Les sourires et les regrets de la muse Thalie

Jiří Štěpnička, photo: CTK

Pour la 18e fois consécutive, l’Association des acteurs tchèques a remis, ce samedi, les prix Thalie à ceux qu’elle a désignés comme étant les meilleurs artistes de théâtre tchèques. La cérémonie de remise des prix a eu lieu en présence de nombreuses personnalités de la vie culturelle tchèque au Théâtre national de Prague et a été retransmise en direct par la télévision.

Jiří Štěpnička, photo: CTK
Les prix Thalie sont décernés dans quatre catégories : le théâtre dramatique, l’opéra, le ballet et la dernière catégorie réunit l’opérette et la comédie musicale. L’association des acteurs décerne aussi plusieurs prix spéciaux. Le président de l’Association Václav Postránecký rappelle que la remise des prix n’est que l’aboutissement d’un processus qui commence par les nominations :

« Au total les jurys ont annoncé 66 nominations pour les prix Thalie, moitié masculines et moitié féminines. Le plus grand nombre de candidats pour les prix de cette année, 10 nominations, ont été issus du Théâtre national de Prague. Suivent le Théâtre national de Brno avec 6 nominations, et 5 nominations ont été obtenues à titre égal par le Théâtre d’opéra et de ballet de Ústí nad Labem, le Théâtre F.X. Šalda de Liberec et le théâtre Josef Kajetán Tyl de Plzeň. »

Jiří Kout, photo: CTK
Un prix spécial a été attribué au chef d’orchestre Jiří Kout, grand interprète de la musique de Straus, de Wagner et de Janáček qui est aujourd’hui directeur musical de l’orchestre symphonique de la Ville de Prague. En remerciant, Jiří Kout a fait allusion au manque de scrupules qui caractérise le travail de certains metteurs en scènes actuels :

« Je dois remercier avant tout trois catégories de mes collègues : beaucoup de magnifiques orchestres lyriques, de nombreux excellents solistes et quelques metteurs en scène qui ont su écouter la musique et utiliser le même livret que le compositeur. »

Jiří Kout n’a pas non plus oublié la situation générale du théâtre tchèque menacé par les restrictions budgétaires :

« Vous me pardonnerez sans doute : quand on me dit aujourd’hui que l’orchestre du Théâtre national craint pour son existence, c’est extrêmement pénible pour moi. J’espère pourtant que madame Thalie le soutiendra. »

Jiřina Bohdalová avec sa fille Simona Stašová, photo: CTK
Les prix Thalie ont été décernés entre autres aux comédiens Květa Fialová et Jiří Štěpnička, aux chanteurs Christina Vasileva et Richard Haan et aux danseurs Zuzana Pokorná et Richard Kročil. Dans la catégorie « opérette » et « comédie musicale » ont été distingués les chanteurs Dasha et Marian Vojtko. C’est la cantatrice Naděžda Kniplová, excellente interprète des rôles wagnériens dans les années 1960, qui était la grande absente de cette cérémonie. Quand elle a appris que l’association des acteurs voulait lui décerner le prix pour l’ensemble de son œuvre, elle l’a refusé en disant que celui-ci venait trop tard. D’après elle, l’association aurait du penser à elle déjà au début de l’existence des prix Thalie, aujourd’hui ce ne serait que de la charité ce qu’elle ne pourrait pas accepter. D’ailleurs le même reproche était décelable dans les remerciements de la célèbre comédienne Jiřina Bohdalová, lauréate, elle aussi, du prix pour l’ensemble de son œuvre :

« Dans ma carrière de comédienne c’est le premier prix Thalie et tout de suite pour l’ensemble de mon œuvre. Il est donc le premier et j’ai l’impression qu’il sera aussi le dernier parce que le prix pour l’ensemble de l’œuvre est une espèce de clôture, un point final symbolique : ‘Prends ton prix et fous-nous la paix.’ Je vous promets cependant de ne pas encore vous foutre la paix. Que le diable m’emporte si vous ne me donnez pas ce prix encore une fois. »

Il s’avère donc, et c’est la leçon que l’Association des acteurs devrait tirer de cette cérémonie, que parfois il ne suffit pas de décerner les prix mais qu’il faut encore savoir les décerner à temps.