La scène politique tchèque : dénouement ou crise ?

La manifestation contre Zdeněk Ondráček à Prague, photo: Martina Schneibergová

Cette nouvelle revue de presse se penche d’abord sur certains aspects de l’évolution sur la scène politique tchèque. Elle propose aussi une réflexion sur le nouveau quinquennat présidentiel de Miloš Zeman, investi ce jeudi dans ses fonctions. Elle donnera également une réponse à la question de savoir s’il existe un véritable clivage entre Prague et la campagne et présentera un bref regard sur les élections législatives italiennes.

La manifestation contre Zdeněk Ondráček à Prague,  photo: Martina Schneibergová
Tandis que la Slovaquie est secouée par la crise provoquée par l’assassinat du jeune journaliste Ján Kuciak et de sa fiancée, la République tchèque devient petit à petit la proie des communistes, des anciens agents de la police d’Etat et des populistes. C’est ce que suggère une analyse consacrée à la situation dans les deux pays et qui a été publiée sur le site echo24.cz. Son auteur constate :

« Même en pays tchèques, l’évolution n’est pas rose en ce moment. Le projet d’un gouvernement de coalition du mouvement ANO d’Andrej Babiš avec les sociaux-démocrates semble s’estomper en raison de la résistance déterminée d’une partie de ces derniers qui sont regroupés autour de l’ex-Premier ministre, Bohuslav Sobotka. La variante d’un gouvernement minoritaire dirigé par Andrej Babiš semble aussi plaire au président Miloš Zeman qui représente l’acteur le plus fort de la partie qui se joue actuellement. Or, le gouvernement démissionnaire d’Andrej Babiš continuera à s’appuyer sur une coalition tacite, officiellement non avouée, avec les communistes et le parti SPD de Tomio Okamura, un parti d’extrême droite. L’élection, vendredi dernier, de l’ancien ‘flic communiste’ Zdeněk Ondráček, à la tête du comité parlementaire en charge de contrôle du GIBS, le service d’inspection des forces de police, est l’une des conséquences de cette collaboration. »

Au lendemain des manifestations qui se sont tenues lundi dans plusieurs grandes villes du pays, le député en question a présenté sa démission. L’auteur de l’analyse publiée sur le site echo24.cz estime cependant que l’éventualité d’une crise ne semble pas dans entièrement éliminée. Tout dépendra, selon lui, de la fermeté des formations de l’opposition.

Les communistes, encore et toujours

Zdeněk Ondráček,  photo: ČTK
Le « cas Ondráček » est examiné sous différents angles et dans un plus large contexte, aussi, dans d’autres textes qui ont été publiés cette semaine. D’après le journal en ligne Deník Referendum, le domaine sécuritaire est, depuis un certain temps déjà, dans la ligne de mire des députés du Parti communiste et du parti populiste SPD. Ce n’est pas étonnant compte tenu de l’importance que les deux partis attribuent à la sécurité et à l’ordre, mais c’est alarmant eu égard aux autres partis. En ce qui concerne les manifestations qui se sont déroulées cette semaine dans le pays, l’auteur de l’article observe :

« L’orientation anticommuniste de ces manifestations ne devrait pas dissimuler le fait que ce n’est pas un retour du régime communiste totalitaire qui constitue aujourd’hui une menace réelle pour la société. Il existe en effet deux dangers entièrement différents, d’un côté celui de l’oligarchisation capitaliste de la politique et, d’un autre côté, celui de l’extrémisme qui initie la haine raciale et le nationalisme et qui s’appuie sur une politique de fermeté. »

La réaction à l’élection d’un ancien « flic communiste » ayant fait partie des forces qui, sous l’ancien régime, intervenaient contre les manifestants, n’-a-t-elle pas été exagérée sinon hystérique ? Le tout au moment où la société fait face à des problèmes bien plus graves que ceux que constituent les communistes du passé et d’aujourd’hui qui d’ailleurs sont représentés depuis plus d’une vingtaine d’années dans presque toutes les institutions importantes.Telle est l’interrogation qui est soulevée à ce propos par le quotidien Hospodářské noviny :

« Le cas Ondráček montre que la plus grande faiblesse de la République tchèque postcommuniste, c’est que nous pensons toujours de la même manière qu’à la fin des années 1980. Même au bout des 30 ans écoulés depuis la révolution de velours, nous demeurons plongés dans des ressentiments liés à la lutte idéologique de la guerre froide. On dirait que nous avons vraiment besoin de revivre cette révolution inachevée, car les communistes qui sont inflitrés dans la société n’ont pas disparu. Mais ceci n’est plus possible. »

Or, ce sont les manifestations et les pétitions contre un ancien « flic communiste » qui ont donné l’occasion d’exprimer à haute voix cette frustration et ce désespoir.

Miloš Zeman, plus fort encore

Miloš Zeman,  photo: ČTK
A quoi peut-on s’attendre au cours du second quinquennat présidentiel de Miloš Zeman ? Le quotidien Mladá fronta Dnes de ce jeudi, le jour de l’investiture présidentielle, a cherché une réponse :

« D’habitude, un second mandat présidentiel promet un certain apaisement. Un chef d’Etat élu pour la deuxième fois n’a plus à prendre en considération sa future réélection, n’a plus besoin de mobiliser ses fidèles et, souvent, il cherche à améliorer son image telle qu’elle sera présentée dans des manuels scolaires. Mais dans ce cas précis et compte tenu du pacte entre le président rééelu et Andrej Babiš, chef du gouvernement démissionnaire, on ne doit pas s’attendre à quelque entente que ce soit au sein de la société. »

D’après le journal, on ne saurait supposer que le président Zeman change son orientation concernant la politique étrangère. Ainsi, aux yeux des médias occidentaux libéraux, il demeurera un populiste s’appuyant sur un discours anti-migration et ayant des liens hors normes avec Moscou et Pékin. Ce qui va en revanche changer, c’est la position du président sur la scène politique du pays car, sauf évolution imprévue sur l’échiquier politique local, Zeman possèdera tous les atouts pour renforcer encore davantage sa position. Et l’auteur du papier publié dans le quotidien Mladá fronta Dnes de conclure :

« Ce jeudi, Miloš Zeman a ouvert une ère au bout de laquelle se dessinent l’abandon du système parlementaire qui est aujourd’hui le nôtre et son remplacement par un système semi-présidentiel. La chose qui semble limiter le plus le succès des efforts du président tchèque, c’est sa santé. Il s’agit d’un facteur que nul ne saurait évaluer à l’heure actuelle. »

Déjouer les mythes autour du clivage entre Prague et la campagne

Photo: Štěpánka Budková,  Radio Prague Int.
A l’issue des résultats de l’élection présidentielle, on a vu s’imposer la conviction selon laquelle la République tchèque serait divisée entre Prague et la campagne. Autrement dit, entre ceux qui ont su tirer profit de la mondialisation et ceux qui en portent le fardeau. Selon le géographe social Radim Perlín de l’Université Charles, la structure territoriale et sociale du pays est tout de même beaucoup plus variée. Dans un entretien pour l’hebdomadaire Ekonom il a expliqué pourquoi :

« De ce point de vue, il existe à peu près cinq niveaux différents. Il y a d’abord de 5 à 10% de la population qui vit très bien et qui profite beaucoup des avantages de la mondialisation. Puis il y a ceux qui en profitent et encore ceux qui en profitent seulement dans une certaine mesure. Puis viennent les habitants qui n’en profitent pas, suivis de ceux qui sont les grands perdants. La situation se présente le mieux pour les gens qui vivent dans les grandes villes comme Prague, Brno, Ostrava, Olomouc et Plzeň, et dans leurs périphéries. Cela dit, il y a même des villes plus petites et des communes dans lesquelles la vie est satisfaisante, dans la mesure où elles arrivent à assurer à leurs habitants des services et des emplois. Outre les critères géographiques, ce sont encore l’âge et le niveau de formation qui représentent des facteurs décisifs. »

Selon l’expert interrogé, il est donc difficile voire impossible de définir les lignes territoriales qui marqueraient de façon univoque les clivages sociaux au sein de la population.

Un regard sur les élections législatives italiennes

Les élections législatives en Italie,  photo: ČTK
En ce qui concerne la politique étrangère, ce sont les dernières élections législatives en Italie qui ont, cette semaine, dominé l’agenda international des médias tchèques. D’après une analyse publiée sur le site novinky.cz, ces élections ont confirmé la répugnance pour les partis traditionnels qui se manifeste et qui perdure dans les pays de l’Union européenne. « Ce sont en effet les partis anti-migration, eurosceptiques, anti-système, populistes, peu importe l’appelation qu’on leur donne, qui l’ont emporté, » indique le texte... L’auteur d’un article consacré à ce sujet et publié sur le site ihned.cz estime pour sa part :

« Une chose est d’ores et déjà certaine, c’est que les négociations en vue de la création d’une coalition en Italie seront longues et difficiles. La victoire des mouvements protestataires ne constitue pas un problème en soi, tant que ceux-ci arrivent à présenter une solution fonctionnelle. Il s’avère cependant que la réalisation des promesses qu’ils ont présentées avant les élections ne feraient qu’approfondir encore davantage l’endettement des finances publiques italiennes ».