Gouvernement, une drôle de crise

Bohuslav Sobotka, photo: ČTK
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Bohuslav Sobotka est toujours bien le Premier ministre, malgré l’annonce de sa démission mardi dernier, annonce qui avait été suivie d’une volte-face trois jours plus tard. Andrej Babiš, lui, est toujours bien le ministre des Finances, et ce malgré la demande de sa révocation envoyée au président de la République par le chef du gouvernement. Si ce statuquo pourrait induire en erreur tous ceux qui n’ont pas suivi les rebondissements de la semaine écoulée, qu’on ne s’y trompe cependant pas : le gouvernement tchèque est toujours plongé dans une crise à l’issue incertaine.

Miloš Zeman,  photo: ČTK
Ce mardi, conformément à ce que souhaitait Bohuslav Sobotka, Andrej Babiš, leader du mouvement ANO, une des deux principales formations de l’actuelle coalition gouvernementale, aurait dû être démis de ses fonctions de ministre des Finances et de vice-Premier ministre. Encore aurait-il fallu toutefois pour cela que le président de la République veuille bien donner suite à la demande du Premier ministre, comme il en a la compétence. Or, c’est précisément le contraire que Miloš Zeman s’obstine pour l’heure à faire. Son porte-parole, Jiří Ovčáček, explique pourquoi :

« Monsieur le président a constaté qu’aucun candidat aux fonctions de ministre des Finances ne lui a été présenté, ce qui, en lien avec la demande de révocation de l’actuel ministre, aboutirait à une situation où il n’y aurait personne pour diriger le ministère des Finances. C’est un cas de figure que le président de la République ne peut pas accepter et une manière de procéder qu’il considère comme absolument irresponsable. »

Bohuslav Sobotka,  photo: ČTK
Bienveillant avec un personnage en lequel il voit un possible soutien de choix dans l’optique de la prochaine élection présidentielle en janvier 2018, Miloš Zeman ne semble donc pas spécialement pressé de révoquer Andrej Babiš, dont le parti fait figure selon les sondages de grand favori des élections législatives prévues en octobre prochain. Le chef de l’Etat, qui a rencontré Andrej Babiš lundi, a annoncé qu’il souhaitait attendre le retour de son prochain voyage en Chine, soit donc après le 18 mai, pour prendre une décision.

Sa position est vivement critiquée par le Premier ministre et une partie des sénateurs, qui reprochent à Miloš Zeman d’enfreindre la Constitution en agissant de la sorte. Bohuslav Sobotka réclame le limogeage sur-le-champ d’Andrej Babiš en raison notamment des importants soupçons de fraudes fiscales et de manipulation des médias qui pèsent sur ce dernier.

Andrej Babiš,  photo: ČTK
Ces derniers jours, trois enregistrements secrets compromettants pour Andrej Babiš ont été mis en ligne. Sur ceux-ci, on entend le ministre des Finances discuter avec un journaliste de Mladá fronta Dnes, le journal d’informations générales le plus lu des Tchèques et dont il était le propriétaire au moment des faits. Sur ces différents enregistrements, Andrej Babiš, qui nie leur authenticité et les considère comme une provocation, insulte d’abord vulgairement différents membres du gouvernement, y compris le Premier ministre, avant de convenir du moment propice à la publication d’articles qui auraient discrédité ses adversaires politiques, puis de recevoir du journaliste des documents relatifs à une enquête policière…

Invité dimanche à une émission de la Télévision tchèque en compagnie des leaders des cinq principaux partis politiques actuels, Andrej Babiš a refusé de s’y rendre, s’estimant victime d’un complot.