Jan Grolich, nouveau leader de l’opposition en Tchéquie ?
« C’est un nouveau parti chrétien-démocrate qui vient de naître », a déclaré Jan Grolich, gouverneur de la Moravie du Sud, qui vient de prendre les rênes du KDU-ČSL, l’un des plus anciens partis politiques tchèques. L’homme de 41 ans a l’ambition de faire revenir son parti, membre de l’ancienne coalition gouvernementale, sur le devant de la scène politique et de relancer l’opposition tchèque, désemparée face à la politique d’un gouvernement composé de partis populistes et extrémistes (ANO+SPD+Automobilistes).
Le défi est de taille, puisque ce parti traditionnel et conservateur, fondé tout juste après la naissance de la Tchécoslovaquie, en 1919, n’est actuellement plébiscité que par environ 3 % des électeurs. Depuis la partition de la Tchécoslovaquie en 1993, les chrétiens-démocrates du KDU-ČSL ont toutefois participé à huit gouvernements tchèques, dans diverses coalitions. En tant que membres de la coalition de centre-droit SPOLU, victorieuse des élections législatives de 2021, ils ont formé le précédent gouvernement tchèque, aux côtés des partis ODS et TOP 09. Toutefois, lors du dernier scrutin d’octobre 2025, remporté avec plus de 34 % par le mouvement populiste ANO de l’actuel Premier ministre Andrej Babiš, SPOLU n’a recueilli que près de 23 % des suffrages.
Occupant actuellement 16 des 200 sièges que compte la Chambre des députés, le KDU-ČSL, fort d’une nouvelle direction et d’un nouveau visuel, compte désormais aussi changer de stratégie politique. Jan Grolich souhaite que son parti se forge, d’ici les prochaines élections, une position forte et indépendante au sein de l’opposition, pour en devenir même une sorte de « leader économique » :
« Nous ne voulons plus être un parti qui se contente de proposer des amendements, mais nous devons acquérir de réelles compétences économiques. Cessons de réfléchir constamment à comment dépasser les 5 % des votes (nécessaires pour accéder à la Chambre des députés, ndlr) et à quel parti nous raccrocher », a déclaré le nouveau chef des chrétiens-démocrates. L’un des grands objectifs de Jan Grolich est que son parti génère le prochain ministre des Finances et qu’il propose aux Tchèques « une feuille de route » pour assurer le fonctionnement durable du pays.
« Jan Grolich mise sur le fait que (…) les électeurs déçus par le gouvernement actuel commenceront au fil du temps à se détourner d’Andrej Babiš. Il veut que les chrétiens-démocrates récupèrent précisément leur voix », estime le commentateur de la Radio tchèque.
À l’issue de son élection, Jan Grolich a lui-même précisé à quel électorat il comptait surtout s’adresser :
« Pour nous, il est essentiel de regagner la confiance des gens déçus par la politique du gouvernement précédent. Ce sont des gens âgés de 25 à 45 ans, des gens ordinaires qui ont un emploi, qui fondent une famille ou élèvent déjà des enfants, qui s’occupent en même temps de leurs parents… On ne se soucie guère d’eux. À chaque fois qu’il y a une crise, on leur impose encore plus de charges que ce que la vie leur impose habituellement. Personne ne s’est adressé à eux lors de la campagne électorale. Ces gens se sentent négligés et nous devons changer cela. »
« Ne pas s’immiscer dans la vie des Tchèques », tel est une autre devise du président de ce parti chrétien-démocrate « nouveau et modernisé ». Jan Grolich veut ainsi rompre avec l’image de son parti en tant qu’autorité morale et avec la politique de certains de ses prédécesseurs, prônant la famille traditionnelle et opposés à la légalisation du partenariat des couples homosexuels.
Plus d’empathie envers tout le monde
« Nous devons faire preuve de respect et d’empathie envers tout le monde, sans exception. Au lieu de mener des guerres culturelles, nous devons plutôt essayer de comprendre les difficultés auxquelles les gens sont confrontés dans leur vie et leur proposer éventuellement des solutions. », a encore déclaré le juriste originaire de Brno qui mise donc surtout sur une bonne communication avec le public : une discipline que le gouverneur de la Moravie du Sud qui s’était produit pendant un certain temps comme humoriste de stand-up, maîtrise très bien, au point de devenir une star des réseaux-sociaux en Tchéquie.
Il n’empêche que les ambitions politiques de Jan Grolich vont très loin : elles s’appuient notamment sur le succès incontesté qu’il a signé en tant que chef de file de la coalition SPOLU lorsque celle-ci a battu, dans l’unique région de Moravie du Sud, le mouvement ANO d’Andrej Babiš, alors vainqueur des élections régionales de 2024.






