Convention de Pittsburgh

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Le 30 mai 1918, la convention de Pittsburgh qui fut l'un des premiers documents oeuvrant pour la création d'un Etat commun des Tchèques et des Slovaques a été signé dans cette ville en Pennsylvanie. Voici ce qui a précédé sa signature, ainsi que ses conséquences historiques.

Le 30 mai 1918, la convention de Pittsburgh qui fut l'un des premiers documents oeuvrant pour la création d'un Etat commun des Tchèques et des Slovaques a été signé dans cette ville en Pennsylvanie. Voici ce qui a précédé sa signature, ainsi que ses conséquences historiques.

A nos jours, la convention de Pittsburgh est considérée comme l'un des documents historiques les plus importants, signés durant la Première Guerre mondiale à l'étranger, dont l'objectif fut de mettre en pratique les idées du mouvement d'émancipation nationale des peuples tchèque et slovaque „emprisonnés" dans l'empire austro-hongrois. Nous le devons notamment à des organisations regroupant des compatriotes tchèques et slovaques aux Etats-Unis. Quant à l'initiative, les organisations slovaques s'avéraient beaucoup plus actives que leurs homologues tchèques. On peut l'expliquer par le fait qu'elles étaient aussi beaucoup plus nombreuses que les organisations tchèques, cette situation étant due, notamment, à une immigration intense des Slovaques aux Etats-Unis avant la guerre. Les Slovaques américains ont gardé un contact beaucoup plus étroit avec leur pays d'origine, ils partageaient ses problèmes et, au moment de l'éclatement de la guerre, ils ne voulaient aucunement laisser le sort de leur ancienne patrie au hasard.

La déclaration, dans laquelle la Ligue slovaque a formulé, pour la première fois, ses idées et revendications concernant l'avenir du peuple slovaque et de son futur Etat, fit son apparition au début de la guerre déjà. Elle englobait plusieurs conceptions, dont l'une prévoyait la fédération de la Hongrie, au sein de laquelle les Slovaques auraient leur autonomie. Une autre conception s'orientait vers la Russie, car beaucoup estimaient que ce grand pays pourrait contribuer à la création d'un grand Etat fédéral, en Europe centrale, et certains penchaient pour une coopération étroite avec la Pologne. Finalement, ce fut la conception la plus réaliste qui a gagné - celle qui voyait l'avenir du peuple slovaque dans l'Etat commun des Tchèques et des Slovaques. Il faut souligner que cette coopération fut comprise, à l'étranger notamment, comme une coexistence de deux peuples égaux en droits, ce qui fut dans une certaine mesure, en désaccord avec la conception proposée par le futur président de la Tchécoslovaquie, Tomas Garrigue Masaryk. Selon Masaryk, en effet, il n'existait qu'un seul peuple tchécoslovaque, les Slovaques ne constituant qu'une branche du peuple tchèque. Cette conception, nommée plus tard le tchécoslovaquisme, fut à l'origine de plusieurs malentendus, car, on ne savait jamais trop, s'il était question d'un peuple composé de deux éléments nationaux égaux en droits, ou si les Slovaques étaient seulement une branche du peuple tchèque. On peut dire, en bref, que la conception du tchécoslovaquisme prévoyait la fusion ou l'assimilation même de ces deux éléments ethniques.

Les premières négociations entre les compatriotes tchèques et slovaques ont eu lieu en 1915 à Cleveland dans l'Etat de l'Ohio. La Ligue slovaque a signé avec l'Association nationale tchèque la convention de Cleveland qui fut un prédécesseur de celle de Pittsburgh. Elle déterminait pour la première fois les relations entre les mouvements d'émancipation tchèques et slovaques. La ville de Pittsburgh, en Pennsylvanie, fut à l'époque l'un des centres les plus importants du mouvement national tchèque et slovaque aux Etats-Unis, où habitaient aussi ses plus grandes personnalités. C'est peut-être la raison pour laquelle la convention, qui avait marqué un grand tournant dans l'histoire des deux peuples, fut signée justement dans cette ville. Elaboré, entre autres, par Tomas Garrigue Masaryk, le document de Pittsburgh présentait le programme politique visant la création d'un Etat commun des Tchèques et des Slovaques - la Tchécoslovaquie, au sein de laquelle existaient deux Etats indépendants. Ainsi, l'autonomie slovaque devait avoir sa propre administration, législative, judiciaire, culture, ainsi que sa propre langue officielle - le slovaque. Au départ, les dirigeants slovaques voulaient un arrangement fédéral de la Tchécoslovaquie, mais grâce à Masaryk, ils y ont renoncé en faveur de l'autonomie. Cela ne veut pas dire, cependant, que Masaryk avait trahi les idéaux slovaques, car la dernière clause stipulait que les directives concrètes concernant l'arrangement étatique de la Tchécoslovaquie, après la guerre, seraient pleinement entre les mains des dirigeants tchèques et slovaques. Au surplus, nous ne devrions pas oublier que la convention de Pittsburgh n'était qu'une déclaration signée par les organisations de compatriotes à l'étranger et qu'en tant que telle elle n'avait donc aucun pouvoir de contrainte. Aujourd'hui, les historiens tchèques avouent que ce document avait surtout une importance morale, car, après la fondation du premier Etat commun des Tchèques et des Slovaques, la représentation politique tchèque fut obligée de s'occuper des engagements pris à Pittsburgh, notamment du point de vue moral. Mais la situation d'après-guerre s'est figée à tel point que toute tentative slovaque d'obtenir l'autonomie au sein de l'Etat commun a été vouée à l'échec. Le rêve des Slovaques de créer leur propre Etat s'est réalisé, pour la première fois, après la signature du Traité de Munich, en 1938, par la création de l'Etat slovaque tristement renommé, le 14 mars 1939. Lorsque la Tchécoslovaquie fut reconstituée, en mai 1945, l'égalité des peuples tchèque et slovaque fut théoriquement garantie. Après avoir été l'une des deux républiques fédérées de la Tchécoslovaquie, de 1969 à 1992, la Slovaquie devint un Etat indépendant le 1er janvier 1993.

Auteur: Astrid Hofmanová
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