Les Tchèques qui ont quitté le Liban et ceux qui y restent, comme la styliste Blanka Matragi

Photo: CTK

Baptisé « la guerre des missiles » par la presse nationale, le conflit au Proche-Orient fait évidemment la une de l'actualité, ici aussi. Dimanche, onze premiers Tchèques ont été évacués du Liban et rapatriés. Témoignages et réactions...

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Leïla al Lamun, qui a de la famille en République tchèque, a été une des passagères de ce vol Larnaka-Prague, particulièrement suivi par les médias pragois. Onze premiers ressortissants tchèques sont donc arrivés, dimanche matin, à Prague, sains et saufs. Obligés de passer d'abord par la Syrie, ils ont vécu des moments dramatiques dans l'un des aéroports du pays, d'où ils devaient être évacués vers Prague via Chypre. Mais la capacité du vol était largement inférieure au nombre de passagers de diverses nationalités. Une fois débarquée à Prague, Dana Ratajova a raconté son périple aux journalistes, la voix brisée de larmes :

« L'ambiance a été tendue et conflictuelle : comme l'avion était italien, les passagers italiens ont été privilégiés. Heureusement, à Larnaka, un avion tchèque nous attendait et nous a tous transportés vers Prague. J'avais très peur d'être coincée là-bas. Et aussi, j'ai très peur pour ma fille qui est restée au Liban, avec son bébé. Mais elle me rassure, elle pense que sa région ne sera pas touchée par les frappes. »

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Lundi matin, de 170 à 180 ressortissants tchèques restaient encore au Liban. Parmi eux, la styliste Blanka Matragi, installée à Beyrouth depuis une vingtaine d'années et célèbre, grâce à ses créations, tant dans son pays d'origine que dans toute la région du Proche-Orient. Dita Asiedu de Radio Prague l'a jointe par téléphone, quelque minutes avant qu'elle ne retourne dans son abri anti-bombardement : « Tout le monde ici, tous les Libanais intelligents et même le gouvernement dénoncent les activités du Hezbollah, considéré comme une secte rétrograde. En même temps, nous sommes indignés par le fait qu'Israël s'attaque à des endroits qui n'ont rien à voir avec le conflit. Ce matin, par exemple, nous étions choqués : nous sommes allés au travail, lorsque deux fortes explosions ont retenti au centre commercial et administratif même de Beyrouth. On ne comprend pas pourquoi Israël attaque les régions civiles.»

Blanka Matragi, photo: CTK
Six jours après le début de l'offensive israélienne, l'électricité est coupée et l'essence fait défaut à Beyrouth. Pourtant, Blanka Matragi n'envisage toujours pas de quitter le Liban :

« Vous savez, on est habitué à vivre au jour le jour. Chacun pense à ses proches et collègues qu'il a ici et ne pense pas automatiquement au départ. Personnellement (et je sais que certains peuvent le condamner), je suis très prise par mon travail, car je prépare un grand défilé à Prague pour septembre, à l'occasion de mes 25 ans de carrière. Il est vrai que ce lundi, après avoir entendu les explosions au centre-ville, nous avons commencé à mettre les robes dans les valises... Alors qui sait, peut-être que nous serons, cette fois, obligés de partir. Mais au fil des années, nous nous sommes tellement habitués à des situations de ce genre que nous n'avons jamais vraiment pensé partir. »

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« Israël, l'Iran et la Syrie règlent leur comptes. Où ça ? Au Liban.», constate dans son éditorial pour le quotidien Lidove noviny Hassan Ezzeddine, un journaliste libanais installé en République tchèque. « Le Hamas et le Hezbollah sont les grands coupables dans cette crise » affirme un autre quotidien tchèque, Mlada fronta Dnes, alors que le journal économique Hospodarske noviny dresse des scénarios peu encourageants d'une autre crise probable, celle du pétrole. Lundi, à Bruxelles, le chef de la diplomatie tchèque, Cyril Svoboda, lui, appelait l'UE à « prendre une position équilibrée » par rapport au conflit.