Les ondes courtes, une technologie du passé qui intéresse l’armée tchèque

Radioclub de l’Armée tchèque

L’armée tchèque a décidé de s’associer à un réseau de radioamateurs dans toute la Tchéquie afin de parer aux situations de crise comme une catastrophe naturelle ou un conflit, où les communications habituelles sont coupées.

A l’heure du tout internet et du tout électronique, ce sont pourtant parfois les vieilles recettes et les technologies passées qui s’avèrent les plus utiles en situation de crise. On croyait ainsi l’ère des ondes courtes révolue – cette technologie a d’ailleurs été abandonnée par votre radio préférée en 2009, Radio Prague Int. ayant décidé – pour des raisons financières notamment – de ne plus émettre que via son site Internet et par satellite.

Et pourtant, la guerre en Ukraine, mais aussi l’éventualité de catastrophes naturelles régulières mettant à mal les technologies actuelles, ont soudainement redonné un sens à des types de communication qu’on pensait reléguées au passé. Certaines grandes radios ne s’y sont pas trompées : dès le printemps 2022, la BBC a relancé ses émissions en ondes courtes en direction de la Russie. Et jusqu’à ce que leur existence même soit menacée par l’administration Trump, des médias comme Radio Free Europe/Radio Liberty fonctionnaient également via ce canal de diffusion qui a connu ses heures de gloire pendant la Deuxième Guerre mondiale et surtout la Guerre froide.

L’armée tchèque aussi y voit du potentiel : friande de gens de bonne volonté et de bénévoles dans un monde où la menace d’une guerre ouverte n’est plus chose impossible, elle a récemment décidé de coopérer avec des radioamateurs, ces « geeks » d’une autre époque soudainement pas si ringards que ça. L’armée veut s’assurer d’un vivier de personnes compétentes pour assurer la pérennité des communications dans les situations de crise, telles que des inondations ou des pannes d’électricité.

Vladimír Rajchart est informaticien dans la vie de tous les jours. Mais il est également membre de la réserve active de l’armée tchèque et est à l’origine de la création de son Radioclub. Lui-même est radioamateur depuis 15 ans :

« Les radioamateurs disent qu’en cas d’événement de force majeure, de coupure d’électricité ou d’absence de communication dans certains villages, ils sont prêts à se rendre sur place, à installer leur équipement et à assurer la communication entre ce lieu et une unité de gestion de crise pour les citoyens et les équipes de crise. »

Vladimír Rajchart | Photo: Spojovací vojsko AČR

Lors d’un blackout, l’électricité et les lignes téléphoniques sont en général coupées. Alors, pour s’informer, rien ne vaut la bonne vieille radio à l’ancienne : pas besoin d’électricité, une batterie ou une pile suffisent. Encore faut-il avoir un transistor capable de recevoir les ondes courtes, pourvus des initiales SW pour « short waves » : ces anciens postes de radio ont progressivement disparu au profit des radios stéréo recevant la FM, voire aux radios internet. Ce n’est pas le moindre des paradoxes, les ondes courtes sont, comme leur nom ne l’indique pas, celles qui vont le plus loin – une onde courte va en effet partir de l’émetteur pour taper dans l’atmosphère avant de pouvoir potentiellement retomber à l’autre bout du monde.

« L’avantage des ondes courtes, c’est que l’Europe est petite, ce qui signifie que nous pouvons atteindre pratiquement n’importe quel endroit à partir d’ici. »

L’idée de connecter l’armée au monde des radioamateurs est née il y a deux ans, dans la foulée de la guerre en Ukraine. Désormais en cas de situation d’urgence, l’armée sera en mesure d’activer rapidement ce réseau de personnes qui vivent un peu partout dans le pays. Cette année, pour la toute première fois, l’armée a ainsi impliqué des radioamateurs dans son exercice Federated Cloud 2025 avec pour objectif de simuler une situation de crise, comme l’explique encore Vladimír Rajchart :

« Nous avons créé un scénario fictif : une panne d’électricité mondiale. Nous avons fait appel à un groupe test d’opérateurs radio pour cet exercice, que nous avons déployé en divers sites de la Tchéquie. Depuis chaque endroit, ils ont communiqué avec nous dans le cadre du scénario. Les lieux que nous avons choisis étaient réels, c'est-à-dire que nous nous sommes mis d’accord avec les maires de certaines municipalités, qui ont ensuite mis en place des équipes de crise sur place. »

A l’avenir, l’armée souhaite de la même façon établir un contact avec des opérateurs de drones civils, avec pour but de créer un réseau de bénévoles avec un total de 20 000 radioamateurs et opérateurs de drones. Selon l’Office tchèque des télécommunications, qui délivre leurs licences aux radioamateurs, la Tchéquie en compte plus de 5 000. Environ 75 000 Tchèques sont autorisés à utiliser un drone civil.

Auteur: Anna Kubišta | Source: iROZHLAS.cz
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