Les mass médias tchèques sont-ils assez « sérieux » ?

Les différents aspects de la situation des médias tchèques ont été récemment abordés, lors d'une conférence qui a été organisée par la Faculté des sciences sociales, à Prague.

La chute du régime communiste, dont on se rappellera dans une semaine le 17ème anniversaire, a apporté un atout incontestable : la liberté des médias. Par ailleurs, la République tchèque s'est qualifiée cinquième dans un récent classement mondial se rapportant à la liberté de la presse, dressé par l'organisation Reporters sans frontière. Les mass médias sont libres de tourner l'attention vers des phénomènes négatifs, d'ordre politique en particulier, vers des scandales économiques etc., ils ont le pouvoir de compromettre la carrière d'un politicien - des témoignages n'en manquent pas. Bref, ils sont libres de parler de tout. Cela ne veut pas dire, pourtant, qu'ils ne souffrent pas de certains défauts graves. Selon Petr Bednarik, enseignant à la Faculté des sciences sociales, il n'est pas difficile de les définir.

« L'ensemble des médias tchèques marquent une grande tendance à la simplification, à la recherche du sensationnel. A titre d'illustration, je citerai les nouvelles présentées dans le cadre d'un journal télévisé : elles sont courtes, je dirais même de plus en plus courtes, elles ne donnent pas d'espace à l'analyse. C'est vrai, aussi, pour la presse écrite. Chaque année, le nombre de textes analytiques et de commentaires va en diminuant. »

Certains estiment que cela est dû, en grande partie, au goût du lecteur et de l'auditeur et à sa commande de choses simples. Et ils ont un argument de taille : c'est le quotidien à scandale Blesk qui est le journal le plus lu, dans le pays. Pour d'autres, en revanche, se référer au prétendu goût général ne sert que d'alibi... En ce qui concerne la radio et la télévision publique, Petr Bednarik souligne un autre phénomène marquant, celui du « jeunisme ».

« Dans ces deux médias, l'âge très jeune des journalistes - un phénomène très répandu - peut poser un problème. Quand on regarde à l'étranger, on voit sur le petit écran des rédacteurs qui ont derrière eux une certaine carrière, pareil dans la presse écrite, par exemple. Quand je regarde notre journal télévisé, j'y vois pas mal de têtes d'étudiants de notre faculté ou ceux qui viennent de terminer leurs études. Ce sont des gens qui ont peu d'expériences, voilà pourquoi le niveau et la qualité des programmes publicistes sont parfois médiocres... Et il ne faut pas négliger non plus le fait qu'au bout de quelques années, nombreux sont les journalistes qui quittent les médias pour la sphère commerciale qui est beaucoup plus lucrative ».

Peu d'exemples de la presse qui pourrait se définir clairement comme une presse « sérieuse » serait, pour les experts et pour le public qui demande une certaine qualité des journaux, aussi un trait marquant du paysage médiatique tchèque.