Dangereuse escalade verbale entre l'Autriche et la Tchéquie

Centrale nucléaire de Temelin

A cause de la centrale nucléaire de Temelin, dont le dossier est clos tant bien que mal depuis décembre dernier, politiciens tchèques et autrichiens semblent céder au piège d'une dangereuse escalade verbale. Omar Mounir.

Tout a commencé pour ainsi dire le 14 janvier lorsque, à l'ouverture de la pétition autrichienne contre la centrale nucléaire de Temelin, le Premier ministre tchèque, Milos Zeman, avait déclaré : "Plus tôt l'Autriche se débarrassera de Haider et de son parti post-fasciste, mieux cela vaudra". Le lendemain, la présidente du FPÖ qualifie indirectement Zeman de quelqu'un qui ne comprend rien, ni à l'Union européenne, ni à la démocratie. Haider, lui-même, ne sera pas en reste et qualifie Zeman de communiste s'essayant désormais à la démocratie. Le 16 janvier Zeman répond que Haïder est un Tchernobyle de la politique en précisant que tout comme les Autrichiens auraient le droit de se prononcer sur Temelin, les Tchèques ont le droit de se prononcer sur Haïder. Et ainsi de suite..., jusqu'à une interview publiée dans la dernière livraison de l'hebdomadaire autrichien Profil, où Zeman qualifie Jörg Haider de "politicien populiste et pro-nazi qui ne sait rien et parle de tout". Il s'est aussi montré critique à l'égard de tous les Autrichiens qui signeraient la fameuse pétition. "Seules une personne non informée, - j'évite de parler d'idiot - signerait cette pétition", a-t-il dit. Trop, c'est trop, au point que ce dimanche, le président autrichien, Thomas Klestil, a cru nécessaire de téléphoner à Vaclav Havel, pourtant en congé de convalesence à Lanzarote. Dans la même journée, le porte-parole du président tchèque déclare que le dialogue tchéco-autrichien doit être débarrassé de toute émotion et de toute passion.

Milos Zeman (Photo: CTK)
Mais déjà, pour beaucoup d'Autrichiens, les propos de Zeman sont une attaque contre la nation autrichienne. Il faut dire que le chef du gouvernement tchèque ne s'est pas montré tendre, non plus, dans Profil : "L'Autriche, a-t-il dit, n'a pas été la première victime de l'Allemagne hitlérienne mais son premier allié. Autrement, il ne faudrait pas oublier que les Allemands des Sudètes étaient la cinquième roue d'Hitler quand il s'est agi de détruire le seul îlot de démocratie en Europe centrale. Est-il vraiment possible de se réconcilier, maintenant, avec des traîtres ?" Certains estiment que les propos de Zeman décideraient plus d'un Autrichien à signer la pétition. Quoi qu'il en soit, en Tchéquie, la réponse est celle du berger à la bergère : des politiciens considèrent que les propos de Haïder sont inadmissibles et que la pétition n'a aucune chance de changer l'attitude de la Tchéquie sur Temelin. Il reste à espérer que tout cela reste au stade verbal, car, après tout, sur le fond, le problème de Temelin a été réglé avec l'Autriche au mois de décembre. La Tchéquie s'était engagée à accomplir à Temelin certaines opérations et l'Auriche à ne plus faire obstruction, dans les négociations d'admission avec l'Union européenne, à la clôture du chapitre énergétique, qui l'est désormais.

Auteur: Omar Mounir
lancer la lecture