Des fêtes de Pâques pas comme les autres

Dominik Duka, photo: Filip Jandourek, ČRo

Cette nouvelle revue de presse présente d’abord la vision de deux représentants de l'Eglise sur les fête de Pâques à la lumière de l’actuelle épidémie de coronavirus. Elle se penche aussi sur d’autres aspects et contextes du Covid-19, dont celui d’ordre économique. Une réaction enfin à l’allocution prononcée par la reine britannique Elisabeth II et aux discours du président tchèque Miloš Zeman à la télévision.

Dominik Duka,  photo: Filip Jandourek,  ČRo
Depuis le début de la crise de coronavirus et notamment à l'occasion de la Semaine sainte, les médias accordent davantage de place à des questions d’ordre spirituel. Le quotidien Lidové noviny de samedi dernier a publié une interview avec le cardinal Dominik Duka qui a porté en premier lieu sur l’actuelle pandémie :

« Certes, la situation actuelle est une épreuve dure et douloureuse qui est difficile pour tout le monde. Il ne s’agit pas pour autant d’un châtiment divin comme on aime parfois à le prétendre. A mon sens, l’humanité est plutôt appelée à réfléchir sur ses propres échecs, sur son hédonisme, sur son avidité. »

Le cardinal, qui vient lui aussi de subir une quarantaine suite à la contamination de l’un de ses collaborateurs, s’interroge également sur la période d’après la pandémie :

« Je veux mettre en garde devant de possibles règlements de comptes qui pourraient survenir après la fin de la crise. Cet appel est adressé en premier lieu aux hommes politiques et aux élites intellectuelles. Je tiens à rappeler que notre histoire a connu non seulement des moments glorieux mais aussi des moments fanatiques. Le radicalisme des taborites, une secte issue du mouvement hussite du XVe siècle, ou le climat de délation dans les années années 1950, n’en sont que deux exemples parmi d’autres. »

Le site aktualne.cz a pour sa part publié une partie du message prononcé par le très populaire prêtre et professeur universitaire Tomáš Halík dans lequel il a dit entre autres :

« L’histoire chrétienne n’a jamais connu de fêtes de Pâques aussi étranges que celles de cette année, sauf peut-être pendant les périodes de persécutions. Les messes ne sont pas célébrées, les églises sont vides ou fermées. Je suis profondément persuadé que pour la société tchèque, ce sera pourtant des fêtes de Pâques plus chrétiennes que toutes les autres qu’elle a connues précédemment. Je crois que beaucoup de gens qui, en temps normaux, ne fréquentent pas les églises et qui sont aujourd’hui confrontés à de dures épreuves sont plus ouverts que jamais au récit pascal du christianisme. Ce constat nous engage à célébrer les fêtes de Pâques simplement, il est vrai, mais avec plus de profondeur. »

Le coronavirus toujours à la Une

Photo: ČTK/David Taneček
Les différents aspects de l’épidémie de coronavirus n’ont de cesse d’alimenter les pages des médias locaux. « Avec quelques semaines de recul, les calculs de l’Institut d’informations sanitaires s’avèrent presque prophétiques », signale par exemple le commentateur du site novinky.cz. Selon lui, la confirmation des 3 000 contaminés par le coronavirus avant la fin du mois de mars et la perspective de quelque 14 000 cas d’ici la fin avril prouvent que l’épidémie semble assez bien gérée en Tchéquie.

Le site echo24.cz a donné pour sa part la parole à Miloslav Ludvík, directeur du plus grand hôpital tchèque, celui de Motol à Prague, un des acteurs clés de la stratégie du combat contre l’épidémie. Celui-ci remarque :

« Force est de constater que l’ensemble de la communauté médicale s’attendait depuis de longues années à une telle infection, une sorte d’Ebola ou de SARS dont le taux de morbidité serait supérieur à 30% et que cela devait être désastreux. Or, on voit effectivement apparaître ce qui correspond précisément à cette supposition. Si l’on se consacrait rationnellement à la protection des personnes les plus menacées, tout pourrait être plus efficace. Cette remarque concerne le monde entier... De toute façon, le coronavirus permet de se s’entraîner à l’apparition future d’une infection qui sera vraiment dangereuse ».

L’hebdomadaire Respekt tourne son attention vers les attaques envisagées par le Parti communiste et le parti d’extrême-droite SPD et dirigées contre les associations à but non lucratif dont ils proposent réduire le financement. Ce sont pourtant celles-ci qui propose une aide inestimable pendant l’épidémie de coronavirus. Il écrit :

« Ces attaques risquent d’être couronnées de succès. On voit monter au sein de la société la nervosité, car le confinement dure depuis longtemps, les gens s’inquiètent pour leur travail. Des signes d’agressivité apparaissent dans tous les coins du pays, des agressions verbales contre les sans-abris qui pourtant n’ont rien à voir avec la contamination tendent à se multiplier. Des voix réclamant un leader fort s’élèvent prudemment. »

Mais le commentateur conclut son texte sur un ton rassurant : « Jusqu’ici, la société tchèque affronte la situation actuelle de façon exemplaire, car les signes de solidarité prévalent sur les cas négatifs. Pourtant, la vigilance est de rigueur ».

Le Covid-19 et l’économie

Photo illustrative: Gerd Altmann/Pixabay,  CC0
« Nous vivons dans une ère d’économie de guerre, la société ne peut l’accepter que durant quelques mois ». C’est ce qu’a constaté dans le quotidien économique Hospodářské noviny l’économiste tchèque de la Banque mondiale, Ondřej Schneider, avant de formuler sa plus grave préoccupation :

« En un court laps de temps, l’intégration européenne et l’arrangement libéral de l’économie que le monde édifie depuis le début des années 1990 connaissent un troisième choc, qui a été précédé par la crise financière et celle des migrants. Il existe évidemment des solutions simplistes à chaque crise, dont la fermeture des frontières et l’égoïsme sont les signes les plus flagrants. Déjà avant cette crise on a pu voir à quel point il était facile de dresser des barrières entre les États-Unis, la Chine et l’Union européenne. De ce point de vue, il n’y a pas beaucoup d’espoir de voir les choses s’améliorer et j’abandonne tant bien que mal l’idée d’un monde interconnecté, doté d’un minimum d’obstacles commerciaux. Cela dit, une éventuelle désintégration européenne serait une véritable catastrophe. »

Selon l’économiste, une telle évolution est peu probable. « Toutefois, la chance d’un tel scénario augmentera, si l’on n’arrive pas à résoudre la crise d’ici la fin de cette année », a-t-il déclaré pour Hospodářské noviny.

La reine d'Angleterre et le président tchèque face à leur population

La reine Elisabeth II,  photo: ČTK/PA/Dominic Lipinski
L’appel adressé dimanche soir par la reine d'Angleterre Elisabeth II à la population a eu un retentissement, aussi, dans les médias locaux. « Quatre minutes seulement ont suffi à la reine, âgée de 93 ans, pour exprimer tout ce que les gens confrontés à l’épidémie de coronavirus veulent entendre », constate, par exemple, le commentateur de l’hebdomadaire Reflex avant d’ajouter :

« Elisabeth II qui a su trouver des mots justes pour encourager, consoler, apprécier et donner de l’espoir, a montré une nouvelle fois la raison pour laquelle elle demeurait le membre le plus populaire de la famille royale, une souveraine honorable et une grande figure d’État. Dans son message, elle n'a ni jugé ni critiqué les démarches du gouvernement britannique. »

Miloš Zeman,  photo: Twitter de Jiří Ovčáček
Dimanche dernier, le président tchèque Miloš Zeman a également fait une apparition sur le petit écran en accordant une interview à une journaliste du tabloïd Blesk. C’était sa deuxième intervention télévisée depuis le début de l’épidémie, précédée par une allocution prononcée une semaine auparavant. Cette coïncidence avec l’appel lancé à la population britannique a permis au commentateur de Reflex de faire une comparaison qui, selon lui, est peu flatteuse pour la Tchéquie :

« Dans aucune de ses deux interventions publiques, Miloš Zeman n’a adressé un message suffisamment fort à la nation. De même, il n’a pas encouragé ceux qui luttent contre la maladie Covid-19 et qui sont en première ligne. Au lieu de cela, il s’est attaqué aux politiques, aux journalistes et à d’autres catégories de la population qui ne font pas partie de ses sympathisants... A l’heure actuelle, personne ne devrait attiser les émotions. Aucune campagne politique n'a sa plac dans le contexte actuel. »