Foot : un derby pragois sans coronavirus, mais le Slavia et le Sparta restent convalescents

Slavia Prague - Sparta Prague, photo: ČTK / Vít Šimánek

Et si le sort du championnat tchèque de football n’était pas encore scellé ? Quatre journées après la reprise, le Slavia Prague ne possède en effet plus que huit points d’avance sur le Viktoria Plzeň en tête du classement de la Fortuna Liga, soit moitié moins qu’au sortir de la trêve hivernale. Dimanche, devant son public et dans un stade plein malgré le coronavirus, le leader et champion en titre a de nouveau été accroché par son grand rival du Sparta (1-1) dans le derby pragois.

Slavia Prague - Sparta Prague, photo: ČTK / Vít Šimánek
Intense, acharné et indécis de bout en bout, mais aussi tendu, heurté, haché par les fautes et parfois même violent, ce « derby des S pragois » entre le Slavia et le Sparta, le 295e de l’histoire, a répondu, ne serait-ce qu’en termes d’agressivité, aux standards habituels d’un affrontement qui, quel que soit le classement de ses deux protagonistes, reste le plus attendu des supporters en République tchèque. Entre deux équipes aussi mal en point l’une que l’autre depuis la reprise après la traditionnelle longue trêve hivernale, la qualité du jeu, dimanche, a toutefois souvent souffert de ce trop-plein d’engagement physique. Mené jusqu’à la 93e minute, le Slavia a sauvé les meubles en égalisant in-extremis grâce à un coup de tête de son jeune attaquant croate Petar Musa à la retombée d’un énième et ultime centre dans la surface de réparation du Sparta.

Pour la première fois depuis l’été dernier en championnat, les Rouges et Blancs ne sont ainsi pas parvenus à s’imposer dans leur stade d’Eden, finalement plein (19 370 spectateurs). Malgré les menaces de huis clos qui avaient plané les jours précédant la rencontre en raison du coronavirus qui se propage en République tchèque aussi, et alors que les épreuves de Coupe du monde de biathlon se sont parallèlement tenues à Nové Město na Moravě sans public, le derby a en effet pu se tenir dans des conditions normales et sans mesures sanitaires particulières. Une maigre consolation pour l’entraîneur du Slavia, Jindřich Trpišovský, au coup de sifflet final :

« Je ne sais pas très bien comment analyser ce match. Je suis partagé entre deux sentiments : la déception de ne pas l'avoir gagné et la satisfaction d’avoir au moins égalisé dans le temps additionnel. Nous avons livré notre meilleure prestation depuis la reprise avec des titulaires de retour dans un onze de départ qui ressemblait à peu près à l’équipe que l’on veut mettre en place. Il faut retenir le positif et se contenter de ce résultat nul qui est un moindre mal. Perdre un tel match aurait été très malheureux. »

Jindřich Trpišovský, photo: ČTK / Vít Šimánek
Après les deux défaites concédées lors des trois dernières journées, qui ont mis fin à sa longue série d'invincibilité, le Slavia a donc de nouveau abandonné des points sur le chemin de la défense de son titre de champion. Les Pragois ne possèdent désormais plus que la moitié des 16 unités d’avance qu’ils comptaient sur le Viktoria Plzeň, leur premier poursuivant, au moment de la reprise il y a encore moins d’un mois. Et si personne du côté d’Eden ne s’en inquiète encore publiquement, estimant que le coussin du fauteuil de leader reste encore suffisamment confortable à six journées de la fin de la saison régulière, Jindřich Trpišovský reconnaissait néanmoins en conférence de presse d’après-match que cette avance qui fond comme neige au soleil, constitue pour lui un motif de préoccupation :

« Il est évident que nous devons en tenir compte. Mais le plus important reste de continuer à faire progresser cette équipe en reconstruction. Il y a eu beaucoup de mouvements dans l'effectif depuis l’été dernier. Nos trois premiers matchs décevants n’ont pas répondu à nos attentes, mais nous avons montré aujourd’hui que nous sommes sur la bonne voie. Maintenant, il s’agit de répéter ce genre de performance dans les autres matchs que le derby, à l’extérieur comme devant notre public. »

Photo: Guillaume Narguet

Le Sparta n’a jamais été plus mal classé depuis la partition de la Tchécoslovaquie

Ce discours aurait pu être celui également de son homologue Václav Kotal. Après l’ouverture du score tardive (à la 80e minute) par son puissant avant-centre ghanéen Benjamin Tetteh, bien lancé dans la profondeur et déjà auteur d’un autre but quelques instants plus tôt refusé par la VAR pour une faute pas évidente, le Sparta, qui n’a plus remporté le moindre derby depuis près de quatre ans, a longtemps pensé tenir enfin le bon bout. Mais un excès de passivité et une succession de fautes dans les dix dernières minutes ont finalement été fatales au club présidé par Daniel Křetinský, le milliardaire tchèque préféré des journalistes français, comme le regrettait amèrement le coach Václav Kotal :

Václav Kotal, photo:  ČTK/Michal Krumphanzl
« Je ne peux pas être satisfait puisque, après Zlín la semaine dernière, c’est le deuxième match de suite où nous concédons l’égalisation dans les dernières minutes. Même si je reconnais que la première mi-temps a davantage ressemblé à un combat avec beaucoup de duels et de fautes, nous avons ensuite plutôt bien combiné sur quelques contres en deuxième période, dont un nous a permis de marquer. On savait que le Slavia n’était pas dans les meilleures dispositions après ses deux défaites et avec le retour de Plzeň. On voulait en profiter, c’est donc dommage de ne pas avoir résisté jusqu’au bout et de ne prendre qu’un point. »

L’entraîneur du Sparta avait d’autant plus de raisons de se mordre les doigts d’avoir laissé filer ce court avantage qu’un succès aurait permis à son équipe de réintégrer le Top 6. Actuellement huitième, son plus mauvais classement depuis la partition de la Tchécoslovaquie, le grand club pragois risque fort en effet à ce rythme de ne pas faire partie du groupe des six équipes de tête au terme des 30 journées de la saison régulière qui disputeront les play-offs pour l’attribution du titre de champion et des places européennes. Avec seulement deux points pris lors des cinq dernières rencontres, le capitaine et meneur de jeu international Bořek Dočkal, auteur de la passe décisive sur l’ouverture du score, était bien conscient lui aussi que le Sparta venait de rater une bonne occasion de se relancer sur la pelouse de son rival :

Slavia Prague - Sparta Prague, photo: ČTK / Vít Šimánek
« Bien sûr que c’est une déception ! Ce résultat nul n’est pas illogique, le Slavia a eu des occasions et a poussé très fort pour arracher l’égalisation. Mais de notre côté, nous aurions dû mieux gérer et moins reculer. Finalement, on encaisse sur le dernier coup-franc sifflé suite à une faute évitable. C’est frustrant, car on peut dire qu’on a donné le bâton pour se faire battre. On perd le dernier duel d’un match qui a été une succession de duels dont certains ont vraiment été très limite. Je dois reconnaître que nous aurions pu nous retrouver à dix en première mi-temps si l’arbitre avait été moins clément. C’était un derby classique avec davantage de duels que de beau football. »

Et si Plzeň ?...

Viktoria Plzeň - Dynamo České Budějovice, photo: ČTK/ Miroslav Chaloupka
Du beau football en République tchèque, c’est donc essentiellement le Viktoria Plzeň qui en produit de nouveau ces derniers temps. Auteur d’un sans-faute avec quatre victoires consécutives depuis la reprise, le club de Bohême de l’Ouest désormais entraîné par le Slovaque Adrián Guľa, qui a succédé à l’ancien sélectionneur tchèque Pavel Vrba durant la trêve, s’est peut-être bien relancé dans la course au titre de champion. Samedi dernier, ce n’est certes qu’à l’avant-dernière minute que l’attaquant français Jean-David Beauguel – de nouveau titulaire - et ses partenaires sont venus à bout de České Budějovice (1-0). Mais qui sait si avant un déplacement attendu à Prague pour y défier le Sparta dimanche prochain, ce succès acquis dans la douleur n’est pas annonciateur d'un printemps peut-être plus radieux encore que ce qui était secrétement espéré lors des longues soirées d'hiver passées les pieds au pied de la cheminée.