Ce lundi, une pensée pour les victimes tchèques de la pandémie et leurs proches

Photo: ČTK/Slavomír Kubeš

Il y a un an jour pour jour, un homme âgé de 95 ans, décédé à l’hôpital pragois de Bulovka, était la première victime tchèque du Covid-19. A ce moment, personne n’imaginait encore que douze mois plus tard, la République tchèque allait figurer parmi les pays du monde avec la plus forte mortalité liée au coronavirus. Pour rendre hommage à presque 25 000 victimes tchèques de la pandémie, une minute de silence a été observée ce lundi midi, un silence rompu par le son des cloches qui ont retenti dans tout le pays.

« Aujourd’hui, nous avons exceptionnellement laissé les cloches sonner une dizaine de minutes, alors que normalement, à midi ou avant la messe, elles sonnent cinq minutes », explique Jakub Berka, curé à l’église Sainte-Ludmila au centre de Prague. « C’est un mémento », dit-il, « on réalise qu’on est là, vivants et relativement en bonne santé, et on ressent de la gratitude ».

Petr Pospíchal,  photo: Archives de Petr Pospíchal/Paměť národa

Des événements commémoratifs sont organisés, sur les réseaux sociaux également, par l’initiative citoyenne Minuta ticha (Une minute de silence). Elle a été créée en janvier dernier par l’ancien opposant au régime communiste, Petr Pospíchal :

« Je me suis rendu compte qu’il fallait prendre la situation en République tchèque très au sérieux : ce sont des personnes réelles qui disparaissent en grand nombre et ce qui augmente chaque jour, c’est aussi le nombre de familles qui ont perdu leurs proches, très souvent sans pouvoir leur faire leur dernier adieu. C’est un deuil qui se cumule dans notre société. Il s’agit donc d’exprimer notre solidarité avec les proches des victimes qui sont déjà des centaines de milliers dans notre pays. »

Photo: ČTK/Slavomír Kubeš

Selon les statistiques officielles du ministère de la Santé, plus de 24 800 décès liés au coronavirus sont à déplorer à ce jour en République tchèque. Mais le président de la Chambre des médecins Milan Kubek estime le nombre réel des victimes à environ 30 000. Pour Milan Kubek, la minute de silence observée ce lundi est aussi l’occasion de rendre hommage à 30 médecins et 45 autres professionnels de santé tchèques morts du coronavirus.

Des dizaines de personnalités, dont des musiciens, comédiens, sportifs, journalistes, médecins et professeurs d’université, se sont jointes à l’initiative Une minute de silence, certains en enregistrant des vidéos où ils expliquent ce que cette commémoration représente pour eux. On écoute le virtuose du violon Pavel Šporcl :

Pavel Šporcl,  photo: Jana Přinosilová,  ČRo

« Observer une minute de silence est une forme de méditation. Nous en avons besoin dans nos sociétés qui nous incitent à nous précipiter d’une action à l’autre. (…)  Nous sommes tous, d’une manière ou d’une autre, victimes de cette pandémie. Tout s’est arrêté, nous ne pouvons pas voyager, en Tchéquie, nous ne pouvons même pas nous déplacer entre les districts. Moi-même qui suis musicien et ma femme qui est comédienne, nous n’avons pas de travail depuis un an. Beaucoup de mes amis musiciens ont vendu leurs instruments… (…) Mais je suis en bonne santé et je n’ai perdu aucun de mes proches. Aujourd’hui plus qu’avant, je me rends compte à quel point j’aime la vie. »

Pour les organisateurs des commémorations celles-ci sont aussi une manière de sensibiliser le public au danger du coronavirus. Les comparaisons qu’ils évoquent donnent des frissons : les 200 victimes quotidiennes du Covid dans le pays correspondent au crash d’un avion de ligne avec le même nombre de passagers tchèques à bord. Sur Twitter apparaît tous les jours le nom d’une ville tchèque dont le nombre d’habitants équivaut à celui des personnes mortes du coronavirus : après les villes de Litoměřice, de Havlíčkův Brod, de Sokolov ou de Chrudim, nous en sommes à Břeclav ce lundi…

Photo: ČTK/Slavomír Kubeš

Selon Jana Hradilková de l’initiative Une minute de silence, la commémoration pourrait apporter quelque chose de positif à la société tchèque, marquée par un deuil parfois invisible, mais bien présent :

« Le fait de nous unir par la pensée, de faire preuve de notre compassion avec les familles des victimes, d’autant plus traumatisées qu’elles ont été séparées de leurs proches malades, cela peut rendre notre société plus cohérente, plus solidaire et unie. »