Dans la presse tchèque : 600 ans de la révolte hussite et coronavirus

Les hussites, source: public domain

Les 600 ans qui se sont écoulés depuis la révolte hussite donnent lieu à des interprétations différentes de ce chapitre controversé de l’histoire tchèque. Plus de détails dans cette nouvelle revue de presse. Au programme également plusieurs sujets en lien avec la pandémie actuelle : le rôle irremplaçable des femmes en première ligne, la période post-coronavirus, l’approche de l’Union européenne. Nous nous intéresserons enfin sur les conséquences du Covid-19 sur le trafic de stupéfiants.

Les hussites, source: public domain
« Il existe de bonnes raisons de rendre hommage à la révolte hussite qui s'est déroulée il y a 600 ans. D’autant plus que l’histoire du pays est en manque de héros audacieux et intransigeants et que, à cette époque-là, la lutte pour la liberté de religion a été menée contre la communauté européenne et une force armée qui paraissait invincible, avec une détermination peu commune. Cela dit, il existe d’aussi de bonnes raisons de se tenir aussi éloigné que possible des hussites. »

C’est ce que prétend l’auteur d’une note publiée dans l’hebdomadaire Respekt qui est consacrée au rappel des événements lors desquels « calixtins, utraquistes et hussites se sont levés pour défendre leurs exigences confessionnelles ». Il explique :

« Les événements de l’année 1420 doivent être considérés d’un œil critique. Ils sont en effet allés de pair avec une longue débâcle économique au sein du royaume de Bohême, et avec une débauche de cruautés qui même dans le contexte de l’époque étaient uniques en leur genre. Comparer les hussites avec le djihad islamique ne semble ainsi pas totalement déplacé. »

Force est de reconnaître aux hussites leur admirable courage et leur capacité à défendre leur projet, estime le commentateur. D’après lui, « c’est pourtant des thèses de l’historien Josef Pekař qui a parlé du « malheureux radicalisme hussite », allant ainsi à contre-courant de l’historiographie locale habituée à idéaliser le mouvement hussite, que la relecture de celui-ci devrait désormais s’inspirer ». Le texte publié dans le magazine Respekt indique enfin :

« Ces événements vieux de 600 ans peuvent donner une réponse ne serait-ce que partielle à la question de savoir pour quelle raison le scepticisme tchèque à l’égard de l’Europe occidentale et de ses structures est bien plus fort qu’en Slovaquie, en Pologne ou en Hongrie. La politique hussite de lutte ‘contre tous’ et, surtout, contre tout ce qui est vient de l’étranger, telle qu’elle a été jadis glorifiée dans des œuvres littéraires ou cinématographiques, n’a pas de place dans la vie réelle. Elle est mauvaise conseillère, surtout quand il s’agit du continent qui est le nôtre. »

Les femmes en première ligne

Photo: ČTK/Ondřej Hájek
Chaque crise révèle l'excellence de beaucoup de gens anonymes. Tel est le cas, aussi, de l’actuelle pandémie de coronavirus qui a permis à toute une moitié de la population de démontrer ses capacités et ses qualités hors du commun. Pour le chroniqueur du magazine Reflex, ce sont effectivement les femmes qui sont dignes d’une admiration particulière et dont les activités méritent d’être mises en relief.

« Évidemment, il y a beaucoup d’hommes qui se sont comportés avec courage, mais je doute qu’il y en ait beaucoup d'entre eux qui sauraient faire ce que font depuis des semaines leurs épouses, leurs amies, leurs mères et grand-mères, leurs sœurs et leurs filles », remarque-t-il avant de préciser :

« En Tchéquie, les femmes constituent la majeure partie des effectifs sanitaires. Elle représentent près de 60% du corps médical et leur nombre est également fortement prédominant dans le secteur pharmaceutique. A l’heure actuelle, ce sont notamment les infirmières et les sages-femmes, tout comme des aide-soignantes, des étudiantes, des volontaires qui font un excellent travail. La position unique des femmes qui, tout en étant confinées à la maison avec leurs enfants, poursuivent leur activité professionnelle mérite d’être appréciée. Les vendeuses, les institutrices, les femmes de ménage dans les hôpitaux et dans d’autres lieux à risque, autant d’autres professions en première ligne. »

Tout en admettant qu’une telle vision peu paraître fallacieuse dans ce contexte, le commentateur mentionne également le rôle des femmes en politique. Il écrit :

« Aussi futile que cela puisse paraître, force est d’admettre que la crise est plutôt bien gérée dans les pays qui ont à leur tête des femmes, que cela soit en Allemagne, au Danemark, à Taïwan, en Nouvelle Zélande ou en Finlande. »

Une rude épreuve à attendre après le coronavirus

Photo illustrative: fernandozhiminaicela/Pixabay, CC0
Si la société a « lutté » bravement et à l’unisson contre l’épidémie, elle va bientôt passer à la phase « dégrisement ». Réfléchissant sur l’évolution à attendre pendant la période post-coronavirus, le commentateur du quotidien économique Hospodářské noviny a recours à une comparaison avec la Première Guerre mondiale. Il écrit :

« Au début de la guerre, des foules enthousiastes accompagnaient les soldats partant au front croyant que, couronnés de victoire, ils seraient de retour avant Noël. Au lieu de cela, une guerre des tranchées interminable et ravageuse et une crise économique ont pris le dessus. L'enthousiasme de la première heure s’est évanoui. Et c’est ce qui nous menace à l’heure actuelle, car la lutte contre le Covid-19 qui sera de longue durée va se dérouler dans les tranchées. Tantôt les mesures se relâcheront et la maladie l’emportera, tantôt le confinement redeviendra plus sévère. La route sera pénible et destructrice. Nous serons confrontés à des dilemmes d’ordre économique et éthique, ainsi qu’à de violents conflits politiques et à la menace de l’autoritarisme et de l’isolationnisme. Nos valeurs, notre orientation et notre organisation sociale seront mis à la plus rude épreuve depuis la chute du communisme, il y a trente ans de cela. »

En acceptant une comparaison de la pandémie avec la guerre, on peut sous-entendre que sa phase véritablement dure est dès maintenant devant nous, écrit le commentateur de Hospodářské noviny avant de s’interroger : Serons-nous à même de relever ce défi ?

L’Union européenne face à l’opinion publique

Phoot: Union européenne
La crise causée par la propagation du Covid-19 montre à quel point la coopération dans le cadre de l’Union européenne en cas d’événement aussi exceptionnel, imprévu et vaste, est difficile, surtout quand il s’agit de la santé publique où ses compétences sont limitées. Un sujet développé dans un commentaire publié sur le site info.cz et dans lequel son auteur rapporte :

« Une réaction immédiate à des changements de situations et une inventivité créatrice ne sont pas les traits caractéristiques des institutions européennes. Pourtant, contrairement à ce que beaucoup aiment prétendre, les mécanismes nécessaires qui lui appartiennent ont fait leurs preuves. Comme d’habitude, l’opinion publique porte un regard assez sceptique sur les activités de l’Union européenne. Beaucoup estiment ainsi qu’elle ‘a agi peu et trop tard’. Il faut pourtant insister sur le fait qu’au moment de la crise économique et de problèmes sociaux, le marché intérieur européen et les quatre libertés sur lesquelles il est basé, ont une importance vitale. Tout aussi importante est la coordination des mesures de déconfinement que la Commission européenne appelle de ses vœux. »

Le commentateur observe enfin que le rôle joué par l’Union européenne lors de la pandémie est un sujet que les représentants gouvernementaux tchèques omettent de manière ostentatoire.

Le trafic de stupéfiants au temps du coronavirus

Pervitine, photo: Policie ČR
Le journal Lidové noviny de ce mardi rapporte que l’épidémie de coronavirus a également transformé le trafic de stupéfiants en Tchéquie. Une chose guère étonnante, compte tenu du fait que les frontières sont actuellement rigoureusement surveillées. Il écrit :

« A en croire les spécialistes des addictions, il y a sur le marché moins de drogues importées ce qui se traduit par l’absence ou la hausse du prix de certaines d’entre elles, comme l’héroïne, ou la détérioration de leur qualité. Toutefois, malgré ces complications, les trafiquants arrivent tant bien que mal à se débrouiller et à faire parvenir des drogues à leurs destinataires. »

Pour saisir les changements que l’utilisation de stupéfiants est en train de subir et pour détecter l’existence et la propagation du coronavirus chez les personnes dépendantes, le Centre national de suivi des drogues vient de lancer une étude intitulée ADI-COVID-19 dans laquelle un millier d’individus devraient être impliqués à titre volontaire. Le journal note que c’est la « pervitine » qui demeure le stupéfiant le plus répandu en Tchéquie, le pays occupant l’une des premières places à l’échelle européenne en termes de production et de consommation.