Les élections municipales ont confirmé l’amplification du phénomène ANO

Andrej Babiš, photo: ČTK

Vendredi et samedi derniers, les Tchèques étaient appelés aux urnes pour voter aux élections municipales, renouveler un tiers du Sénat et même, pour certains d’entre eux, s’exprimer dans des référendums locaux. Pour les municipales, le taux de participation s’est établi à 44,46%, en baisse par rapport au scrutin précédent et, traditionnellement ce sont les candidats non affiliés à un parti politique qui ont eu les préférences des électeurs. Ils seront désormais 41 460 à siéger dans les conseils municipaux, essentiellement cependant dans les communes de petite taille. Car pour le reste, dans les grandes villes, et notamment à Prague, bastion fort de la droite pendant de nombreuses années, le mouvement ANO du milliardaire Andrej Babiš a fait une irruption remarquée. Place maintenant aux négociations pour la formation de coalitions dans les conseils municipaux.

Andrej Babiš, photo: ČTK
Les candidats indépendants bénéficient traditionnellement des faveurs des Tchèques lors des élections municipales, et le scrutin de vendredi et samedi derniers ne constitue pas en ce sens une exception. Parmi les partis bien établis sur la scène politique, ce sont les chrétiens-démocrates avec 3 792 élus qui peuvent se féliciter d’avoir la base électorale locale la plus solide, essentiellement dans les communes de taille moyenne.

Favori de ces élections, le mouvement ANO a concentré ses candidats dans les grandes villes. La deuxième des trois formations de la coalition gouvernementale est arrivée en tête dans neuf capitales régionales, notamment à Prague, à Brno, à Ostrava et à Plzeň. Malgré les apparences, le politologue Petr Just de l’Université métropolitaine de Prague nuance :

« Si nous analysons les résultats dans les grandes villes, dans les villes statutaires et dans les capitales régionales, le mouvement ANO a remporté près de la moitié des mairies. Néanmoins, ce succès sera suivi de négociations pour la formation de coalitions. ANO a un faible potentiel de coalition et pourrait se trouver écarté de la gestion de ces villes. Cette hypothèse n’enlève cependant rien au fait que le succès du mouvement d’Andrej Babiš dans ces élections est indéniable. »

Le scénario de Petr Just prend déjà des contours concrets, notamment à Olomouc en Moravie où les sociaux-démocrates, le parti civique démocrate (ODS), TOP09, soit deux formations de droite, et les chrétiens-démocrates ont uni leurs forces pour contourner le mouvement ANO et le confiner dans le camp de l’opposition.

ČSSD, photo: ČTK
Par rapport aux élections de 2010, le parti social-démocrate (ČSSD) a perdu onze maires dans les villes statutaires et ne devrait en conserver que trois pour les quatre années à venir. TOP09 et l’ODS se partagent des parts plutôt modestes dans des conseils municipaux, souffrant notamment de la concurrence du mouvement ANO, visible par exemple dans la capitale. En effet, avec 22,08% des voix, la formation d’Andrej Babiš est arrivée en tête à Prague, devant le TOP 09 du maire sortant Tomáš Hudeček. Toutefois, toujours selon le politologue Petr Just rien n’est encore acquis pour la tête de liste Adriana Krnáčová, ancienne chef de la branche tchèque de Transparency International.

Pour le philosophe Jan Sokol, les mouvements à référence populiste ou xénophobe se sont enlisés. De même, le « Mouvement pour Prague » présidé par Zbyněk Passer, le frère d’un influent homme d’affaires Radim Passer, n’accède pas au conseil municipal de Prague :

« Les mouvements populistes n’ont pas vraiment réussi dans ces élections. Il semblerait que Jana Bobošíková et son parti de droite nationaliste ‘Suverenita’ aient disparu de la scène politique. Tomio Okamura et son Aube de la démocratie directe, malgré des thèmes qui se voulaient séduisants, n’ont pas eu le succès escompté non plus. En revanche, les partis de la coalition gouvernementale s’en sortent plutôt bien. La relative stabilité de la coalition a contribué à une sorte de dépolarisation de la politique. »

Les partis écologistes ou des petites formations ont également marqué les points. A Prague, la troisième force politique est désormais la coalition tripartite composée des Verts, des chrétiens-démocrates et du mouvement des maires et candidats indépendants STAN avec huit mandats, ce qui leur donne une force comparable à celles des formations établies, les partis civique démocrate et social-démocrate. A Brno, le mouvement de protestation « Vivre Brno » (« Žít Brno ») est arrivé en troisième position et à Mariánské Lázně, en Bohême de l’Ouest, le parti des Pirates aura probablement son premier maire à condition qu’il parvienne à fédérer le conseil municipal fragmenté entre une dizaine de partis.