Législatives : « La République tchèque retrouve ses marques parmi les démocraties européennes »

Le politologue Jacques Rupnik était à Prague cette semaine à l’occasion du Forum 2000. Quelques jours après le résultat inattendu des élections législatives et le revers subi par l’actuel chef du gouvernement, celui qui fut également conseiller du président Václav Havel au début des années 1990 estime qu’une page est en train d’être tournée à Prague :

Jacques Rupnik | Photo: Tomáš Vodňanský,  ČRo

« Plusieurs enseignements selon moi : d’abord cela clôt une période où une forme de populisme très méfiant vis-à-vis de l’état de droit et de la démocratie libérale commençait à s’installer, sous l’égide du Premier ministre Andrej Babiš. Cela créait non seulement un problème interne mais renforçait aussi l’image du groupe de Visegrad et de l’Europe centrale s’orientant vers une forme de national-populisme anti-libéral enfreignant l’Etat de droit et opposé à l’Union européenne. »

« Ce bras de fer avec l’UE a bien lieu : la Pologne est en train de faire monter les enchères en affirmant le primat de la loi polonaise sur la loi européenne. Mais l’enseignement des élections tchèques est que le gouvernement tchèque ne marchera pas comme soutien automatique à la Pologne ou à la Hongrie dans leur bras de fer avec Bruxelles. »

« Donc le groupe de Visegrad n’est plus un bloc eurosceptique. C’est important pour le pays, dont la démocratie va pouvoir respirer et retrouver un autre style de politique. Parce que ce n’est pas seulement le Premier ministre Babiš qui est écarté, c’est aussi le président Zeman qui est malade et hospitalisé. Ce duo fonctionnait en interaction et pas forcément dans un sens favorable ni à la démocratie libérale ni au projet européen. En ce sens, une page est tournée, et je pense que la République tchèque retrouve ses marques parmi les démocraties européennes. »

20% de votes protestataires non représentés au Parlement

« Cela ne veut pas dire que tout est résolu par enchantement. Il y a beaucoup de problèmes qui restent. Le fait que ce ne soit pas un parti qui ait gagné mais une ‘coalition de coalition’, puisque deux coalitions de cinq partis en tout se sont ajoutées, avec donc des possibilités de divergences et tensions une fois que ces partis seront au pouvoir. »

« C’est quelque chose d’important, assez grave pour la vie politique tchèque dont la ‘jambe gauche’ disparaît. »

« Le fait que la gauche se soit complètement effondrée est aussi un enseignement. Pas seulement le Parti communiste – tout le monde a salué en quelque sorte sa disparition à l’occasion de son centenaire -, mais aussi le Parti social-démocrate. C’est quelque chose d’important, assez grave pour la vie politique tchèque dont la ‘jambe gauche’ disparaît. »

« Et puis il y a quand même 20% des voix qui ne seront pas représentées au Parlement à cause du seuil des 5% nécessaires. Donc vous avez une pléthore de petits partis contestataires qui ne sont pas rentrés au Parlement. Cela peut être considéré comme une bonne chose, mais il y a ces 20% de protestataires… Vers qui vont-ils se tourner, il n’y a plus de gauche, d’autres populistes peuvent venir combler le vide, c’est une crainte que l’on peut avoir. »

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