Le carnaval autrefois chez les Slaves

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Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague - Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha ! Bien que nous soyons entrés cette semaine dans le Carême - Pust, avec le Mercredi des cendres - Popeleční středa, c'est encore au carnaval - masopust, que nous allons nous intéresser. Lors de notre dernière émission, nous avions ainsi découvert les origines du mot et le sens quelque peu curieux de l'emploi de celui-ci. L'objet de notre petite étude sera donc cette fois la manière avec laquelle les Tchèques célèbrent cette période festive de l'année. Mais avant cela, il convient de faire un grand bond dans le temps et de remonter jusqu'au IXe siècle...

Tři králové
L'Epiphanie, qui célèbre, le deuxième dimanche de janvier, la visite de l'Enfant Jésus par les Rois mages, marque également la fin des fêtes de Noël et de la pratique des traditions et autres rituels qui accompagnent celles-ci. Pour autant, l'Epiphanie, appelée « les Trois rois » en tchèque - Tři králové, ne signifie pas la fin de toutes les réjouissances, bien au contraire même, puisque débute la période du carnaval.

Masopust, photo: CTK
Autrefois, les célébrations du solstice d'hiver et de l'arrivée de la nouvelle année se poursuivaient, en effet, dans le même élan, tout au long des mois de janvier et de février jusqu'au Mardi gras à minuit. D'ailleurs, avec le mot « carnaval », les Tchèques désignaient toute la période des bals dansants, masqués et autres réjouissances, tandis que les trois à quatre jours qui précédaient le Mardi gras étaient appelés tout simplement konec masopustu ou končiny, littéralement la « fin du carnaval ».

Aujourd'hui, les historiens estiment que déjà à l'époque du royaume de Grande-Moravie, c'est-à-dire au IXe siècle, les Slaves célébraient, pendant la saison hivernale, différents jours marquants. Mais avant que les pays tchèques ne soient évangélisés, ces célébrations avaient des origines païennes. La première de ces fêtes était celle qui était appelée « kračun », un mot difficilement traduisible en français, mais qui, en fait, n'était rien d'autre que « le jour le plus court de l'année » - nejkratší den v roce, donc le solstice d'hiver. Remarquons tout de même que dans les mots « kračun » et « nejkratší », soit « le plus court », on retrouve la même racine « -kra », une racine qui est aussi celle de l'adjectif « kratký » - « court » en français. Lors de cette journée la plus courte de l'année, donc, les gens croyaient que l'ancien ou le vieux soleil s'en allait et mourrait, tandis qu'un nouveau soleil naissait, arrivait. Il s'agissait là pour les populations d'un moment particulier qui symbolisait en quelque sorte la fin et le début d'une nouvelle vie. D'ailleurs, les Slaves de l'époque considéraient le soleil comme un dieu, un dieu qui leur offrait le feu et la lumière, deux éléments indispensables à la vie sur terre.

La deuxième fête était celle qui était appelée « ovšem » ou « useč ». Là encore, deux petits mots difficilement traduisibles et qui ont même disparu de la langue tchèque moderne. Mais il s'agissait pourtant d'une fête qui faisait suite logiquement à la célébration du solstice d'hiver et à cette idée de « vie nouvelle », puisqu'elle consistait à se jeter du grain, le grain des céréales, les uns sur les autres. Une coutume qui, toujours selon ces fameuses croyances païennes, servait à assurer une riche récolte et donc le bien-être qui en découlait. Une fête dont la célébration était également liée à la période de ce que les Tchèques appellent « zimní zabijačky », ces « fêtes du cochon hivernales » que nous avons déjà évoquées lors de notre dernière émission. En fait, les cochons étaient tués à cette période de l'année pour deux raisons très simples. Tout d'abord parce que la viande permettait aux gens d'avoir de quoi manger jusqu'à la fin de l'hiver, mais aussi parce que les réserves du fourrage avec lequel on nourrissait les bêtes s'amenuisaient.

La troisième fête respectée chaque année par les vieux Slaves était celle appelée « koleda », dont le principe était de faire le tour des maisons en récitant diverses formules et en chantant des chansons à travers lesquelles on demandait la générosité. Bref, une tradition que l'on pourrait comparer à celle des étrennes de la nouvelle année. Chez les Slaves, la générosité était considérée comme une qualité symbolisant et garantissant une prochaine récolte abondante et la richesse. Durant ces cortèges et défilés, une figure en bois était également portée comme un enfant. Et là encore, cette figure symbolisait ce nouveau soleil, la vie renaissante, en un mot l'espoir.

C'est donc dans l'espoir que se referme ce « Tchèque du bout de la langue » consacré au carnaval, ou plus précisément aux traditions païennes qui l'ont précédé chez les Slaves. Dès la semaine prochaine, nous poursuivrons cette présentation du carnaval tchèque. D'ici-là, portez-vous du mieux possible - mějte se co nejlíp!, portez comme autrefois les Slaves le soleil en vous - slunce v duši, salut et à bientôt - zatím ahoj!