L’histoire lue comme un roman policier

Photo: Filip Jandourek, ČRo

« Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre. » Cette fameuse citation de Winston Churchill, Premier ministre britannique durant la Seconde Guerre mondiale, pourrait être un mantra des professeurs d’histoire, et pas seulement. Vingt-cinq ans après la chute du régime communiste, l’enseignement de l’histoire évolue toujours en République tchèque. A la recherche d’un équilibre fragile entre la transmission de connaissances consensuelles et une approche critique, les professeurs sont confrontés également à un autre phénomène : l’ennui manifesté par leurs étudiants pour des cours faisant par trop appel à la mémorisation des faits et données historiques. Pour y remédier et éveiller un plus grand intérêt des étudiants, l’Institut pour l’étude des régimes totalitaires (ÚSTR) a préparé différents matériaux devant permettre d’étudier l’histoire comme se lit un roman policier.

Photo: Filip Jandourek,  ČRo
Comment enseigner l’histoire ? C’est la question récurrente que posent de nombreux colloques nationaux et internationaux. Et comment enseigner l’histoire contemporaine de son pays devient souvent une question à connotation politique. Les réponses apportées varient selon les interprétations que l’on fait dans chaque pays de l’histoire, d’autant plus lorsqu’il en va de l’histoire nationale. En République tchèque, l’ONG Člověk v tísni (L’Homme en détresse) a fait des témoignages personnels d’époque son cheval de bataille en faisant venir dans les lycées d’anciens prisonniers politiques et personnes persécutées sous le régime communiste. Aussi authentique soit-elle, cette approche est parfois critiquée pour son manque de recul et l’absence de vue d’ensemble qu’elle propose sur un sujet source de contentieux politiques et qui s’apparente parfois à une vaccination contre le communisme.

Dans un contexte où la didactique de l’histoire a cessé d’être une discipline universitaire dans les années 1990, l’ÚSTR vient de présenter un nouvel ensemble de matériaux destinés aux élèves des collèges et lycées. L’historien Kamil Činátl présente cette documentation distribuée gratuitement dans les écoles en ce mois de décembre, tel un cadeau de Noël :

Photo: Site officiel de l'Institut pour l'étude des régimes totalitaires
« Il y a trois DVD réalisés selon les thèmes de l’histoire contemporaine. Ils contiennent surtout des sources audiovisuelles, mais il y a aussi des images d’archives, des caricatures et des documents textuels. Les enseignants peuvent ainsi compléter leurs cours. Nous partons du constat que l’histoire est souvent un cours indigeste, trop basé sur la connaissance des faits et la mémorisation des dates. Pour retenir l’attention des étudiants, nous leur proposons tout d’abord de regarder un film, puis de passer à ce qui est peut-être plus lointain, c’est-à-dire à un texte de l’époque, pour en arriver à une analyse historique plus complexe. Il y a à la fois des films de propagande et des fictions. Le tout permet de confronter différentes perspectives sur le même passé. »

L’ÚSTR ne diffuse pas ses trois DVD dans un environnement vierge. Au contraire. Depuis trois ans, un projet de grande ampleur est mené par le Musée national en coopération avec les musées régionaux et l’Université Charles. Intitulé « Toucher le XXe siècle », ce projet promeut l’enseignement de l’histoire tchèque et tchécoslovaque du XXe siècle à travers des objets. Un des objectifs de ce projet a également été l’élaboration de nouveaux matériaux pour l’enseignement de l’histoire dès l’école secondaire., Coordinateur du projet, Pavel Douša en fait le bilan :

Photo: Site officiel de l'Institut pour l'étude des régimes totalitaires
« Nous avons réussi à mettre en place une coopération avec des professeurs de toute la République tchèque. Nous avons préparé plusieurs programmes éducatifs thématiques pour montrer que l’histoire n’est pas une chronologie ennuyante, mais un ensemble de témoignages, de narrations et de traditions. Nos musées disposent d’une quantité impressionnante d’objets d’époque et il serait dommage de ne les montrer que derrière des vitrines. Les objets nous racontent des histoires et nous, en tant que musées, nous les connaissons. Ainsi, nous avons fabriqué des copies de ces articles et avons apporté notre héritage culturel aux écoles. »

Grâce à tous ces projets, parfois complémentaires, les enseignants disposent d’un grand nombre de matériaux dont ils peuvent se servir dans leurs cours. L’heure a donc peut-être sonné de réhabiliter la discipline de la didactique de l’histoire pour s’interroger en profondeur sur la façon d’enseigner cette matière et ainsi dépasser certains raccourcis en termes de périodisation dont l’histoire récente tchèque a parfois été victime avec les chapitres articulés autour des fameux « huit » : 1918, 1938, 1948 et 1968, auxquels 1989 constitue une exception qui confirme « la règle des huit ».