The Lights of Prague : un voyage fantastique chez les vampires

'The Lights of Prague'

Publié en mai 2021, le premier livre de Nicole Jarvis, The Lights of Prague, est un roman fantastique gothique se déroulant dans la Prague du XIXème siècle. 

Photo: Štěpánka Budková,  Radio Prague Int.

Entre vampires, fantômes et feu-follets, c’est toute la mythologie slave qui se retrouve dans ce livre, qui suit les personnages de Domek, un allumeur de lampe qui combat les créatures de l’obscurité, et Lady Ora, une veuve recelant de nombreux secrets. Dans ce livre, la lumière apporte la sécurité tandis que l’obscurité est synonyme de dangers. Ce danger provient des nombreuses créatures nocturnes dont les pijavice, une sorte de vampire, inconnues des habitants et dont la seule barrière est le groupe d’allumeurs de réverbères, dont la mission est de garder la ville en sécurité. Mais lorsque Domek se retrouve propriétaire d’un feu-follet, il réalise que bien des menaces pèsent sur sa ville, et déjouer les complots devient vital pour la survie du monde diurne.

Prague, une ville faite pour la fantasy

Américaine, Nicole Jarvis nous explique son choix de situer son histoire dans la capitale tchèque :

Nicole Jarvis | Photo: John Adrian,  Archives de Nicole Jarvis

« J’ai toujours été intéressée par Prague, et ce depuis mon plus jeune âge, et malgré que je sois américaine. Lorsque je suis entrée à l’université, j’ai visité Prague pour la première fois et j’en suis tombé amoureuse. Plus tard, autour de 2016, j’ai découvert le concept des allumeurs de réverbères, qui illuminent les rues pavées et qui combattent l’obscurité. C’était vraiment une image claire dans ma tête et j’ai eu l’envie d’écrire un livre à ce sujet. C’est comme cela que The Lights of Prague a commencé et le reste de l’histoire est venu progressivement. »

Il est rare de trouver des livres se déroulant en Europe centrale, encore plus pour les livres gothiques, dont Londres et son époque victorienne semblent avoir le monopole. Pour Nicole Jarvis, l’atout principal de Prague se trouve dans la mythologie slave, peu utilisée dans la littérature de fiction :

« Il y a beaucoup de beaux livres gothiques qui se déroulent à Londres ou Paris, mais Prague a quelque chose que je trouve encore plus fascinant. Pas seulement en termes d’architecture, qui encourage les ambiances sombres et lugubres, mais aussi en termes d’histoire, qui est un aspect très important pour créer une aventure de vampire. Pour chaque livre que j’écris, je veux un folklore local bien ancré, et Prague a tous ces éléments. Pour une histoire de vampire, donc avec des personnages qui vivent très longtemps, je voulais une ville qui possède elle aussi une longue histoire et qui, en plus, est peu connue aux Etats-Unis. C’était donc très intéressant pour moi de me plonger dans l’histoire de mes personnages, mais aussi dans celle de Prague, pour lier l’ensemble. »

Prague | Photo: Denis Poltoradnew,  Pixabay,  Pixabay License

Au XIXème siècle, la Tchéquie subit des transformations majeures, entre la guerre avec la Suède, la fusion de l’Empire austro-hongrois, mais également les progrès technologiques qui remodèlent la vie de tous les jours. Et Prague se trouve dans une zone grise quant à son avenir, comme le dit Nicole Jarvis :

Pont de Charles à Prague | Photo: TomasHa73,  Pixabay,  Pixabay License

« J’ai fait beaucoup de recherches pour m’aider à choisir à quelle période je voulais écrire mon livre. Je savais que cette image des allumeurs de réverbères qui essaient d’aider la ville en combattant des créatures du folklore n’a pas duré longtemps. L’électricité est arrivée assez vite. Il était aussi important pour moi de baser mon livre dans un contexte de tension pré Grande Guerre, avec tous les changements qu’elle apporte. J’ai fini par choisir 1868 car c’est une année de changement pour Prague. En 1867, l’Empire austro-hongrois fusionne, entraînant une période de transition dans la région, ce qui était très intéressant pour le livre. »

« Vivant aux Etats Unis, il est fascinant de travailler sur une ville qui a une gloire passée et qui avait sa place dans l’ordre du monde, mais qui devient peu à peu secondaire face à Vienne et l’Empire austro-hongrois. Utiliser Prague comme un lieu riche en histoire m’a donné une opportunité spéciale pour explorer les personnages qui, en conséquence, devaient eux aussi avoir une personnalité aussi complexe que la ville. »

Un vocabulaire tchèque à l’honneur et une mythologie slave épique

'The Lights of Prague' | Photo: Titan Books

Le contexte géopolitique est donc un aspect important du récit. Mais pour pouvoir véritablement représenter cette dualité entre Prague et Vienne, le vocabulaire joue un rôle considérable. En effet, tous les personnages ont des noms tchèques comme Domek Myska ou Ora Fischerová. Mais l’allemand est également présent. En effet, cette langue était considérée comme la langue de l’élite, et le livre retranscrit cette tension entre ceux qui parlent allemand et ceux qui ne connaissent que le tchèque. La dynamique des classes et la recherche du pouvoir, thématique sous-jacente du livre, est renforcée par cette barrière de la langue.

En plus des personnages, les noms tchèques des créatures mythologiques sont aussi conservés, afin de créer une séparation entre la vision occidentale des vampires et la version slave : les pijavice. Un ensemble de peur est représenté dans ce livre avec la peur de l’eau et les vodníky, la peur des ombres avec les bubáci et la peur de l’enfermement avec le feu follet. Dans le livre The Lights of Prague, le lien entre le lieu, la langue et les légendes est donc très fort. Ces légendes slaves, Nicole Jarvis les a manipulées pour pouvoir les intégrer le plus fidèlement possible dans son roman :

Source: Artie_Navarre,  Pixabay,  Pixabay License

« Tout est issu de la mythologie slave mais adapté à mon histoire. Par exemple, le feu follet est un mythe qui le décrit traditionnellement comme une boule de feu souvent présente en forêt et au caractère malin et malicieux. Mon idée était de penser à la façon dont et la raison pour laquelle ils sont créés, ce qui peut les blesser et les capturer. J’ai donc élargi la légende d’origine, mais l’essence originale de toutes les créatures que l’on trouve dans mon livre est basée sur de vraies légendes slaves. »

Une histoire dans le passé mais avec des personnages modernes

Photo illustrative: Michal Trnka,  ČRo

Mais dans ce livre, tout n’est pas issu de légendes  : une partie se base sur des faits historiques. En effet, le livre mentionne la présence de sorcières à la cour. Dans la réalité, des textes montrent que Rodolphe II, roi de Bohême, s’intéressait véritablement aux sciences occultes et s’est entouré d’alchimistes, astrologues et personnes ayant des pouvoirs magiques. Le livre s’appuie donc sur la réalité pour alimenter l’histoire et complexifier les personnages. Par ailleurs, le personnage d’Ora est une femme moderne et indépendante, qui contraste avec l’image que l’on a de cette époque. Nicole Jarvis nous explique comment elle a pu créer ce personnage féminin :

« J’ai toujours été intéressée par les femmes qui sont capables de choisir pour elles-mêmes. Pour Ora, je me suis basée sur des femmes qui se sont battues pour leurs droits. Un aspect indispensable du personnage est que pour lui permettre d’avoir les ressources nécessaires pour être indépendante financièrement, il fallait qu’elle soit veuve. Etre une femme célibataire à cette époque l’aurait trop restreinte. Il y a donc eu pas mal d’éléments que j’ai dû dépasser pour pouvoir décrire un personnage féminin émancipé malgré les restrictions imposées par la société aux femmes à cette époque. »

Photo illustrative: Oberholster Venita,  Pixabay,  Pixabay License

En plus de montrer des personnages modernes, The Lights of Prague possède une représentation diversifiée avec des personnages de différents statuts sociaux, ethnies, religions et sexualités. Pour Nicole Jarvis, inclure la communauté LGBTQIA+ était indispensable :

« Le combat de la communauté LGBT+ contre les persécutions est éternel, alors qu’il y a toujours eu des personnes queer dans l’histoire. Je voulais montrer que cette affirmation est vraie malgré le fait que les personnes LGBT ont tendance à être effacées de l’Histoire. En tant que personne queer, il est très intéressant de faire des recherches sur le niveau de répression dans différentes périodes et à différents endroits. Par exemple, il est mentionné que Lady Ora a eu des aventures avec des femmes dans les années 1860. Or elle vivait dans une des seules régions d’Europe où les femmes qui s’engageaient dans des relations homosexuelles étaient autant persécutées que les hommes, et les sanctions pouvaient aller jusqu’à l’exécution. Cet état d’esprit est rare en Europe car en général, la sexualité des femmes était ignorée. »

 Une morale comme les vampires : immortelle

Moderne et fantastique, ce livre contient toutefois des morales importantes, comme les dilemmes entre évolution et adaptation, pouvoir et gloire mais aussi – et surtout – une critique sur la manière de penser. Nicole Jarvis nous en dit plus :

Source: Radio Prague Int./Pixabay,  Pixabay License

« La morale principale du livre est que les gens doivent s’interroger sur les éléments qu’on leur a enseignés depuis qu’ils sont tout petits. Tout n’est pas noir ou blanc, et il est facile de tomber dans des stéréotypes et des suppositions sur le fonctionnement du monde. Agir de la sorte est simple, mais cela écarte totalement les nuances et les différentes expériences que chacun a. Même si cela nous rend plus vulnérable, il faut admettre que l’on s’est trompé pour pouvoir s’ouvrir à de nouvelles possibilités. »

The Lights of Prague est déjà disponible en anglais aux éditions Titan Books, ainsi qu’en version tchèque ou italienne. Nicole Jarvis, elle, travaille déjà sur son prochain roman A Portrait in Shadow, dont la publication est prévue en 2023 et qui se déroulera cette fois dans la Florence des années 1600 pour suivre Artemisia Gentileschi, la première femme à intégrer la prestigieuse Academia dell’arte.