Le « monde retrouvé » de Josef Šíma

'Chaos', Josef Šíma, 1959

Jusqu’au 30 août prochain, le Musée de l’Hospice Saint-Roch, à Issoudun, dans l’Indre, propose une exposition consacrée au peintre tchèque Josef Šíma (1891-1971), qui vécut et créa en France de 1921 jusqu’à sa mort. L’exposition intitulée Visions du monde retrouvé propose de nombreuses œuvres qui n’ont parfois jamais été montrées au public. Cette exposition est la toute première consacrée à Šíma en France depuis 1992 au Musée d’art moderne de Paris. Benoît Lamy de la Chapelle est attaché de conservation au musée d’Issoudun, il détaille au micro de Radio Prague quelles œuvres de Josef Šíma y sont présentées :

Musée de l’Hospice Saint-Roch à Issoudun,  photo: Joecoolandcharlie,  CC BY-SA 3.0 Unported
« Ce sont des œuvres de la dernière partie de sa vie. Ce n’est pas une rétrospective comme l’a été celle du Musée d’art moderne de la ville de Paris, c’est une exposition qui s’oriente plutôt sur des œuvres des années fin 1950-1960. On a pu, à la fois avec nos œuvres, les dessins qui forment une partie importante de l’exposition, et toutes ces œuvres prêtées par des institutions publiques ou des collectionneurs privés, former un beau corpus de ce qu’est son œuvre au moment où sa démarche est la plus aboutie au cours de sa carrière de peintre. »

Pourriez-vous décrypter pour nous le titre de l’exposition ?

'Chaos',  Josef Šíma,  1959
« Déjà, ça vient du texte du catalogue écrit par un critique d’art, philosophe de formation, qui s’appelle Etienne Cornevin. ‘Visions du monde retrouvé’, ça correspond un peu à cette esthétique de Sima qui se place dans une esthétique très philosophique, platonicienne, qui à cette époque-là pratique une sorte d’abstraction, qui n’est pas du tout liée au monde réel, mais plutôt au monde des idées, au monde supérieur, spirituel. On le voit souvent dans les titres ésotériques de ses œuvres. On voit dans ses tableaux des formes flottantes, en apensanteur, des paysages qui sont encore présents mais déjà en train de se décomposer et de s’éparpiller dans une sorte de cosmos. ‘Visions du monde retrouvé’, c’est donc cela : une vision d’un monde qui est très personnel à Šíma car c’est une des premières fois dans son œuvre qu’il acquiert un langage si personnel. Le monde retrouvé, c’est un monde en train de se faire. Il est parfois question de chaos, parfois de cosmos. »

Josef Šíma a créé et vécu en France. On trouve au moins une ou deux œuvres de Sima dans la plupart des musées publics de France. Mais quelle est sa connaissance à l’heure actuelle en France ?

Josef Šíma autour 1929
« Je vais me fonder sur mon expérience personnelle de Šíma. Je le connaissais, sans avoir vraiment vu l’ensemble de son œuvre. Il est toujours cité dans la plupart des livres d’histoire de l’art génériques. On peut toujours voir dans la partie surréaliste, dans l’abstraction, des œuvres de Šíma qui apparaissent. Šíma est souvent associé à l’art informel ou l’abstraction lyrique des années 1950-1960 qui étaient très présents sur la scène parisienne à l’époque où Paris était encore le centre du monde de l’art. Mais après je pense que personne n’a une connaissance profonde de l’œuvre entière de Šíma, du début jusqu’à la fin. »

Josef Šíma a-t-il eu une influence sur d’autres artistes tchèques ou français ?

Sans titre,  Josef Šíma,  1960
« Il y a une salle de l’exposition qui est consacrée à l’influence de Sima sur les artistes tchécoslovaques de la génération suivante. Il y a pas mal d’artistes tchèques ou slovaques présentés. Les plus connus sont Václav Boštík, Jiří Kolář, Adriena Šimotová, ou Rudolf Filla, qui sont des artistes nés dans les années 1920-1930, donc qui ont quarante ans de différence avec Sima et qui ont été très influencés par son abstraction cosmique. C’est ce que cette salle tend à montrer : Etienne Cornevin explique bien dans le catalogue que toute cette génération d’artistes mal connus en France a été très influencée par Šíma. En ce qui concerne les Français, je ne pense pas qu’il ait influencé qui que ce soit. Les générations d’après ont voulu faire table rase de cette abstraction lyrique parisienne qui est devenue un académisme. On est vite arrivé sur des gens comme Buren qui ont fermé la page de la peinture et ont fait de l’art conceptuel dès les années 1960. »

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