À Prague, la visite du président slovaque a relancé le débat sur l’avenir du groupe de Visegrád

Petr Pavel et Peter Pellegrini

Les relations entre les gouvernements des deux pays ont beau ne pas être au beau fixe, le président slovaque, Peter Pellegrini, a néanmoins effectué, mardi à Prague, sa troisième visite en Tchéquie depuis son entrée en fonction il y a un peu moins d’un an et demi.

« Les citoyens attendent que les relations entre la Tchéquie et la Slovaquie soient les meilleures possibles », a déclaré Petr Pavel après sa rencontre avec Peter Pellegrini, convaincu, s’est-il dit également, que le rôle des politiciens était justement « de créer les meilleures conditions possibles pour cela ».

À l’en croire, les chefs des deux pays voisins, qui jusqu’au 31 décembre 1992 ont formé un État commun, n’ont « pas discuté de questions fondamentales », et cette entrevue aura donc d’abord permis de confirmer que « les relations entre nos pays ne devaient pas être définies uniquement par les négociations entre les gouvernements, mais qu’elles existent à plusieurs niveaux ».

Petr Pavel et Peter Pellegrini | Photo: Tomáš Fongus,  Bureau du Président de la République tchèque

Et, visiblement, ne serait-ce qu’à l’échelle présidentielle, ces rapports restent « sans problèmes », de même qu’au niveau des habitants des deux pays, dixit toujours Petr Pavel. Et ce, même si dernièrement, la presse slovaque a regretté que les touristes tchèques étaient de moins en moins nombreux à visiter leur pays. « Le fait que nous ne soyons temporairement pas d’accord sur certaines questions de politique étrangère ou de sécurité ne devrait pas nous conduire à nous fermer les portes les uns aux autres », a-t-il également affirmé.

Concernant les consultations intergouvernementales, devenues un point sensible des relations entre Prague et Bratislava suite au début de la guerre en Ukraine, Petr Pavel a estimé qu’il ne voyait aucune raison pour qu’elles ne puissent pas être renouvelées. Le cabinet du Premier ministre sortant Petr Fiala les avait interrompues en raison de divergences de positions sur des questions clés de politique étrangère, notamment donc le soutien à l’Ukraine et le refus du gouvernement de Robert Fico de prendre davantage de distances avec la Russie de Vladimir Poutine.

Une volonté de rapprochement avec le nouveau gouvernement d’Andrej Babiš

Peter Pellegrini et Petr Pavel au concert de l’Orchestre philharmonique national de Košice à la Maison municipale | Photo: Tomáš Fongus,  Bureau du Président de la République tchèque

La semaine dernière, Peter Pellegrini s’était déjà déclaré convaincu que les relations politiques entre les deux pays allaient s’améliorer après les élections législatives tchèques, synonymes de très probable retour aux affaires de l’ancien Premier ministre Andrej Babiš - qu’il avait d’ailleurs également prévu de rencontrer mardi -, et que les consultations entre les gouvernements respectifs reprendraient après la formation d’une nouvelle coalition en Tchéquie. Le président slovaque effectuait cette visite à Prague à l’occasion d’un concert de l’Orchestre philharmonique national de Košice à la Maison municipale.

A une question portant sur l’avenir du groupe de Visegrád (V4 - qui réunit la Pologne, la Tchéquie, la Hongrie et la Slovaquie), projet laissé à l’abandon ces derniers temps et qu’Andrej Babiš souhaite relancer malgré le faible intérêt actuel de la Pologne, Petr Pavel a répondu sur un ton très diplomate qu’il « ne ser[vai]t à rien de détruire quelque chose qui fonctionne ».

« Le V4 ne concerne pas seulement les négociations entre les gouvernements, mais aussi entre les ministères, il concerne la culture, le sport, l’histoire, les citoyens à titre individuel. Il n’y a aucun sens à condamner le V4. Construisons de nouvelles relations sur tout ce qui fonctionne, et là où nous ne sommes pas d’accord, remettons cela à plus tard. Là où nous avons un intérêt commun, défendons-le ensemble au sein de l’UE », a-t-il expliqué.

Sur le même sujet, plus tard dans la soirée, à la Télévision tchèque, le ministre sortant des Affaires européennes, Martin Dvořák, a, lui, développé l’idée selon laquelle « le scénario probable est que l’on assiste désormais à la création d’un format V3 + 1 ». Selon lui, le Premier ministre hongrois Viktor Orbán rêve de créer un « trio anti-ukrainien » qui serait composé de la Tchéquie, de la Hongrie et de la Slovaquie, sans, donc, la Pologne.

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