Ecoles maternelles : ce n’est pas la rentrée pour tous les petits Tchèques

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Comme partout ailleurs en Europe, le mois de septembre est marqué par la rentrée des classes en République tchèque. Malheureusement, ce n’est pas la rentrée pour tous : près de 20 000 enfants en âge préscolaire, âgés de 2 à 5 ans, restent en effet chez eux avec leur maman. La faute dans de nombreux endroits du pays à un nombre de places insuffisant dans les écoles maternelles publiques.

Ecole maternelle, photo: www.ms-spesneho.pcsa.cz
Kateřina Nohelová est mère de deux enfants âgés de quatre et deux ans. Elle vit à Roztoky, une petite ville de 7 000 habitants située à quelques kilomètres au nord de Prague. Malgré les trois écoles maternelles publiques existantes dans la commune pour une capacité totale d’accueil de près de 250 enfants, Kateřina n’est pas parvenue à inscrire son premier enfant pour cette année. Des dizaines d’autres familles sont dans la même situation qu’elle :

« Mon fils n’a pas été accepté parce que je suis actuellement en congé parental avec mon deuxième enfant. Dans l’école où nous souhaitions scolariser notre enfant, il y a eu 110 demandes d’inscriptions mais il y a de la place pour seulement 30 enfants. »

Ecole maternelle en Roztoky (rue Spěšného), photo: www.ms-spesneho.pcsa.cz
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, bien que la République tchèque continue d’afficher une des natalités les plus faibles en Europe, avec actuellement un indice de fécondité d’à peine 1,5 enfant par femme, le pays traverse depuis quelques années une période de baby-boom. Les couples tchèques ne font pourtant pas beaucoup plus d’enfants qu’au début des années 2000. Mais la majorité des parents actuels sont nés au début des années 1970, période alors de forte natalité en Tchécoslovaquie communiste. Kateřina appartient à cette forte génération :

« Moi et mon mari, nous sommes ce qu’on appelle parfois des ‘enfants de Husák’ (du nom du Premier secrétaire du parti communiste au début des années 1970). Nous étions une forte génération, beaucoup d’enfants sont nés à cette époque, et c’est pourquoi il y a aujourd’hui de nouveau beaucoup de naissances. »

S’il y a aujourd’hui une augmentation du nombre d’enfants, la situation est avant cela longtemps restée contraire. C’est ce qui explique pourquoi beaucoup de communes, faute d’élèves, ont décidé de fermer des classes voire des écoles maternelles entières. Ce sont ces fermetures qui font que les écoles restantes sont désormais disposent de capacités d’accueil insuffisantes. Jana Smržová est directrice de l’une des trois écoles à Roztoky. Son établissement peut accueillir 34 enfants. Au printemps dernier, elle a reçu près de cent demandes d’inscription. Mais seuls 13 nouveaux enfants ont pu être acceptés. Jana Smržová le regrette mais précise comment s’est déroulée la sélection :

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« Le premier critère, selon la loi, est que l’enfant soit âgé au moins de 5 ans. Les écoles sont tenues de scolariser les enfants en dernière année de maternelle, avant leur entrée à l’école élémentaire. Ensuite, les autres conditions d’accueil diffèrent selon les écoles. Chez nous, par exemple, si un enfant d’une famille est déjà scolarisé dans notre école, nous acceptons également son petit frère ou sa petite sœur. Ensuite, il faut que les deux parents travaillent et que l’enfant soit âgé d’au moins trois ans. »

Pour tous les autres, si toutes ces conditions ne sont pas remplies, ce n’est donc pas de chance. Pour remédier à cette situation, et face à l’absence de réaction d’un gouvernement plus préoccupé à faire des économies, diverses écoles maternelles privées, dont certaines au fonctionnement très original, ont vu le jour. A Roztoky, la municipalité, qui manque de moyens pour construire une nouvelle école, a également innové en créant au printemps dernier ce qui a vite été appelé une « école container ». « Container » parce qu’il s’agit de bâtiments provisoires et démontables semblables à des abris de chantier. L’idée peut surprendre, mais la directrice de l’école, Jana Smržová, qui accueille ainsi 25 enfants supplémentaires, y est très favorable :

« Je pense que c’est une excellente solution dans l’état actuel des choses. Ce qu’on appelle le baby-boom ne va durer que quelques années. Si on construit une nouvelle école maintenant, il va falloir la fermer dans cinq ou six ans. Je suis institutrice à Roztoky depuis plus de vingt ans. Quand j’ai commencé, il y avait cinq écoles maternelles et deux ont dû être fermées depuis parce qu’il n’y avait plus assez d’enfants. L’avantage de cette ‘école container’ est que son montage est très rapide. L’autre gros avantage est que les bâtiments sont seulement loués. Du coup cela ne sera pas gênant, lorsqu’il y aura de nouveau moins d’enfants, de fermer l’école. »

En attendant d’en arriver là, et malgré les efforts entrepris, beaucoup de femmes tchèques, à Roztoky comme ailleurs, restent encore avec leurs enfants à la maison. Pour beaucoup de familles, les écoles privées restent chères. Elles le sont d’autant plus qu’il est souvent compliqué pour les femmes de concilier famille et travail. Selon les statistiques, le taux d’emploi à temps partiel est en effet l’un des plus faibles au sein de l’UE. Bref, pas tous les jours facile d’être mère tchèque au foyer comme au travail…