Crise tchéco-russe : en Europe centrale et de l’Est, sur qui les Tchèques peuvent-ils compter ?

Depuis que le Premier ministre Andrej Babiš a accusé la Russie et ses services secrets dans l’affaire des explosions de Vrbětice, les relations entre la République tchèque et la Russie se sont fortement détoriorées. En Europe centrale et de l’Est, Prague peut compter sur le soutien de plusieurs pays anciens satellites de l’URSS. En revanche, comme le notent certains médias tchèques, la solidarité affichée par le groupe de Visegrád est moins évidente. Essentiellement en raison de la position ambigüe de la Hongrie.

Ambassade de Russie à Prague | Photo :  Radio Prague International

Depuis mardi, la République tchèque, au même titre que les Etats-Unis, l’Ukraine, la Pologne, les Pays baltes ou encore le Royaume-Uni, figure donc sur la liste des pays hostiles établie récemment par le gouvernement russe, sur ordre de Vladimir Poutine. La principale conséquence de cette inscription ne sera pas tant l’interdiction des importations de bière tchèque, parmi les sanctions économiques envisagées, que la limitation du nombre d’employés locaux qui seront autorisés à travailler à l’ambassade et dans les consultats tchèques en Russie.

Quoiqu’il en soit, cette décision confirme, si besoin encore en était, le net refroidissement des relations entre Prague et Moscou observé ces deux dernières semaines, que le quotidien français Le Monde a qualifié d’« hiver diplomatique » dans un article publié mardi.

Vladimir Poutine | Photo : Administration du président de Russie,  CC BY 4.0

Alors que Vladimir Poutine continue de qualifier d’« absurdes » les accusations du gouvernement tchèque, celui-ci peut néanmoins compter sur le soutien de plusieurs pays ayant appartenu à l’ancien espace soviétique.

Comme il était possible de s’y attendre, la Slovaquie a été la première à exprimer sa solidarité avec son voisin tchèque. Dès mercredi dernier, soit quatre jours après les révélations de son homologue Andrej Babiš, son Premier ministre Eduard Heger a convoqué un point presse pour annoncer et expliquer la décision prise par son cabinet :

« Nous considérons qu’il est très important de faire le maximum pour protéger nos intérêts en matière de sécurité, notamment en veillant à ce que les missions diplomatiques étrangères opèrent sur le territoire de la Slovaquie dans le respect de nos lois et des conventions internationales. La Slovaquie, en tant qu’Etat souverain, a réuni les conditions pour qu’il en soit ainsi, et c’est pourquoi nous ne pouvons tolérer que les représentants d’une mission diplomatique étrangère ne respectent pas les principes qui ont été convenus. Compte tenu de la situation dans notre espace géopolitique et des événements actuels en République tchèque, avec laquelle nous réétirons notre solidarité et qui a notre plein soutien, trois représentants de la mission diplomatique de la Fédération de Russie devront cesser leur activité et quitter le territoire de la Slovaquie d’ici à sept jours. »

Peter Pellegrini | Photo : Martin Strachoň,  Wikimedia Commons,  CC BY-SA 4.0

En 2018, lorsque Peter Pellegrini en était encore le Premier ministre, la Slovaquie avait été un des rares pays membres de l’Union européenne à ne pas expulser de diplomates russes suite à l’empoisonnement de l’ancien double agent Sergueï Skripal en Angleterre (la République tchèque en avait expulsé trois).

En revanche, le gouvernement slovaque n’avait pas hésité à déclarer trois représentants russes personna non grata l’été dernier, lorsqu’il était parvenu à la conclusion que leurs activités enfreignaient la Convention de Vienne, qui règle les relations diplomatiques entre Etats.

Photo illustrative : vixrealitum,  Pixabay,  CC0

Si la Pologne, de son côté, n’en a pas fait de même que la Slovaquie cette fois, c’est parce que, la semaine précédente, le 15 avril, elle avait déjà expulsé trois diplomates russes accusés d’« actions hostiles ». Varsovie a opté pour cette solution après que les Etats-Unis ont pris des mesures similaires dans le cadre d’une riposte contre une série d'actes imputés à Moscou, et donc, déjà, dans une volonté d’exprimer sa solidarité avec un pays partenaire au sein de l’OTAN.

Depuis, d’autres pays ont exprimé leur solidarité avec Prague. Sans surprise, les Etats baltes ont été parmi les premiers à réagir et à expulser à leur tour plusieurs diplomates au service du régime de Vladimir Poutine. D’abord parce qu’à leurs yeux le géant russe voisin constitue une menace constante pour leur sécurité, mais aussi parce que ces trois pays entretiennent d’excellentes relations avec la République tchèque.

Dans le cadre de la Baltic Air Policing, une mission de police de l’air menée par l’OTAN, l’Armée tchèque a ainsi régulièrement déployé ses avions Gripen et ses soldats dans la région ces douze dernières années.

Au début de cette semaine, enfin, la Roumanie a expulsé un diplomate russe, tandis que la Bulgarie, où est basée la société société à laquelle appartenait le matériel militaire qui a explosé à Vrbětice en 2014, a elle aussi tenu à faire savoir, par la voix de sa cheffe de la diplomatie, à quel camp elle appartenait dans ce conflit entre la Russie et l’Occident.

Vaccin Spoutnik V | Photo : Gouvernement de Moscou,  CC BY 4.0

Seul petit bémol peut-être à ce large soutien venu d’Europe centrale et de l’Est : la déclaration officielle approuvée, lundi, par les pays du groupe de Visegrád. Il semble que la Hongrie ait rejeté la première version « dure » rédigée à Varsovie. Celle-ci, qui englobait un soutien à la Biélorussie et à l’Ukraine, a été jugée inacceptable par un Premier ministre Viktor Orbán qui marche sur des œufs dans ces différents dossiers, alors que le vaccin Spoutnik V continue d’être administré en Hongrie, où la Russie s’occupe également de l’extension de la centrale nucléaire de Paks.

Ainsi, comme l’estimait dès dimanche un commentateur du site de la Radio tchèque Irozhlas.cz (cf. : https://www.irozhlas.cz/komentare/rusko-vrbetice-diplomacie-vyhosteni-velvyslanectvi_2104251925_onz), tout compte fait, à l’exception encore une fois de la Slovaquie, « Visegrád n’a pas beaucoup soutenu la Tchéquie ». L’auteur n’oublie ainsi pas que lors de la semaine qui a suivi la mise en cause d’agents secrets russes par le gouvernement tchèque, ce ne sont ni Viktor Orbán ni Mateusz Morawiecki, ses prétendus amis habituels, qui se sont précipités pour proposer leur aide à Andrej Babiš, mais la chancelière allemande Angela Merkel.

Prochainement, c’est d’ailleurs à Budapest, et non plus à Prague, que la Russie possèdera sa plus importante représentation diplomatique en Europe centrale.