Princesse folâtre de l’eau vive, la bergeronnette des ruisseaux, Oiseau de l’année 2025 en Tchéquie

La bergeronnette des ruisseaux

La bergeronnette des ruisseaux (« konipas horský », en tchèque) a été désigné comme « oiseau de l’année » pour 2025 en Tchéquie. Membre de la famille des passereaux, cet élégant petit oiseau à longue queue volontiers chanteur est, comme son nom l’indique, intrinsèquement associé aux cours d’eau.

Espèce protégée mais relativement peu menacée, la bergeronnette des ruisseaux est présente sur tout le territoire tchèque, et plus particulièrement encore dans les Monts des géants (Krkonoše), selon la Société ornithologique tchèque (ČSO), qui a récemment annoncé son choix.

Directeur romand de l’Association suisse pour la protection des oiseaux, membre comme la ČSO de l’ONG internationale BirdLife, François Turrian nous présente plus en détail cette belle danseuse des rivières aussi parfois surnommée « hoche-queue » ou « lavandière » :

François Turrian | Photo: YouTube

« La bergeronnette des ruisseaux est d’abord un magnifique petit passereau. On est là dans le groupe des oiseaux chanteurs, qui représentent quand même la moitié des oiseaux sur cette planète. Et parmi les passereaux, on a une famille qui s’appelle les Motacillidae et qui regroupe les pipits et les bergeronnettes notamment, des oiseaux qui ont en commun un trait particulier, à savoir qu’en plus de leur allure élancée, ils possèdent un ongle du pouce très développé qui leur permet de gagner en stabilité. C’est important puisque ce sont des oiseaux qui se déplacent beaucoup au sol pour chercher leur nourriture. Et, donc, ce grand ongle du pouce va les aider à explorer le sol, à la recherche de leur alimentation. »

Même si c’est un oiseau qui se déplace beaucoup à terre, on parle aussi d’une danseuse au vol onduleux en raison de sa longue queue ou encore d’un chanteur aux belles couleurs. Enfin, on présente la bergeronnette comme une princesse de nos rivières. Est-ce là une description qui correspond bien à la réalité ?

La bergeronnette des ruisseaux | Photo: Willfried Wende,  Pixabay,  Pixabay License

« Oui, c’est un oiseau qui est vraiment magnifique, avec une queue extrêmement longue qui dépasse la longueur du corps. Il y a peu d’oiseaux qui ont une queue aussi longue en proportion du corps, et puis le mélange des couleurs, gris, blanc, noir et le jaune vif des parties inférieures, en font un des plus beaux oiseaux à découvrir en Europe. Et, effectivement, c’est aussi une ballerine. Elle est toujours animée par des mouvements un peu saccadés de la queue, c’est d’ailleurs pourquoi on l’appelle aussi ‘hoche-queue’. »

« Et puis elle a un autre surnom, en France en particulier, ‘la lavandière’, parce qu’autrefois elle fréquentait souvent les bassins, là où les femmes faisaient la lessive aux lavoirs, et la bergeronnette des ruisseaux s’installait régulièrement au-dessus, ce qui explique qu’elle était très populaire auprès de tous ceux qui faisaient la lessive en plein air autour des bassins et des fontaines. »

La bergeronnette des ruisseaux | Photo: Jiří Bartoš,  Société tchèque d’ornithologie  (ČSO)

Selon la ČSO, la bergeronnnette des ruisseaux est une espèce commune peu mais connue, et c’est la raison pour laquelle elle l’a retenue pour 2025. Si l’on s’éloigne un peu des cours d’eau qu’elle affectionne tant, peut-on l’observer, par exemple, autour de nos habitations ?

« Je pense que la ČSO a utilisé cette espèce comme une ambassadrice en quelque sorte de la qualité des cours d’eau, car la bergeronnette des ruisseaux est vraiment l’oiseau des cours d’eau vifs et des rivières. Et puis, elle a besoin aussi d’une certaine qualité dans son habitat. Elle disparaîtra la plupart du temps si l’on canalise les rivières et les ruisseaux. Donc, sa présence signale l’existence d’une eau vive proche de l’état naturel. C’est là que la bergeronnette va rechercher sa nourriture ; elle est tout le temps à explorer les cailloux, les galets, le gravier, les rives et les berges à la recherche d’insectes. »

La bergeronnette des ruisseaux | Photo: Willfried Wende,  Pixabay,  Pixabay License

« C’est un insectivore pur, donc elle recherche des larves et différents types d’insectes qui sont liés à l'’eau. Enfin, elle va édifier son nid en hauteur, en général, ça peut être sous un pont, ça peut être aussi dans l’interstice de blocs de rochers, près d’une cascade, dans des rochers moussus, autant d’endroits où elle cherche à cacher son nid. Elle y pond entre 4 et 6 oeufs. Il est d’ailleurs souvent difficile de découvrir le nid, mais on peut le repérer aux allées-venues des parents lorsqu’ils nourrissent les petits. Ça se passe généralement autour des mois de mai et juin. »

Est-ce un oiseau annonciateur du printemps ?

« Pas vraiment, non, parce que la bergeronnette des ruisseaux va plutôt faire une migration d’altitude. Donc, en été, on peut la rencontrer à haute altitude dans les massifs montagneux, jusqu’à 2000-2500 mètres, alors qu’en hiver, elle aura tendance à descendre en plaine. Alors oui, on a une migration partielle de certaines populations nordiques, mais les populations du centre et du sud de l’Europe vont plutôt se retrouver en plaine. Et c’est à ces occasions que l’on peut les rencontrer, par exemple, au bord des lacs, aussi au bord de l’eau stagnante, les étangs, les lacs. Et à ce moment-là, sa répartition est plus large que celle du printemps et de l’été, où l’oiseau se confine vraiment aux ruisseaux et aux rivières. »

En Suisse, pour 2025, c’est le rouge-gorge familier qui a été choisi comme oiseau de l’année, et ce, pour la première fois, à l’issue d’un choix qui a été effectué par la population elle-même, et non par une équipe d’experts comme cela était le cas lors des années précédentes. Qu’est-ce que ce choix du rouge-gorge, qui comme la bergeronnette des ruisseaux est une espèce relativement commune, nous dit, selon vous ?

« C’est intéressant de pouvoir laisser le public choisir parmi cinq espèces assez communes. Le message que l’on avait envie de faire passer est que les oiseaux communs méritent aussi que l’on s’intéresse à eux. Il faut s’efforcer de garder ces espèces fréquentes avant qu’elles ne soient menacées. »

« C’est vrai que que le rouge-gorge est un oiseau très familier, que les gens apprécient avec son gros œil noir, son plastron orange et son air toujours un peu étonné. Il fréquente aussi nos jardins, c’est même un visiteur assidu de nos potagers, de nos haies, et donc voilà... Il est aussi connu pour son chant très mélodieux, bref, c’est une espèce attachante et je pense que c’est l’addition de ces différentes raisons qui ont fait que le rouge-gorge a eu le plus de votes cette année en Suisse. »

Pour en revenir au cas de la bergeronnette des ruisseaux parmi tous ces petits oiseaux qui font partie de notre vie quotidienne, est-ce une espèce menacée et que peut-on faire pour l’aider ou pour l’observer ?

« La bergeronnette des ruisseaux n’est pas menacée, elle est encore bien fréquente, mais effectivement, ce sont plutôt les politiques publiques d’aménagement des eaux, de gestion des eaux qui vont avoir une influence sur sa présence ou au contraire sur sa disparition régionale. Il s’agit donc d’accentuer la politique de renaturation des cours d’eau. Je rappelle que renaturer des cours d’eau, c'est leur redonner un peu d’espace pour qu’ils puissent déborder. Mais de manière contrôlée sans que ces débordements causent des dégâts aux biens et aux cultures. Par conséquent, c’est l'espace réservé aux eaux qu’il faut quelque peu étendre de part et d’autre des rives, et ces politiques-là doivent être aussi menées de manière cohérente et coordonnée dans les différents pays. »

La bergeronnette des ruisseaux | Photo: Takashi Yanagisawa,  Pixabay,  Pixabay License

« La Suisse est sur le chemin de renaturer une partie de son réseau hydrographique qui a été beaucoup canalisé jusque dans les années 1970. On observe maintenant beaucoup plus de volonté. C’est un élément vraiment décisif pour la bergeronnette des ruisseaux, mais aussi pour toutes les espèces qui vivent dans ces écosystèmes aquatiques. »

« En tant que particuliers, on a moins de possibilités de s’engager concrètement, mais on peut quand même être sensible au choix de produits issus de l’agriculture durable ou biologique, parce que les pollutions des cours d’eau sont quand même un problème récurrent. Une partie de ces polluants viennent des intrants, donc des pesticides ou des produits phytosanitaires issus de l’agriculture. Donc, voilà une manière indirecte de favoriser la présence de la bergeronnette des ruisseaux. »

En Tchéquie, depuis quelques années, les recensements des oiseaux dans les jardins ont de plus en plus de succès. Il s’agit là d’une campagne qui invite les volontaires à compter durant une durée déterminée les oiseaux qu’ils observent à une mangeoire installée autour de chez eux. Est-ce que cette participation croissante de la population est la marque d’une certaine prise de conscience des menaces - et vous venez d’évoquer certaines d’entre elles - qui pèsent sur les populations d’oiseaux dans nos régions ?

Photo: Hana Slavická,  Radio Prague Int.

« Oui, sans nul doute. C’est très important et très réjouissant de voir de plus en plus de gens s’intéresser au monde vivant qui les entoure. Hélas, il y a encore de vastes proportions de la population qui n’ont pas encore cette conscience-là. Mais cela dépend aussi des politiques d’éducation, du public en général, de l’instruction et de la politique scolaire qui est menée dans les différents pays. »

« Il faut remettre cette importance du vivant au centre des préoccupations de la société. C’est absolument décisif parce que la biodiversité, globalement, va mal. Et on doit effectivement toutes et tous s’attacher à influencer les choses parce que c’est probablement aussi de la base qu’émergeront des solutions qui seront mises en œuvre par les gouvernements. Il ne faut pas trop attendre des décideurs, et ce, d’autant moins par les temps qui courent. »