Jaroslav Šedivý, artisan de la renaissance de la diplomatie tchèque

Jaroslav Šedivý

Chercheur, ambassadeur, ministre mais aussi laveur de carreaux - c’est ainsi qu’on peut résumer la carrière de Jaroslav Šedivý, homme qui a assisté à la renaissance de la diplomatie tchèque après la chute du régime communiste en 1989. En 1970, Jaroslav Šedivý, chercheur à l’Institut pour la politique et l’économie internationale, tombe en disgrâce, est licencié et passe six mois en prison. Pendant dix-sept ans, il travaillera dans des professions ouvrières. Lorsque le régime arbitraire s’effondre en 1989, il devient conseiller du ministre des Affaires étrangères, puis ambassadeur en France et, entre 1997 et 1998, même chef de la diplomatie tchèque. C’est la période entre 1990 et 1994, période pendant laquelle il a vécu en France, qui est retracé dans le livre « Ambassadeur sous la tour Eiffel » que Jaroslav Šedivý vient de publier. Il a évoqué cette période aussi au micro de Radio Prague.

Vous venez de publier un livre qui retrace votre carrière diplomatique en France, l’étape que vous avez passée en tant qu’ambassadeur à Paris…

« Je suis venu à Paris en 1990, j’étais le premier ambassadeur en France du Président Václav Havel et j’y suis resté quatre ans et demi. C’était le temps où nous avons entamé une nouvelle politique extérieure et la France était un des pays les plus intéressants pour nous. Alors, nous pensions pouvoir régler avec la France des affaires européennes, économiques et commerciales, pouvoir compter sur l’aide de la politique française, etc. Je dois dire que ce n’était pas si simple parce que la politique française est parfois trop française. Les Français ont leurs points de vue, leurs propositions concernant le futur des pays centre-européens. »

A votre avis, les deux pays ont-ils été suffisamment ouverts l’un vis-à-vis de l’autre? Voulaient-ils vraiment collaborer ?

«Je pense que les deux pays ont été ouverts l’un à l’autre mais les points de vue de l’un et de l’autre n’étaient pas toujours pareils. Par exemple, nous comptions sur le président Mitterrand qui était venu à Prague en 1988. Nous espérions que, grâce à lui, la politique française nous aiderait à nous intégrer dans le système européen plus vite que cela n’allait se passer en réalité. Et la réponse de la politique française, qui était la politique de Mitterrand, n’était pas tout à fait acceptable pour nous. Mitterrand est venu avec son projet de la confédération européenne, des rencontres, des débats, des discussions entre les pays de la Communauté et ceux de l’Europe centrale. Nous avions besoin d’autre chose, nous avions besoin des meilleures conditions possibles pour nos exportations, parce que nous avions cessé d’exporter vers l’Est, vers l’Union soviétique, et nous cherchions bien sûr la possibilité d’exporter vers l’Ouest, en France, en Allemagne etc. La confédération devait se substituer, d’après nous, à notre intégration dans les structures européennes.»

Pendant la période où vous avez été ambassadeur en France, les relations entre la Tchécoslovaquie et la France ont sans doute évolué. Dans quel sens ?

«C’était surtout la coopération dans les organisations internationales, comme par exemple l’OECD (Organisation de coopération et de développement économique), l’ONU etc. Dans ces organisations la coopération tchéco-française était suffisante. Nous avions de formidables contacts culturels avec le monde français parce que la France était curieuse. En ce temps-là, la culture tchèque et même slovaque étaient quelque chose de nouveau pour les Français. Ils voulaient voir des expositions de la peinture, ils voulaient lire nos pièces de théâtre etc. Dans ce domaine c’était formidable.

Au début nous avions des problèmes avec la publicité, avec la connaissance de vrais problèmes de la Tchécoslovaquie. Alors en tant qu’ambassadeur j’ai beaucoup coopéré avec des chambres de commerce. J’ai visité presque une vingtaine de chambres de commerce régionales en France. Nous avons élaboré tout d’abord l’information concernant l’évolution de la République tchèque et puis mon conseiller social a donné des informations exactes sur ce qu’il fallait faire avant d’aller en Tchécoslovaquie pour y faire du commerce, pour y investir, etc.

Cette question était assez compliquée parce que les Français ne se laissent pas tout de suite convaincre. Ils attendent, ils cherchent, ils discutent et c’était le problème parce que les Allemands connaissaient la situation en Tchécoslovaquie mieux que les Français. Les Français, au début, n’arrivaient pas à se débrouiller chez nous. Tandis que les Allemands allaient directement dans les entreprises, les Français venaient d’abord à l’ambassade de Paris, puis ils cherchaient des contacts dans le gouvernement tchèque, et ce n’est qu’après qu’ils se mettaient à la recherche des possibilités d’investir, de privatiser etc.»

Ils se heurtaient sans doute aussi à la différence de culture et de langue en Tchécoslovaquie et puis en République tchèque de ce temps-là ...

«Vous avez raison, parce qu’en ce qui concerne la langue française, c’était bien difficile de trouver les gens parlant français. Je le sais parce que moi-même je cherchais les collaborateurs parlant bien français pour mon ambassade. Notre gouvernement de ce temps-là, c’était des anglophiles. Et ce phénomène a donc joué aussi un certain rôle. »


Avez-vous eu la possibilité de participer à la vie parisienne dans le temps où vous avez été ambassadeur à Paris ?

«Ah oui, c’était très agréable mais vous savez, la vie d’un ambassadeur est un peu compliquée parce qu’il faut travailler dans la journée mais aussi le soir. Il y a des réceptions, des dîners etc. J’ai essayé quand même de pénétrer dans les différentes couches de la population. J’ai pénétré ainsi dans de petits cercles de journalistes qui m’invitaient à des soirées ou dans le milieu de la noblesse française. C’était très intéressant. J’avais des amis dans les partis, à gauche et à droite. (…)»

Vous avez été ambassadeur aussi dans d’autres pays. Pourquoi avez-vous écrit un livre justement sur votre séjour en France. ?

«C’est le début de la description de ma carrière diplomatique. Le premier livre est consacré à la France et je suis en train d’écrire le deuxième tome sur mon travail à Bruxelles et dans le gouvernement tchèque en tant que ministre des Affaires étrangères et finalement sur la période où j’ai été ambassadeur en Suisse.»

Quels sont aujourd’hui les rapports tchéco-français?

«Je pense que les rapports tchéco-français sont bons. Evidemment il faut toujours s’expliquer, bien s’expliquer. Maintenant j’attends de voir si sous la présidence de M. Sarkozy les rapports vont continuer dans le bon sens et je crois que oui parce que lorsque j’étais ambassadeur à Paris, le jeune Sarkozy manifestait un grand intérêt pour les événements en Tchécoslovaquie.»