Réserve sanitaire : « Le métier d’infirmière ne s’oublie pas, c’est comme la pratique du vélo »

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Elles sont désormais plusieurs centaines d’anciennes infirmières à renforcer les équipes médicales dans les hôpitaux tchèques. Cette plateforme qui réunit les  professionnelles de santé volontaires s’appelle « Sestry v záloze » (Les infirmières en réserve). Elle a été créée en mars dernier, au tout début de l’épidémie de Covid-19 en Tchéquie, par Renata Dubcová, elle aussi ancienne infirmière devenue réserviste dans un hôpital pragois. Elle nous raconte les débuts du projet.

« Dès le début du confinement, mon employeur m’a demandé de passer au télétravail. Du coup, j’ai commencé à réfléchir à comment je pourrais être utile alors que la situation sanitaire s’aggravait. Comme je connais bien le milieu médical, j’ai eu l’idée de créer une plateforme qui réunirait les anciennes infirmières prêtes à aider dans les établissements de santé. »

Cet été, les infirmières réunies au sein de votre initiative étaient 800. Combien sont-elles actuellement ? Les hôpitaux sont-ils nombreux à solliciter le renfort ?

« Depuis mars, au total 900 infirmières se sont inscrites via le site de notre plateforme, c’est-à-dire qu’elles sont prêtes à être déployées dans les hôpitaux, tandis qu’environ 250 établissements hospitaliers nous ont contacté. Nous n’avons pas de données exactes, mais à ce jour, nous avons connecté environ 300 infirmières diplômées qui travaillent dans d’autres secteurs avec les hôpitaux. »

Photo: Michaela Danelová, iROZHLAS.cz

Peut-on alors parler des réservistes passives et actives ?

« Oui, une partie des infirmières sont en effet prêtes à se mobiliser, mais pour des raisons différentes elles n’ont pas encore été contactées par les hôpitaux. Elles vivent dans les régions où les établissements médicaux ne sont pas au courant de notre initiative, ou alors ils n’ont pas encore besoin de renforts humains. Certains hôpitaux ne sont pas assez flexibles et des emplois à temps partiel leur posent problème. En revanche, les réservistes actives travaillent déjà : certaines pendant les week-ends, d’autres assurent le service de l’après-midi par exemple, ça dépend de leurs possibilités. Notre objectif est de mettre en lien le plus rapidement possible les infirmières enregistrées avec les hôpitaux en manque de personnel qui s’adressent à nous. Ensuite c’est à eux de se mettre d’accord sur la forme concrète de leur collaboration. »

Le personnel médical tchèque est particulièrement touché par la deuxième vague de l’épidémie : le nombre de soignants contaminés a doublé au cours de la semaine dernière. Les infirmières-réservistes sont–elles plus sollicitées qu’auparavant ?

Renata Dubcová, photo: Michaela Danelová, iROZHLAS.cz

« Je dois dire que la deuxième vague n’a pas changé grand-chose sur notre travail. Nous avons enregistré un boom au printemps, au tout début de l’épidémie. Notre plateforme venait d’être créée, c’était une initiative nouvelle qui a suscité beaucoup d’intérêt de la part des anciennes infirmières et des hôpitaux. Nous avons travaillé jour et nuit pour les mettre en contact. Depuis, tout s’est stabilisé. Nous mettons à jour les listes d’infirmières disponibles, car certaines ont dû renoncer à cet engagement, pour des raisons familiales ou autres. Il ne faut pas oublier que même s’il s’agit des infirmières diplômées, elles ont déjà d’autres parcours professionnels et d’autres préoccupations. Souvent, elles se portent volontaires tout en continuant à travailler ailleurs. »

Partagent-t-elles leurs expériences avec vous ? Quelles sont les difficultés qu’elles peuvent rencontrer lorsqu’elles sont de retour dans les hôpitaux, après peut-être de longues années d’absence ?

Renata Dubcová, photo: Michaela Danelová, iROZHLAS.cz

« Oui, elles nous font partager leurs expériences, mais pas toutes. Mon équipe et moi, nous nous occupons du projet le soir et la nuit, car nous avons tous un autre travail à côté, alors il n’est pas possible d’être en contact avec nos presque 900 infirmières. Habituellement, elles sont bien accueillies dans les hôpitaux qui apprécient l’aide d’une personne qualifiée. Je dirais que leurs collègues font tout pour les aider à surmonter la nervosité, le manque de confiance en soi qu’elles peuvent bien sûr éprouver. »

« Personnellement, je suis revenue à l’hôpital, en tant que bénévole, après vingt ans. J’avais besoin de l’expérimenter moi-aussi, pour savoir comment c’était de me retrouver auprès des patients. Evidemment, j’avais des doutes, je ne savais pas si j’étais encore capable de m’occuper d’eux. Mais j’ai vite réalisé que les connaissances que j’ai apprises au lycée étaient toujours là. Le métier d’infirmière ne s’oublie pas, c’est comme la pratique du vélo. »

https://www.sestryvzaloze.info/