Presse : une trêve sur la scène politique tchèque ?

Petr Fiala

Une trêve sur la scène politique tchèque est-elle désormais possible ? Réponse dans cette nouvelle revue de presse. Parmi les autres thèmes figurent aussi l’évolution de la nouvelle situation géopolitique, les gestes nazis, le décès de Michael March, directeur du Festival des écrivains de Prague, et un rappel de la détection d’un premier cas de coronavirus en Tchéquie, il y a cinq ans.

« L’heure de la trêve politique a sonné en Tchéquie », indique l’éditorialiste du journal Hospodářské noviny, en lien avec le discours « extraordinaire » prononcé par le Premier ministre Petr Fiala à l’occasion du troisième anniversaire du début de l’agression russe en Ukraine :

« Extraordinaire, il l’était non pas parce qu’il a décrit la nouvelle situation géopolitique créée après l’accès au pouvoir de Donald Trump – ce que toute personne non aveugle peut constater – mais parce que le discours ne contenait pas ne serait-ce qu’une seule attaque contre l’opposition. Ce point peut être interprété comme une proposition prudente de trêve politique, car il n’y a vraiment plus de temps pour des disputes sur des questions fondamentales. »

Une telle proposition peut-elle réussir au moment où les élections législatives approchent, et à quoi pourrait ressembler une telle trêve ? Voici la réponse que le journal propose :

« On peut espérer que l’intérêt fondamental de ne pas finir, à cause de la nouvelle réalité géopolitique, dans la sphère d’influence russe, soit partagé par les partis au pouvoir, ainsi que par le mouvement ANO, principale formation d’opposition. Ceux-ci sont alors appelés à définir ce sur quoi ils sont d’accord et ce qui continuera à faire l’objet d’une lutte politique habituelle. La partie rationnelle et, au moins, un peu responsable de la scène politique devrait se mettre d’accord de toute urgence sur trois questions : une augmentation rapide des dépenses dans le domaine de la défense, l’aide à l’Ukraine et une Europe forte. Pour avoir un mot à dire dans la nouvelle réalité géopolitique, la Tchéquie doit faire partie de blocs forts. Notre intérêt n’est pas seulement d’avoir une OTAN forte, mais aussi une Union européenne forte. »

« En quoi devrait consister alors la lutte politique, qui est l’essence même de la démocratie, à l’heure actuelle ? », s’interroge encore l’éditorialiste de Hospodářské noviny. Pour lui, la réponse est simple : « on peut revenir au bon vieux duel entre la droite et la gauche. »

L’heure n’est pas à la panique, même si l’Europe perd son important allié

« Adieu, l’Amérique », tel est le titre de couverture de l’hebdomadaire Respekt, accompagné d’un portrait caricatural de Donald Trump, qui consacre la majeure partie de son numéro à ce qu’il appelle « le début d’une nouvelle ère de l’histoire ». Dans son éditorial, on peut lire :

Source: Respekt

« Avez-vous peur ? Avez-vous peur de ce qui se passe dans le monde ? Vous n’êtes pas seuls, car beaucoup de gens font aujourd’hui état de leur inquiétude. Mais il n’y a pas le temps de paniquer. La République tchèque et l’Europe perdent un partenaire fort et essentiel, les États-Unis. Il est vrai que ces dernières années des signes de cette tendance apparaissaient, mais beaucoup de gens ne voulaient pas l’admettre. C’était inimaginable, car l’alliance de l’Europe avec Washington constitue le pillier de l’Occident depuis au moins la Deuxième Guerre mondiale. Nous nous trouvons donc dans une situation où l’histoire n’inspire aucune solution, car il n’existe aucune comparaison possible. La seule chose que l’histoire nous enseigne, c’est que la peur, la panique et le recul ne servent à rien. »

Trump a choisi des États-Unis faibles, faisant par ses actions et ses déclarations absurdes le bonheur des ennemis de l’Amérique tout en rabaissant ses amis. L’éditorialiste du magazine estime que, peut-être, la situation s’améliorera avec le temps. « Mais pour l'instant, nous devons accepter la réalité qui veut que l’on se débrouille sans Washington », souligne-t-il avant de conclure :

« La République tchèque et l’Occident perdent cet allié important au moment où notre principal ennemi, la Russie, devient de plus en plus agressif. C’est donc une question existentielle que d’investir dans de bonnes relations avec les partenaires européens, de renforcer l’UE et de construire une défense efficace. Par ailleurs, la plupart de ceux qui parlent aujourd’hui de la faiblesse de l’Europe ont agi pendant des années pour l’affaiblir. »

Ces gestes nazis qui ne passent pas inaperçus

« Certains de nos conservateurs et nationalistes ont assisté à la récente conférence des conservateurs américains à Washington, qui a attiré l’attention notamment par un salut nazi de l’ancien principal conseiller de Donald Trump, Steve Bannon, qui a reproduit le même geste qu’Elon Musk lors de l’inauguration présidentielle », rapporte le journal en ligne Forum24.cz. La réaction des participants a été, comme il l’indique, mitigée :

« Alors que Jordan Bardella, leader du Rassemblement national, a annulé son discours, l’eurodéputé Alexandr Vondra, du parti de droite ODS, a déclaré que le salut nazi était 'totalement inacceptable'. Cela ne l’a pas empêché de rester. Filip Turek, un autre eurodéputé tchèque, membre du groupe Patriotes pour l’Europe, qui avait lui-même utilisé un geste similaire en Tchéquie, a même déclaré être impressionné par l’ampleur du spectacle conservateur. »

Selon le journal, le geste nazi de Steve Bannon a confirmé l’attrait des symboles nazis pour certains admirateurs de Trump. L’argument selon lequel les gestes des deux « trumpistes » ne seraient pas nazis parce qu’ils ne sont pas eux-mêmes nazis n’a aucun sens. « Il s’agit d’un puissant symbole du nazisme qui convient à Musk et à Bannon précisément parce que leur vision du monde – remodeler l’ordre actuel tant en Amérique que dans le monde, et l’idée que le fort doit toujours triompher du faible – est, dans une large mesure, conforme à l’idéologie nazie », écrit-il.

Décès de Michael March, directeur du Festival des écrivains de Prague

Les pages culturelles des médias locaux consacrent une grande place au décès du poète américain Michael March, 78 ans, auteur de plus de dix recueils de poèmes et fondateur du Festival des écrivains de Prague, dont il a été pendant trois décennies le président. « Grâce à ses contacts personnels, il a fait venir à Prague 11 Prix Nobel de littérature et a servi pendant des décennies de pont entre la capitale tchèque et la littérature mondiale », indique, par exemple, une note publiée sur le site aktualne.cz. De son côté, le chroniqueur du journal en ligne lidovky.cz souligne :

Michael March | Photo: Tomáš Vodňanský,  ČRo

« Le Festival des écrivains de Prague que March a dirigé à partir de 1991 a été un événement d’une importance capitale et d’une portée historique. Il n’y avait pas d’équivalent dans le pays. Michael March a réussi à inviter à Prague des personnes courageuses, souvent incroyablement inspirantes, comme par exemple lors de la dernière édition, Wole Soyinka et Arnon Grünberg. Âgé de 86 ans, le premier a lu, débattu et donné des interviews comme si de rien n’était. Le second, quant à lui, a apporté une qualité différente : le rire, l’autoréflexion, un sens aigu du ridicule, tel une arme sûre contre toutes les maladies de la civilisation. »

Ce n’est sans doute pas un hasard, comme l’estime le chroniqueur, si la dernière édition du Festival des écrivains de Prague avait pour devise l’espoir – plus précisément le slogan « Il ne reste plus que l'espoir » :

« Michael March a laissé beaucoup de choses derrière lui : non seulement des archives uniques de trente années de festival, mais surtout un legs personnel d’inspiration et de motivation. Et peut-être même un peu d’espoir. »

Il y a cinq ans, le premier cas de coronavirus était détecté en Tchéquie 

Ce samedi 1er mars, cinq ans se seront écoulés depuis le jour où des tests ont identifié les premières infections par le coronavirus en Tchéquie. Le journal Deník rappelle à ce propos :

Source: Tumisu,  Pixabay,  Pixabay License

« Dix jours après, la Tchéquie a pris les premières mesures sanitaires : les écoles ont fermé, l’état d'urgence a été déclaré, entraînant la fermeture des gymnases et des clubs, et imposant le port du masque obligatoire. Dans les restaurants et les pubs, les heures d’ouverture ont été limitées avant que leurs portes ne soient entièrement fermées, à l’exception des établissements les plus importants. Depuis, plus de 4,8 millions de cas de coronavirus ont été confirmés dans le pays, dont environ 700 000 chez les personnes âgées de plus de 65 ans. »

S’appuyant sur les données recueillies par l’agence MNFORCE, Deník rapporte que les Tchèques gardent un souvenir essentiellement négatif de cette période. Toutefois, certains, notamment les jeunes âgés de 18 à 29 ans, disent avoir profité du premier confinement au printemps 2020 pour se reposer. Le journal indique également que beaucoup de gens  gardent toujours chez eux les masques en tissu qu’ils ont été contraints de fabriquer au début de la pandémie, faute de mieux.