La Tchéquie perd son combat pour le poste de membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies

Le Conseil de sécurité des Nations unies

Après avoir mené une vaste campagne pour être élue au poste de membre non permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, la République tchèque a finalement retiré sa candidature, mardi, à New York, et cédé place à la Croatie. S'agit-il de l'issue inévitable d'un combat perdu d'avance où d'une débâcle pour la diplomatie tchèque?

Après les deux premiers tours de l'élection des nouveaux membres non permanents du Conseil de sécurité, élection qui s'est déroulée dans le cadre de la session de l'Assemblée générale de l'ONU, il est devenu évident que la Tchéquie allait perdre contre la Croatie, son seul adversaire européen. Au deuxième tour, 106 pays ont voté pour la Croatie et 81 seulement pour la République tchèque. Au troisième tour, après la décision de la République tchèque de renoncer à sa candidature, la Croatie a totalisé une très confortable majorité de 184 voix. Cet échec a constitué une certaine surprise pour la diplomatie tchèque, qui pendant la campagne avait présenté la Tchéquie comme le favori du vote en mesure d'obtenir deux tiers des voix. Le vice-ministre des Affaires étrangères, Tomas Pojar, explique la réaction de la République tchèque à cette situation inattendue :

«Notre décision a été tout à fait standard. Nous avons été obligés de reconnaître, à un certain moment, que la Croatie jouissait d'un plus grand soutien. La seule chose que nous pouvions faire et qu'il fallait donc faire après consultation avec le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères, était de remercier et de féliciter la Croatie. Il est certain que ce pays mérite d'être élu au Conseil de sécurité. La Croatie a sans doute également été choisie parce que c'est la première fois qu'elle sera membre du Conseil de sécurité. Notre pays a non seulement déjà été membre du Conseil mais l'a également présidé. Les délégués de plusieurs pays nous ont dit qu'ils préféraient la Croatie justement parce qu'elle n'avait pas encore eu l'occasion d'en faire l'expérience. »

Le Premier ministre Mirek Topolanek avec Pan Ki-Mun, photo: CTK
L'ambassadrice croate auprès de l'ONU, Mireana Mladineo, n'a pas caché sa satisfaction :

« Cela a été un dur combat. Il était difficile de se mesurer avec un rival aussi fort. Néanmoins, le grand lobbying prend fin et nous pouvons collaborer. La façon dont la diplomatie tchèque a procédé a été professionnelle. Je l'apprécie beaucoup. »

Bien que le Premier ministre Mirek Topolanek affirme que ce retrait du combat n'a rien d'inhabituel, la pilule que la diplomatie tchèque a dû avaler avait un goût amer. D'après le chef de gouvernement, il est évident que nombre de pays ne souhaitent pas qu'un Etat fort de l'Union européenne et de l'OTAN fasse partie du Conseil de sécurité. Le ministre des Affaires étrangères, Karel Schwarzenberg, s'est déclaré responsable du résultat du vote qu'il a qualifié de défaite. On se demande dans quelle mesure le résultat négatif est dû aux activités du président Vaclav Klaus, qui met régulièrement en cause les théories sur le changement climatique, attitude qui aurait pu provoquer l'antipathie des pays pauvres menacés par le réchauffement de la planète. Le ministre de l'Environnement, Martin Bursik, qui a déjà critiqué les prises de position du président, affirme cependant aujourd'hui que la candidature tchèque s'est surtout heurtée à la résistance de la Chine qui ne désire pas que la République tchèque soit membre du Conseil de sécurité. Les explications à cet échec données par diverses personnalités politiques sont donc multiples et variées, ce qui n'empêche pas une partie de la presse tchèque de conclure qu'il s'agit d'une bavure diplomatique qu'il aurait mieux valu éviter.