats d’Europe en plein air à Zurich cet été, l’autre grand rendez-vous de la saison où le Tchèque défendra son titre acquis à Helsinki en 2012.

Mais Pavel Maslák n’a pas été le seul athlète tchèque à s’illustrer lors de ces Mondiaux de Sopot. Les perchistes ont également fait parler d’eux. Samedi tout d’abord, quelques minutes après Maslák, Jan Kudlička a décroché la médaille de bronze grâce à un saut à 5,80 mètres ; une barre qu’ont également franchie le nouveau champion du monde, le Grec Konstadinos Filippidis, et l’Allemand Malte Mohr. Toutefois, à la différence de ses deux adversaires montés sur les deux plus hautes marches du podium, qui n’ont eu besoin respectivement que d’un et deux essais à cette hauteur, le Tchèque s’y est repris à trois reprises, comme le regrettait quelque peu Jan Kudlička à l’issue du concours :

Jan Kudlička, photo: ČTK
« Bien sûr, c’est une performance identique à celle du champion du monde, malheureusement cela n’a pas suffi. En même temps, c’est la perche qui veut ça, c’est parfois un peu une loterie, alors je me contente de ces 5,80 m et de cette troisième place. »

Jan Kudlička avait d’autant plus de raisons de se contenter du bronze que l’on peut penser que sans l’absence du Français Renaud Lavillenie, nouveau recordman du monde en salle avec 6,16 m, c’est sans doute à plus mauvaise place, au pied du podium, qu’il aurait terminé.

Curieusement, le même scénario ou presque s’est produit dimanche dans le concours féminin où quatre athlètes ont dû être départagées au nombre de leurs essais après avoir passé 4,70 m. Parmi elles, Jiřina Svobodová, qui a partagé la médaille d’argent avec la Russe Anzhelika Sidorova. Toutes deux ont eu besoin de deux tentatives, soit une de plus que la nouvelle championne du monde, la Cubaine Yarisley Silva. Consciente d’être passée tout près de quelque chose de plus grand encore, Jiřina Svobodová relativisait cependant :

Anzhelika Sidorova, Jiřina Svobodová et Yarisley Silva, photo: ČTK
« Je regrette surtout mes premier et troisième essais à 4,75 m. Il ne m’a pas manqué grand-chose pour passer la barre et avoir une médaille d’un autre métal. En même temps, je pense être parvenue à donner le meilleur de moi-même dans ce concours alors que mes performances ces dernières semaines n’étaient vraiment pas exceptionnelles. C’est donc une belle fin de saison en salle et puis cette médaille d’argent est plutôt jolie. »

Et si aux trois médailles de Pavel Maslák, Jiřina Svobodová et Jan Kudlička, on ajoute encore la cinquième place de Jakub Holuša sur 1 500 mètres et la sixième de Lenka Masná sur 800 mètres, on se dit encore un peu plus que ces Mondiaux de Sopot ont bien été une grande réussite pour la République tchèque, qui n’était pourtant représentée que par huit athlètes. Et avant les retours des champions du monde en titre du lancer du javelot Barbora Špotáková et Vitězslav Veselý, du 400 mètres haies Zuzana Hejnová ou encore du lanceur de poids Ladislav Prášil, c’est déjà avec une certaine impatience qu’on attend la saison en plein air et les championnats d’Europe de Zurich.