Gouvernement Babiš, acte II

Le nouveau gouvernement d'Andrej Babiš, photo: Michal Kamaryt / ČTK
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Le second gouvernement formé par Andrej Babiš a été nommé par le président de la République, Miloš Zeman, ce mercredi matin. Composée de ministres du mouvement libéral ANO et du parti social-démocrate (ČSSD), cette coalition minoritaire, qui aura besoin du soutien du parti communiste pour obtenir la confiance de la Chambre des députés, voit le jour huit mois après la tenue des élections législatives et cinq mois après la démission du premier gouvernement, déjà dirigé par Andrej Babiš.

Le nouveau gouvernement d'Andrej Babiš,  photo: Michal Kamaryt / ČTK

La République tchèque a donc un nouveau gouvernement depuis ce mercredi dans lequel figurent dix ministres du mouvement ANO, Andrej Babiš y compris, et cinq ministres sociaux-démocrates, qui seront chargés des portefeuilles de l’Intérieur, des Affaires étrangères, du Travail et des Affaires sociales, de l’Agriculture et de la Culture. Six ministres qui faisaient déjà partie du gouvernement précédent, lequel était composé uniquement de membres du mouvement ANO et avait échoué à obtenir la confiance des députés en janvier dernier, ont conservé leurs fonctions : il s’agit des ministres de l’Environnement, des Finances, du Développement local, de la Santé, des Transports et de l’Education. Et, bien entendu, au sommet de cette nouvelle coalition reste Andrej Babiš, l’homme fort de la scène politique tchèque depuis sa grande victoire aux élections législatives en octobre dernier avec près de 30 % des suffrages. Un Premier ministre qui a donc eu besoin de deux tentatives et de huit mois pour former une coalition viable, mais dont le discours et les priorités, comme il l’a répété ce mercredi, restent les mêmes :

« Notre gouvernement se battra en premier lieu pour la sécurité de nos citoyens. Nous nous battrons contre la migration illégale, nous nous battrons pour la défense de nos intérêts en Europe. Notre gouvernement se battra contre la corruption, il se battra contre le gaspillage et contre la bureaucratie. Notre gouvernement mettra tout en œuvre pour que nos citoyens aient une meilleure vie. Nous avons tout ce qu’il faut pour revenir au sommet de l’Europe, là où nous étions sous Masaryk. »

Ce n’est toutefois qu’avec un chef de la diplomatie provisoire que ce nouveau gouvernement entend (re)faire de la République tchèque un pays qui compte et qui aurait de nouveau son mot à dire à l’échelle continentale. En effet, le député européen Miroslav Poche n’a pas été nommé ministre des Affaires étrangères ce mercredi, alors qu’il était le candidat social-démocrate à ces fonctions. Le président Miloš Zeman refuse la candidature de Miroslav Poche en raison notamment de sa position trop conciliante à ses yeux sur la question de l'accueil des réfugiés ou de ses critiques à l’égard de la politique du gouvernement israélien. Du coup, c’est Jan Hamáček, leader du ČSSD et ministre de l’Intérieur, qui a été chargé de diriger les Affaires étrangères en attendant de trouver mieux, comme l’a lui-même reconnu le principal intéressé :

« La solution est effectivement de confier provisoirement la direction du ministère à un autre membre du gouvernement. Cela nous permet non seulement d’avoir la latitude de continuer à négocier pour déterminer l’identité du ministre des Affaires étrangères mais aussi d’avancer et de ne pas bloquer la formation du gouvernement, car j’ai le sentiment que les Tchèques attendent que ce processus aboutisse enfin. »

Andrej Babiš et Miloš Zeman,  photo: Michal Krumphanzl / ČTK
Le sort de cette coalition minoritaire ANO-ČSSD, qui ne dispose que de 93 des 200 sièges à la Chambre basse du Parlement, dépend désormais du parti communiste (KSČM), qui pourrait faire son grand retour aux affaires à l’échelle gouvernementale, près de vingt-neuf ans après la révolution. En plus de ne pas voir d’un bon œil non plus une éventuelle nomination de Miroslav Poche à la tête de la diplomatie, les communistes ont émis certaines réserves quant au programme du gouvernement et souhaitent que des garanties leur soient fournies par ANO et le ČSSD quant à certaines de leurs priorités électorales, notamment dans le domaine social. Le comité central du parti se réunira donc ce samedi pour décider s’il soutient bien le gouvernement, comme annoncé depuis plusieurs semaines. Si la position du KSČM est positive, comme cela est malgré tout fort probable, ce deuxième gouvernement d’Andrej Babiš, qui était aussi souhaité par le président Zeman, sollicitera la confiance des députés le 11 juillet.