Covid-19 : comme Matěj, des milliers d’étudiants tchèques en médecine mettent les mains dans le cambouis

Matěj Martinča, photo: Archives de Matěj Martinča

Malgré les chiffres encourageants de ces derniers jours, qui confirment le ralentissement de la propagation du Covid-19 en République tchèque, rien n’a véritablement changé sur le front hospitalier, où les équipes médicales continuent à se battre sans relâche contre la maladie. Elles bénéficient de l’aide de plus de 2 400 étudiants des huit facultés de médecine existantes dans le pays.

« Je m’appelle Matěj Martinča, j’ai 21 ans et suis en deuxième année de médecine. »

L’hôpital Motol,  photo: Enrique Molina

Plus précisément à la 2e Faculté de médecine de l’Université Charles à Prague. Même s’il ne fait pas partie des étudiants des 4e et 5e années, réquisitionnés en octobre dernier par le gouvernement pour lutter contre l’épidémie, Matěj a décidé, comme beaucoup de ses amis, de se porter volontaire dans un hôpital pragois.

« Je m’étais déjà engagé au printemps lors de la première vague. J’ai travaillé à l’hôpital universitaire de Prague-Motol, au service des soins intensifs qui accueillait les patients du Covid-19.  C’était assez difficile, car nous nous occupions des patients dans un état grave, avec l’obligation de porter des vêtements de protection. Nous étions vraiment sur le front. Nous, les étudiants, étions chargés de désinfecter les lieux ou de remplir les stocks de médicaments par exemple. »

L’hôpital Na Homolce,  photo: Kristýna Maková

« Actuellement, je travaille deux jours par semaine à l’hôpital Na Homolce, et c’est très différent. Les volontaires comme moi sont chargés d’épauler le personnel d’une unité de surveillance post-opératoire. Nous nous occupons du suivi des patients qui viennent de subir des interventions chirurgicales cardiaques, il ne s’agit donc pas de patients atteints du Covid. Mais comme une partie du personnel soignant s’est récemment retrouvée en quarantaine et comme il est toujours possible que les infirmières ou les médecins de cette unité soient appelés en renfort ailleurs, nous sommes là aussi pour être d’abord formés et encadrés, puis pour remplacer éventuellement les soignants. »

Photo: Archives de l’hôpital Na Homolce

Situé dans le Ve arrondissement de Prague, Nemocnice Na Homolce est un centre hospitalier et de recherches hautement spécialisé dans le traitement des maladies cardiovasculaires et neurologiques. Il accueille des patients de toute la République tchèque, ainsi qu’un nombre limité de malades du Covid-19. Actuellement, une quinzaine de volontaires, parmi lesquels donc Matěj, y prêtent main-forte au personnel soignant.

« Les journées de travail sont longues : de 6 heures le matin à 6 heures le soir. Nous sommes alors remplacés par l’équipe du service de nuit. Nous aidons les infirmières et les aides-soignants à servir le petit déjeuner, à effectuer les soins d’hygiène, à installer et à mobiliser les patients. Lorsque des prélèvements sont effectués, nous apportons des échantillons dans les services de microbiologie et d’hématologie. »

Photo illustrative: ČTK/Dalibor Glück

Cet automne, pour la première fois dans l’histoire de la République tchèque, les étudiants en médecine ont été mobilisés par le gouvernement. Certains d’entre eux, ainsi que les directeurs de plusieurs hôpitaux, se sont plaint du manque de règles juridiques qui encadreraient cette mesure d’urgence. Ce n’est pas le cas de Matěj. Dès le début, il a signé un contrat de travail en bonne et due forme, ce qui lui vaut d’être rémunéré. Autre souci pour les étudiants : comment concilier cette mobilisation sanitaire avec leurs études ?

« Au printemps, c’était beaucoup plus difficile pour moi, car j’étais encore en première année. Tout le monde sait que c’est une étape semée d’embûches, qu’il faut travailler énormément pour réussir. Actuellement, je suis en deuxième année, et ça n’a plus rien à voir avec la première. Je n’ai plus de problèmes pour concilier l’école et le travail à l’hôpital. On verra comment les choses se passeront pendant la période des examens. On ne sait pas si les hôpitaux auront encore besoin de notre aide à ce moment-là. »

Photo illustrative: ČTK/Ondřej Hájek

« Nous suivons toujours les cours à distance. Mais heureusement, depuis quelques jours, nous avons quand même un cours en présentiel : ce sont les soins infirmiers. Il s’agit de travaux pratiques qu’il est vraiment difficile de faire à distance. Nos enseignants ont dû tout réorganiser, car ces cours ne peuvent être dispensés qu’à cinq étudiants en même temps, alors que, normalement, nous sommes répartis en groupes de dix-huit personnes. »

Si environ 2 400 futurs médecins tchèques sont mobilisés sur le front du Covid-19, la plupart d’entre eux - environ deux étudiants sur trois d’après les données fournies par les universités - n’ont pas été réquisitionnés, mais se sont engagés volontairement. C’est aussi l’expérience de Matěj Martinča qui, en plus de son travail à l’hôpital, répond aux appels « Covid » sur une ligne téléphonique du ministère de la Santé :

Photo illustrative: ČTK/Ondřej Hájek

« Cet automne, la crise sanitaire a mobilisé beaucoup plus d’étudiants en médecine qu’au printemps, c’est évident. Presque tous mes amis, toutes promotions confondues, sont engagés quelque part. Les étudiants de notre faculté sont réunis sur Facebook et, via ce groupe, nous communiquons avec les hôpitaux. On tient à se rendre utile dans la mesure du possible. Ceux qui ne le peuvent pas ont des raisons particulières, comme un de mes amis qui vit avec ses grands-parents et ne veut pas les mettre en danger. Mais dans l’ensemble, tous les étudiants que je connais ressentent un réel besoin d’aider. »

« Et puis c’est aussi une excellente opportunité pour nous, qui n’en sommes encore qu’au début de nos études, de tâter le terrain et de nous faire une idée plus concrète de ce qui nous attend à l’avenir. En temps normal, cette découverte du milieu hospitalier ne se fait que beaucoup plus tard. C’est donc vraiment une expérience unique. »