Au Safari Park de Dvůr Králové, l’Afrique au cœur de l’Europe
Après Prague, le Safari Park de Dvůr Králové nad Labem, en Bohême de l’Est, est le deuxième parc animalier le plus fréquenté en Tchéquie. Bien connu dans le monde pour les efforts menés depuis plusieurs années par ses experts pour la sauvegarde notamment du rhinocéros blanc du Nord, le zoo de Dvůr Králové, qui s’étend sur plus de 70 hectares avec un Safari unique en son genre dans la région, permet plus généralement à ses visiteurs de découvrir la faune africaine comme nulle part ailleurs en Europe centrale.
« Il y a plusieurs moyens de découvrir l’Afrique à Dvůr Králové. Il y a évidemment de nombreuses espèces animales africaines mais, plus globalement, nous essayons de présenter tout ce qu’Afrique a à offrir », explique Michal Šťastný, directeur de la communication du zoo.
« Et ce, y compris, par exemple, dans nos restaurants, où les visiteurs peuvent choisir un menu africain s’ils le souhaitent. Même chose pour les plantes : on trouve ici, par exemple, des bougainvillées ou des Strelitzias jusque dans les enclos, ce qui, je pense, est une chose assez rare. Chaque année, nous organisons également des festivals de culture africaine et beaucoup de visiteurs viennent à Dvůr Králové spécialement pour cela. Pas seulement tchèques, d’ailleurs, mais aussi polonais et slovaques notamment. Au bout du compte, tout visiteur a l’occasion de découvrir une partie ce que l’Afrique possède de plus beau. »
Au tout début, les amoureux de la nature pouvaient admirer des blaireaux, des renards ou des hiboux dans les nombreuses cages et volières du tout nouveau zoo de Dvůr Králové, qui a ouvert ses portes au public en 1946. Très vite, cependant, le nombre d’animaux a augmenté et un pavillon d’animaux exotiques avec des singes ou encore un lion a été créé. C’est ainsi que le parc animalier de Dvůr est rapidement devenu une destination très populaire jusqu’à devenir le deuxième plus grand et le plus visité des lieux de ce type dans l’ancienne Tchécoslovaquie. En 1965, l’arrivée d’un nouveau directeur, un visionnaire pour l’époque, marque un grand tournant dans l’histoire et l’évolution du zoo :
« Josef Vágner, qui était le directeur du zoo à l’époque, admirait l’Afrique. Ses différents voyages lui ont permis de constater ce que pas grand monde ne voyait encore et c’est pour cette raison qu’il a voulu amener certains de ces animaux en Tchécoslovaquie. Mais cela n’est pas si simple et il s’agissait même déjà d’une démarche un peu controversée parce qu’il est interdit de capturer des animaux s’il n'y a pas un projet plus concret et important derrière. Néanmoins, Josef Vágner était conscient que les populations d’un certain nombre d’espèces déclinaient déjà et que celles-ci avaient besoin d’aide. Son idée a donc été de sélectionner très précisément chaque animal. Il les capturait dans des sortes de bomas, des enclos qui étaient dispersés dans la savane. »
« Josef Vágner et ses collaborateurs observaient ensuite les animaux capturés pendant un certain temps et ce n’est que s’il étaient convaincus qu’ils s’habituaient bien à la présence humaine qu’ils étaient transportés en Tchécoslovaquie. Ce procédé est ce qui explique que la majorité des animaux ont survécu au voyage, car, même aujourd’hui, transporter une girafe, par exemple, reste une opération très compliquée. Cela a été la grande réussite de Josef Vágner, car on estime à seulement 6% la part des animaux capturés qui sont morts ensuite. »
Au moment de notre visite, en mai dernier, les girafes, les antilopes et quelques autres des principaux animaux que l’on peut observer durant la visite du Safari Park, n’étaient toutefois pas encore de sortie, en raison de conditions climatiques qui n’étaient pas encore optimales. Dans une région, la Bohême de l’Est, où, en raison du climat continental et de la proximité des monts des Géants, il peut parfois faire particulièrement froid, se pose donc la question légitime du bien-fondé de la création d’un parc animalier où priorité est donnée aux espèces exotiques :
« C’est vrai, la montagne n’est pas très loin, mais la géographie et le microclimat font qu’il fait généralement plus chaud ici que quelques kilomètres plus loin. Au printemps, par exemple, les plantes et les fleurs fleurissent plus vite et plus tôt à Dvůr Králové. En fait, la ville, qui se trouve comme dans une cuvette, est protégée en quelque sorte par la montagne. Les conditions ne sont donc pas mauvaises pour les animaux, qui savent aussi s’adapter. Le zoo Dvůr Králové coopère beaucoup avec la réserve naturelle d’Ol Pejeta, qui se trouve dans le centre du Kenya, au milieu des montagnes. L’altitude est pratiquement la même qu’ici, et là-bas aussi, il fait parfois très froid. »
Surtout, poursuit encore Michal Šťastný, le développement du parc de Dvůr Králové aurait répondu à une volonté des autorités dans un contexte politique et social délicat dans l’ancienne Tchécoslovaquie :
« On peut penser, d’une certaine manière, que le régime communiste a contribué au fait que les Tchèques sont devenus d’excellents spécialistes de la reproduction d’un certain nombre d’animaux. Comme les gens n’étaient pas autorisés à voyager, ils aimaient beaucoup tout ce qui était exotique et les sortait en quelque sorte de la grisaille dans laquelle ils vivaient. Je pense que c’est aussi pour cette raison que les Tchèques voulaient avoir des animaux un peu différents de ceux qu’il y avait dans la nature autour d’eux et qu’ils ont fait plus d’efforts et investi davantage dans les années 1960 et 1970 pour qu’il puisse en être ainsi. Du moins, c’est de cette façon que je vois personnellement les choses... »
Toujours de l’espoir pour le rhinocéros blanc du Nord
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Ces dernières années, un animal plus particulièrement a contribué à la notoriété internationale du Safari Park de Dvůr Králové : le rhinorécos blanc du Nord. Depuis 2020, cette sous-espèce du rhinocéros blanc originaire d’Afrique de l’Est et centrale est classée en danger critique d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature. Et en 2018, la mort du dernier mâle a même signifié, de facto, l’extinction fonctionnelle de l’animal, dont la population s’élevait encore à un peu plus de 2 300 individus dans les années 1960. Aujourd’hui, les deux dernières femelles du rhinoéros blanc du Nord encore vivantes, qui ont été transférées dans une réserve du Kenya en 2009 et font depuis l’objet d’un vaste projet scientifique international de tentative de conservation de l’espèce dirigé par le zoo de Dvůr Králové, sont nées en captivité précisément en Bohême de l’Est.
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« On peut ajouter que certaines espèces, comme effectivement notamment le rhinocéros blanc du Nord, auraient aujourd’hui disparu sans la volonté de Josef Vágner de les emmener avec lui. Pourtant, encore une fois, l’entreprise n’avait rien d’évident à l’époque. Elle était même plutôt mal considérée parce que l’on savait déjà que les populations de ces espèces diminuaient. Josef Vágner et son équipe ont pourtant été les seuls au monde à mettre tous les moyens en œuvre pour faire en sorte que les rhinocéros blancs du Nord se sentent suffisamment bien dans leur nouvel environnement pour pouvoir se reproduire. Sans cela, le rhinocéros blanc du Nord aurait complétement disparu. Le travail que mène aujourd’hui notre équipe, qui s’appelle BioRescue, est sa dernière chance. C’est elle qui chapeaute l’action menée par des experts à la fois allemands, japonais, américains ou encore italiens. »
Une action menée aussi avec les pays africains eux-mêmes, même si tout n’est pas toujours simple :
« Dvůr Kralové développe de nombreux projets notamment au Kenya. Cette coopération est possible est l’un des pays les plus stables dans la région. C’est important d’avoir des partenaires fiables pour pouvoir travailler sur le long terme. Le temps est quelque chose d’essentiel, car la plupart des projets s’étendent sur plusieurs voire même des dizaines d’années. »
« Actuellement, par exemple, il y a pas mal de discussions autour du retour des lions de l’Atlas, une sous-espèce qui est disparue à cause des humains. Or, que ce soit au Maroc, en Tunisie et même dans d’autres pays, il y a suffisamment d’espace pour que ces lions puissent vivre. On en trouve dans différents zoos du monde, y compris ici à Dvůr. Et si les gouvernements des pays d’Afrique du Nord étaient partants, s’ils avaient la volonté que de tels programmes se développent, cela nous permettrait non seulement de faire revenir cette espèce iconique, mais aussi de rééquilibrer l'écosystème de ces pays. Ce retour attirerait sûrement également les touristes aussi, une activité qui est devenue quelque chose de très important pour des pays comme le Kenya, la Namibie ou l’Afrique du Sud. »
« Mais pour que ces programmes puissent exister, il faut que les gouvernements ou les politiques soient partants et qu’ils soient intéressés. La stabilité est donc un élément clé pour pouvoir travailler sur le long terme. »
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La volonté de parvenir à la reproduction du rhinocéros blanc du Nord fait partie de ces programmes qui s’étendent sur le très long terme. Bien qu’il n’y ait aujourd’hui plus de mâle en vie, la science continue d’entretenir l’espoir, comme le précise Michal Šťastný :
« Ce projet-là explique bien que l’on puisse parfois penser, malgré toute notre expérience, qu’il n’est pas réel. Au début, tout le monde croyait que faire revenir ces rhinocéros depuis la Tchéquie au Kenya allait leur permettre de se reproduire naturellement, mais les choses ne se sont pas passées comme ça. Puis tout le monde a dit, quand le dernier mâle est mort, qu’il n’y avait plus aucune chance pour cette espèce... »
« Aujourd’hui, il ne reste effectivement plus que deux femelles, mais il reste aussi toujours beaucoup d’espoir. 35 embryons ont été créés in vitro dans un laboratoire de Crémone, en Italie. Ces embryons attendent d’être transférés à une mère porteuse, ce qui nous permettrait de ramener cette sous-espèce à la vie. On espère bien que lorsqu’un jeune rhinocéros viendra au monde, ces deux femelles seront toujours vivantes, car ce n’est pas seulement une question biologique mais aussi éthologique. Si vous voulez, il faut que le jeune qui naîtra apprenne à se comporter comme un bon rhinocéros blanc du Nord. C’est pour cette raison qu’il y a urgence, mais nous espérons tous que ce premier jeune rhinocéros blanc du Nord sera parmi nous dans quelques années. »
Une forme de miracle
Et si Michal Šťastný se félicite, comme il le dit, de voir « les plus grandes capacités scientifiques du monde entier » participer à ce projet, il explique, sur un ton résolument optimiste, tout l’enjeu qui, plus généralement, se dissimule derrière cette volonté de sauvegarder les rhinocéros :
« On parle là quand même d’une forme de miracle... C’est quelque chose que l’on n’osait même pas imaginer par le passé. Cela relève presque de la science-fiction, mais éthique... »
Parmi les autres projets en cours dont la direction de Dvůr Králové est particulièrement fière, figure celui des hyènes. Le Safari Park de Bohême de l’Est est en effet le seul zoo au monde à présenter les quatre espèces de hyènes existantes. En 2024, pour la première fois dans le monde depuis trente ans, une portée de protèles, animal aussi appelé loup fouisseur, a vu le jour, augmentant encore ainsi un peu plus l’intérêt de la visite aux yeux du grand public.
« L’attractivité n’est pas le plus important à nos yeux. Attention, je ne dis que nous ne sommes pas heureux d’avoir 750 000 visiteurs chaque année, nous en sommes même très fiers. Mais le principe qui fait nous avancer est de nous dire que le mieux aujourd’hui serait en quelque sorte que le zoo n’existe plus. Notre première mission est de protéger les animaux sauvages menacés. Sans nous, sans le travail de beaucoup de zoos, plusieurs espèces aurait complétement disparues. Ce principe nous pousse à travailler encore plus dur et avec encore plus de passion. »
« C’est un travail précieux, nous nous efforçons de faire en sorte que l’avenir du monde soit un peu plus joli. Et peut-être qu’à la fin de notre vie nous pourrons dire à nos enfants et petits-enfants que si telle ou telle espèce d’animal est encore sur Terre, c’est aussi un peu grâce à nous. »
« C’est pourquoi nous n’avons pas et n’avons pas besoin, par exemple, de gorilles à Dvůr Králové. Tout simplement parce qu’il y en a déjà ailleurs en Europe et que tout le monde sait plus ou moins comment bien s’en occuper. Nous savons très bien que nous pourrions avoir davantage encore de visiteurs si nous avions des gorilles, mais ce qui nous motive, ce sont les animaux en tant que tels. Et si nous avons besoin de moyens financiers, c’est uniquement pour eux et leur bien-être sur notre planète. »
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