La police secrète communiste

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La République tchèque au quotidien une émission qui vous présente les sujets d'actualités importants que nous ne pouvons développer, vu leur importance, dans nos émissions quotidiennes. Cette fois-ci, Alain Slivinsky a choisi de vous présenter la vie actuelle des anciens membres de la police secrète communiste, donc dans l'ancienne Tchécoslovaquie.

Le temps passe vite vraiment... Dans les environs du quartier des millionnaires de Plzen, ville industrielle de Bohême de l'ouest, se trouve le grand pavillon de Jaroslav Smid. Cet homme de cinquante ans peut se considérer comme l'un des vainqueurs de l'époque actuelle. Avant la Révolution de velours, en 1989, il était major du Deuxième service de la Sécurité nationale - connue sous l'abréviation de StB, la police secrète communiste. Il luttait, comme on le disait alors, contre l'ennemi intérieur. Quelques années après avoir quitté les rangs de cette police, il s'orienta rapidement dans le milieu capitaliste, qui était un ennemi avant, et fonda plusieurs sociétés avec d'autres confrères de l'ancienne police secrète. Il s'agissait, par exemple de la société D-Korekt. Elle a réussi à convaincre des milliers de citoyens tchèques qui lui confièrent plus de 600 millions de couronnes (dans les cent millions de francs français), pour des investissements des plus douteux. Peu de temps après, la société se retrouva en banqueroute... Les millions avaient disparu dieu sait où. Monsieur Smid peut être satisfait. La police a enquêté pendant trois ans... l'argent a disparu et il peut, tranquillement, se promener dans la ville en compagnie de ses chiens. Personne ne l'inquiète.

Ce certain Monsieur Smid n'est pas le seul à vivre tranquillement, après la chute du communisme en Tchécoslovaquie et la partition de celle-ci, en 1993. Une chose est, pourtant, beaucoup plus absurde. Les anciens membres de la police secrète communiste reçoivent, en effet, des allocations spéciales pour leurs services. Absurde... En effet, car ces allocations sont financées, en partie, par les revenus des personnes qui étaient poursuivies par ces agents de la police secrète. Le ministère de l'Intérieur avoue que, de nos jours, 942 anciens membres de la police secrète communiste perçoivent une allocation spéciale. Elle tourne autour de 6739 couronnes tchèques. Près de la moitié du salaire moyen, en Tchéquie. Leur nombre était beaucoup plus important, avant 1995. Il est, quand même, impensable, selon le quotidien Lidove noviny, qui a publié ces données, que les anciens membres de la police secrète communiste perçoivent des allocations financées par le contribuable. En plus de cela, par un grand nombre de personnes qu'ils ont persécutées.

Le quotidien Lidove noviny, dans son supplément hebdomadaire, constate que le nombre des anciens membres de la police secrète communiste, qui perçoivent des allocations spéciales est beaucoup plus important que ne l'indique le ministère de l'Intérieur. Selon Premysl Valachovsky, ancien président des Initiatives civiques, plusieurs milliers d'anciens agents de la StB reçoivent, tous les mois, une allocation de près de 9000 couronnes. Cela voudrait dire qu'il pourrait s'agir de 4 milliards de couronnes, car il y avait dans les 13 000 agents de la StB, avant la Révolution de velours, en 1989.

Et que font les anciens agents de la police secrète communiste, aujourd'hui ? Selon le quotidien Lidove noviny, ils assurent toujours notre sécurité. En effet, après la Révolution de velours, en novembre 1989, pour beaucoup d'entre eux rien n'a changé. Certains sont restés dans les forces de la police. D'autres ont changé de fonction. Paradoxe, en général elles sont plus élevées qu'auparavant. L'ancien commandant de la police secrète communiste du premier arrondissement de Prague qui est intervenu contre les manifestations de janvier 1989 - ce qu'on appelle « La semaine Palach » - à la mémoire de l'étudiant qui s'est immolé en haut de la place Venceslas, en signe de protestation contre l'occupation soviétique, après le printemps 1968, est, aujourd'hui, procureur du quatrième arrondissement de Prague. La Présidence de la police tchèque ne dévoile pas combien de membres de l'ancienne police communiste exerce encore dans ses rangs...

L'ancien chef du contre-espionnage tchèque, Stanislav Devaty, affirme que les anciens membres de la police secrète communiste forment le gros des services de renseignement militaires. Il déclare qu'ils sont, certes, loyaux, mais qu'en raison de leurs rapports avec d'autres services de renseignement, surtout l'ancien KGB soviétique, ils pourraient représenter un certain danger.

L'historien Pavel Zacek est du même avis. Il affirme, pourtant, que la présence des anciens membres du contre-espionnage communiste, dans les services de renseignements de la République tchèque contemporaine, peut être des plus utiles : par exemple, lors de la guerre du Golfe, certains spécialistes ont décrypté les messages des pays arabes.

Une perle pour terminer cette histoire des anciens membres de la StB, police d'Etat communiste : l'agent de ces forces, Pavel Minarik, soupçonné d'avoir été l'auteur de l'attentat contre le siège de Radio Europe Libre, à Munich, vit tranquillement, dans une très belle maison. Selon ses voisins, il vient régulièrement au café du coin... pour discuter un peu. Ce n'était, naturellement, que quelques exemples publiés par le supplément du quotidien Lidove noviny.