Devant le Parlement européen ce mercredi, Petr Pavel peut-il devenir la voix de l’Europe centrale ?

Petr Pavel

Pour la première fois depuis près de dix ans, un président tchèque s’exprimera devant le Parlement européen ce mercredi. L’occasion pour Petr Pavel d’exposer sa vision de l’orientation future de l’Union européenne et d’évoquer la situation sécuritaire sur le continent, une question sur laquelle il est écouté très attentivement en raison de sa qualité d’ancien président du comité militaire de l’OTAN. Des références à Václav Havel sont également attendues.

Quelques jours après la victoire de Robert Fico aux législatives en Slovaquie, résultat accueilli avec pas mal d’inquiétude dans plusieurs pays en Europe, dix jours avant des élections en Pologne attendues elles aussi avec une forte appréhension, le discours de Petr Pavel, président d’une Tchéquie qui pourrait bientôt apparaître comme le dernier îlot pro-européen en Europe centrale – ou tout du moins dans le groupe de Visegrád – sera forcément écouté d’une oreille particulièrement attentive par les députés ce mercredi à Strasbourg. Directeur du département en charge des affaires étrangères au Château de Prague, Jaroslav Zajíček reconnaît que les attentes sont grandes :

Jaroslav Zajíček | Photo: Viktor Daněk,  ČRo

« Le président va présenter la République tchèque comme un acteur européen actif, renforcé par la réussite de la récente présidence tchèque de l’UE et par le fait que la République tchèque parle désormais d’une seule voix en matière de politique étrangère. On pourrait ainsi imaginer que le président joue à l’avenir jouer le rôle en quelque sorte d’un phare en Europe centrale. »

Jaroslav Zajíček admet également que notamment pour ce qui est de la guerre en Ukraine, et sans même forcément le vouloir, Petr Pavel pourrait à terme endosser le costume de leader régional et devenir celui que certains dirigeants de puissances occidentales comme Joe Biden ou Emmanuel Macron appelleront s’ils veulent connaître l’opinion de l’Europe centrale.

Avant même la tenue des élections, le président tchèque avait exprimé son inquiétude quant au possible retour de Robert Fico, avec sa réthorique prorusse et sa volonté de se rapprocher de la Hongrie de Viktor Orban, à la tête du prochain gouvernement slovaque, et ce alors que la Slovaquie a toujours fait preuve d’une grande solidarité avec l’Ukraine depuis le début de l’agression russe. Petr Pavel explique pourquoi, à ses yeux, l’abandon par Bratislava du soutien à l’Ukraine serait une mauvaise nouvelle pour l’ensemble des pays alliés :

« Bien sûr, la contribution de la Slovaquie à elle seule ne sauvera pas l’Ukraine, pas plus qu’elle ne la fera sombrer. Mais elle est très importante, car nous soulignons tous l’importance de l’unité. Et si nous commençons à rompre cette unité, nous donnons raison aux arguments russes. Il nous faut envisager les choses de manière réaliste, tenir compte du fait que la Russie est un grand pays qui a des intérêts de sécurité légitimes dans sa zone frontalière proche. Nous devons donc lui donner des garanties de sécurité, car si nous ne le faisons pas, elle les prendra elle-même. Ce sont des arguments que nous ne pouvons en aucun cas accepter si nous voulons avoir un monde fondé sur le respect des règles. »

Petr Pavel | Photo: Khalil Baalbaki,  ČRo

Invité de la Radio tchèque lundi, Petr Pavel a aussi expliqué pourquoi, dans l’état actuel des choses, et sur la base de ce qu’il a vu et entendu lors de l’Assemblée générale des Nations Unies, négocier avec la Russie des conditions d’une improbable paix lui semblait impossible ou encore pourquoi la guerre concernait encore tout le monde en Tchéquie. Et avant de s’envoler pour la Belgique, où il devait s’exprimer ce mardi à Bruges pour l’ouverture de l’année académie du Collège de l’Europe, le président tchèque a précisé ce qu’il espérait que l’assistance retienne de son discours devant les députés européens ce mercredi :

Photo illustrative: Barbora Němcová,  Radio Prague Int.

« Si je l’envisage sous un angle tchéco-tchèque, je dirais que ce serait que l’Europe se rende compte que la République tchèque, en s’appuyant aussi sur les résultats de sa présidence de l’UE, possède une politique extérieure bien pensée et coordonnée et qu’elle est prête à s’engager activement dans la résolution de nos problèmes communs avec des propositions concrètes, la volonté de résoudre les problèmes et une vision claire de ce qui nous préoccupe réellement. Et en même temps, avec le courage de nommer clairement les problèmes et de ne pas se cacher derrière des phrases diplomatiques toutes faites. »

Auteur: Guillaume Narguet | Source: iROZHLAS.cz
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